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Comment corriger son roman (1/2)

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corriger son roman 1

« Corriger son roman, c’est comme la mort et les taxes : inévitable et tout aussi amusant ». Ce n’est pas moi qui le dis, mais James Hynes, écrivain américain et professeur de littérature.

J’imagine que la seule situation dans laquelle corriger son roman n’est pas une obligation est si l’on écrit pour soi. Si on ne prévoit, à aucun moment du processus de création, de faire lire sa prose à quelqu’un d’autre ; voire de ne jamais la relire soi-même. Dans tous les autres cas (ce qui représente 99,9 % d’entre eux), il faut s’y coller. Corriger son roman est le seul moyen de faire passer son manuscrit du stade de larve à celui de papillon.

LES FLAMMES DE LA CORRECTION

John Gardner a écrit le roman « Grendel » qui raconte l’histoire du célèbre poème anglais Beowulf mais du point de vue du monstre. Certains considèrent ce livre comme l’un des « plus brillants de la fiction contemporaine » (William Gass). Pourtant, quand Gardner a eu fini d’écrire le premier jet de son roman, il l’a jeté dans les flammes de sa cheminée. C’est sa femme qui a récupéré le manuscrit avant qu’il ne soit trop tard. Elle l’a rendu à son mari (avec une baffe ou une punchline bien sentie, je suppose) et il s’est remis au travail. Pourquoi John Gardner a-t-il fait cela ?

Quand nous écrivons une histoire, nous sommes pris dans le feu de la découverte. Nous ressentons le plaisir de créer quelque chose de totalement nouveau. Des personnages qui n’ont jamais existé, des situations qui ne sont jamais arrivées. Quand nous avons terminé et que l’euphorie retombe, nous devons nous asseoir devant notre création et chercher volontairement tout ce que nous avons mal fait. Corriger son roman, c’est se confronter à ses propres erreurs.

Certes, cela ne nous poussera pas tous à agir de façon aussi extrême que John Gardner, mais cela peut amener à désespérer. Quand nous écrivons, nous pouvons nous persuader que nous sommes le meilleur écrivain qui ait jamais existé depuis l’invention du pain de mie. Par contre, quand nous nous corrigeons, nous pouvons pleurer devant notre propre médiocrité et nous demander si on n’aurait pas mieux fait de choisir « pâte à sel » comme activité. Passer brutalement de l’un à l’autre peut être très décourageant.

Pour éviter cela, il faut avoir conscience qu’il faudra tout corriger dès qu’on commence à écrire, que cela fait partie du travail de l’auteur. Écrire l’histoire n’est que le début de l’aventure… et pas la partie la plus longue.

DIS-MOI COMMENT TU ÉCRIS, JE TE DIRAI COMMENT TU CORRIGES

Corriger son roman implique une attention quasi surhumaine. Nous devons faire attention à tout : est-ce que le roman forme bien un ensemble ? Est-ce que chaque scène sert l’histoire ? Est-ce que le point de vue choisi est le bon ? Le temps des verbes est-il correct ? Les descriptions sont-elles trop longues ? Trop courtes ? Est-ce que le début donne envie de continuer ? Les personnages sont-ils trop plats ? Chaque chapitre mène-t-il bien au suivant ? Etc.

Nous devons être notre pire critique et ne rien nous concéder. Bien sûr, il existe des moyens pour rendre cela moins intimidant, mais notre façon de corriger va d’abord dépendre de notre façon d’écrire.

Vous écrivez tout d’un trait

C’est également ma façon de faire. Je préfère ne pas interrompre le déroulement de mon histoire. M’arrêter à la fin de chaque chapitre pour revenir en arrière et corriger avant de passer au reste me gâcherait le plaisir et me ferait perdre le fil du récit. J’aime à croire également que cela garantit une certaine « unicité » à l’histoire.

En revanche, cela implique également de réviser tout le livre d’un trait. Corriger son roman prend alors des dimensions titanesques.

Vous découpez chapitre par chapitre

Personnellement, cela ne me convient pas, mais cette façon de faire a des avantages. En procédant ainsi, vous étalez la correction et vous la rendez plus digeste. À la fin de chaque chapitre, vous interrompez la rédaction de votre histoire et vous ne la reprenez qu’une fois la correction du chapitre terminé.

Attention ! Cela ne vous garantit pas que vous n’aurez pas à revenir sur l’ensemble du roman par la suite. Votre histoire peut changer en court d’écriture. Vos personnages peuvent évoluer dans votre esprit. De nouvelles idées peuvent surgir en cours de rédaction. Si c’est le cas, vous devrez tout de même revenir en arrière pour aligner les précédents chapitres sur votre nouvelle orientation. La cohérence doit être une priorité.

