Pourquoi l’auto-édition ne doit pas être un tremplin

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Pour des raisons très indépendantes de ma volonté, je n’ai pas été en mesure d’écrire un article digne de ce nom cette semaine. Le travail alimentaire a des raisons qui se moquent totalement du monde artistique en général et littéraire en particulier.

Pour ne pas vous laisser sans rien, je laisse le célèbre acteur Bryan Cranston travailler pour moi. L’inoubliable Walter White de la série « Breaking Bad » a donné plusieurs interviews sur le site Big Think. Dans celle que je partage aujourd’hui, Bryan Cranston nous donne son avis sur ce qu’implique le fait d’être un artiste et sur ce qui doit le motiver.

Le partage de cette vidéo m’a été inspiré par de nombreuses remarques et questions portant sur le « tremplin » que peut être l’auto-édition vers un mode de publication plus « prestigieux » (merci de noter les guillemets). Cette façon de voir l’auto-édition m’a toujours un peu dérangé sans que je sache vraiment pourquoi. Cette interview de Bryan Cranston a répondu à cette question.

Elle a également répondu à une interrogation plus personnelle sur mon prochain roman. Après la sortie de « Charlie et le magicien invisible », je me suis longtemps demandé si je devais continuer cette saga avec un deuxième opus ou si je devais faire complètement autre chose avant d’y revenir plus tard.

J’adore le personnage de Charlie et son univers, mais j’avais peur de m’enfermer dans un genre et une histoire sans avoir eu l’occasion d’en explorer d’autres.

Le site Big Think étant 100 % en anglais (ni sous-titre français ni traduction), vous trouverez ci-dessous la traduction intégrale de l’interview pour les non-anglophones.

L’interview

« Je pense que généralement les artistes sont plus inclinés que le monde des affaires à épouser l’ambiguïté. L’ambiguïté se trouve dans l’inconnu, ainsi que l’art, alors que les affaires se trouvent dans les faits, les choses précises. “Ceci égale ceci, si vous faites ceci vous aurez cela, travail et récompense…”. Dans l’art il faut trouver sa propre récompense. Ça reste un système de travail-récompense, de méritocratie, mais les récompenses sont différentes.

J’essaye d’encourager les jeunes écrivains, acteurs ou réalisateurs à rentrer dans les arts pour les bonnes raisons, c’est à dire l’amour de l’art. Je vois quand un acteur va dans la mauvaise direction : c’est toujours quand ils voient quelque chose comme un tremplin vers autre chose. Quand à Los Angeles, qui n’est pas une ville à théâtre, j’entends un acteur dire “je vais jouer dans une pièce, pour trouver un agent, pour avoir un rôle à la télé…” Là, je me dis “oh la la ! Si j’ai un conseil à te donner, c’est de ne pas faire cette pièce. Si ton but est d’accomplir autre chose que de raconter l’histoire de cette pièce, ton but est voué à l’échec.”

J’essaye de décourager autant que d’encourager les jeunes à rentrer dans les arts parce qu’ils s’exposent à d’immenses frustrations. S’ils ne sont pas prêts à cela, ils abandonnent dès qu’il y a de la résistance ou de ce qu’ils perçoivent comme de la résistance.

J’ai eu une épiphanie. Je savais que je voulais être un acteur et je savais que ça voulait dire, pour moi, que je m’engageais à 100 % dans cette voie. “Je ne vais pas avoir de plan B. Je ne vais pas me fixer deux années arbitraires dans lesquelles je voulais avoir accompli x choses, ou sinon, etc.”. J’entends ceci tout le temps et je me demande ce que ça veut dire. Accomplir quoi ? Si on joue, on doit le faire parce qu’on est dynamisé par l’acte de jouer, de raconter une histoire, d’écrire, de réaliser, même de produire, tout est connecté. Il faut vraiment se lancer là dedans pour les bonnes raisons.

Je pense que les artistes en tout genre, les danseurs, les peintres, les sculpteurs, les acteurs, les écrivains, les musiciens (par exemple les musiciens de jazz) vivent dans l’ambiguïté. Par exemple : “Ce jour je vais par là, je ne sais pas pourquoi, j’en avais envie..”

Il faut faire confiance à ses émotions, à ses instincts, en particulier pour les acteurs. Si tous les soirs sur scène c’est la même chose, alors vous n’êtes pas attentifs, vous n’écoutez pas, parce qu’il n’est pas possible que ce soit toujours la même chose. C’est peut-être familier et similaire, mais il peut y avoir des changements subtils ou nuancés de soir en soir. Et c’est une bonne chose. Ça vous maintient en vie. Ça vous maintient réveillé.

Je pense qu’on est plus à l’aise dans l’ambiguïté. Et je pense que, dans l’ensemble, beaucoup d’histoires qui se finissent de façon ambiguë sont plus satisfaisantes parce qu’on les sent plus réelles.

Parfois l’art doit être maintenu dans un domaine impressionniste ; que tout ne soit pas clair et ordonné : “Cette personne finit avec cette personne et ils vécurent heureux…” Non !

Peut être qu’à la fin d’un film ou d’une pièce on ressent pour ce personnage qu’on a suivi : “Je pense maintenant qu’il a une chance de trouver le bonheur…”. Ça, ça me convient. “Il a une chance. J’espère qu’il le fera…” Et ça, c’est bien.

Je pense que l’ambiguïté dans les arts, c’est une bonne façon de vivre, ça prospère, et on devrait le soutenir et l’encourager. »

Mes conclusions

Ce que je retiens de l’intervention d’un acteur complet qui m’a souvent touché par la justesse de son jeu ?

1 — Écrivez votre livre pour l’amour de l’histoire que vous voulez raconter, et lancez-vous dans l’auto-édition si c’est votre souhait. N’en faites pas un choix par dépit. Si, pour vous, il ne s’agit que d’une étape vers un but plus grand, il y a de très fortes chances que vous n’atteignez jamais ce but.

Si votre objectif est d’être édité par une maison d’édition, alors envoyez votre manuscrit à ces maisons. Opter pour l’auto-édition en espérant qu’« on vous remarque » est sans aucun doute une mauvaise stratégie qui générera frustration et amertume. Il est vrai que certains auteurs ont été ainsi mis en lumière, mais ce sont des cas extrêmement rares, voire isolés.

2 — Vivez votre art comme une chose en renouveau permanent. Ne tombez pas dans la routine. Ce n’est pas l’usine.

J’ai donc décidé de suivre mon instinct et de mettre Charlie et son univers de côté pour l’instant. J’avais très envie de tester de nouvelles façons de construire et de raconter une histoire. De changer de point de vue, de temps de narration, de style, de genre, de lecteurs, etc. Tous ces changements mettent déjà mes petits neurones en palpitation et le bout de mes doigts me chatouille. 😉

3 — Enfin, dernier conseil que je tire de cette vidéo : N’expliquez pas tout dans vos histoires. « L’ambiguïté » ou l’implicite laisse la porte ouverte pour l’imaginaire de votre public. Laissez-le finir vos romans par lui-même.

Trois « leçons » qui me paraissent excellentes et que je vous invite à suivre.

Je remercie Bryan Cranston (qui n’en saura jamais rien) et je vous invite à vous inspirer des conseils et de la vie de personnes que vous admirez dans tous les domaines.

Ces auteurs, acteurs, réalisateurs, inventeurs, hommes d’affaires qui ont réussi sont riches d’une expérience que vous ne trouverez par vous-même qu’après des années d’expérience parsemées d’échecs. Rendez-vous service en gagnant un temps précieux.

A très bientôt 😉


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  1. Merci Jérôme,
    C’est en effet assez tentant de se dire que si tel ou tel s’est fait remarqué après une auto-édition, il en serait de même pour les autres. Mais quand on regarde de plus prêt, on trouve ça dans tous les domaines.
    Les casinos, le Pmu et le loto se relancent par un gagnant exceptionnel sur un jeu populaire et la majeure partie du temps, tout le monde perd un peu.
    Dans l’art en général, la concurrence fait rage et les réseaux sont importants.
    Dans les affaires, il y a tellement de monde sur le marché qu’il faut se montrer encore et encore sans garantie de succès.
    L’édition, c’est pareil, il n’y a pas de solution miracle. La seule façon c’est de croire en soi et de tenter ce qu’on a envie de tenter.
    “Galligrasud”, “l’autre livre” ou “do it yourself” c’est au choix de chacun et le mien n’est pas encore fait. Je rêve du premier, j’espère le deuxième et je me prépare au troisième, parce que c’est le plus probable et le plus à ma portée. Cependant, le plus important c’est que l’histoire que j’écris emporte les lecteurs le temps de la lecture… Le reste viendra en son temps…
    Bon dimanche

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