MA MÉTHODE DE CORRECTION

Elle n’est pas particulièrement originale et je n’en réclame pas la paternité. En fait, elle se compose de plusieurs techniques que j’ai « volées » à droite et à gauche. J’ai ensuite regroupé ces techniques en une méthode pour corriger son roman.

1re étape : La procrastination utile

Ça y est ! Vous avez écrit le mot « Fin » sur votre manuscrit. Vous avez encore les deux pieds plongés dans le bassin de la créativité. Un large sourire éclaire votre visage. Vous contemplez fièrement l’épaisseur des feuillets superposés qui composent votre roman. Et maintenant ? Qu’allez-vous en faire ?

Oubliez-le ! Mettez-le au fond d’un tiroir. Laissez-le prendre la poussière pendant au moins un mois et allez à la pêche, regardez ce qui passe au cinéma et profitez-en pour voir si vos enfants ont grandi depuis la dernière fois que vous les avez vus.

Une bonne « première correction » nécessite impérativement que nous ayons un minimum de recul sur notre travail. Quand nous relisons ce que nous avons écrit il y a plusieurs semaines ou mois, nous voyons toutes les erreurs passées sous le radar alors que nous avions le nez dans le clavier.

À titre personnel, quand je finis ma relecture, un mois plus tard, je secoue généralement la tête en me disant « C’est moi qui ai écrit cette daube ?! »… mais ce n’est pas une mauvaise chose. Au contraire. Cela me permet de prendre la distance nécessaire pour reprendre mon travail et l’améliorer et cela nécessite de ne pas travailler dessus pendant un certain temps : c’est de la procrastination utile.

2e étape : La correction « porte fermée »

Cette appellation est tirée du livre « Écriture : mémoire d’un métier » de Monsieur Stephen King (celui qui a demandé « Qui c’est ? » est prié de sortir et de ne pas revenir avant d’avoir comblé cette lacune impardonnable 😉 ).

Elle suggère que vous êtes seul face à votre manuscrit. Personne d’autre que vous n’a encore posé les yeux dessus. Vous êtes encore plongé dans l’univers de votre roman. Votre concentration est intacte et votre vision de l’histoire aussi.

Au début de l’écriture de « Charlie et le magicien invisible », j’ai commis l’erreur de faire lire les deux premiers chapitres à des personnes adorables et bien intentionnées (sans ironie). Elles ont voulu m’aider en me prodiguant conseils et suggestions. Leurs retours ont créé chez moi une dissonance qui m’a perturbé au point que je me suis demandé si je devais continuer mon roman ou faire comme John Gardner. Aucune de leurs critiques n’était « méchante » ou décourageante, mais elles ne s’intégraient pas dans la vision d’ensemble que j’avais de mon histoire. Leurs idées et leurs conseils étaient pleins de bon sens et auraient pu fonctionner… dans leur roman. J’ai donc remercié sincèrement ces personnes, puis j’ai fermé la porte et je l’ai gardée close jusqu’au bout.

Gardez la porte fermée jusqu’à ce que vous ayez terminé votre première correction. Avant ce stade, votre roman est une tour dont le mortier n’est pas encore sec. Soumettez-la à la tempête des opinions extérieures et elle s’écroulera comme un château de cartes.

Commencez par imprimer votre livre sur papier recto (et non recto verso) et attrapez votre plus beau stylo rouge. Pourquoi ne pas le faire directement sur écran ? Vous pouvez, mais je trouve qu’on « scanne » plus qu’on ne lit sur un écran d’ordinateur. La tentation d’aller vite est plus forte que sur du papier et la correction demande une lecture attentive. C’est pourquoi je trouve préférable de relire son roman sur papier.

Dans un premier temps, relisez tout d’un trait pour vérifier la continuité du récit et repérer les incohérences. Le stylo rouge dans la main, mettez des croix ou des annotations dans la marge de ce qu’il vous faut revoir et passez rapidement à la suite. Ne corrigez pas tout de suite.

Quand vous avez fini, faites le point sur vos observations. Quelles lacunes graves avez-vous détectées ? Dans mon cas personnel et à titre d’exemple, j’ai remarqué les points suivants :

un de mes personnages principaux n’était pas assez développé. On ne savait quasiment rien sur elle et sur sa personnalité… et donc on se fichait royalement de ce qu’il pouvait lui arriver. Par la suite, j’ai recréé son passé, sa situation familiale et je lui ai donné une habitude de langage et un caractère.

– les capacités « magiques » de mes héros étaient trop puissantes. Comme Superman sans kryptonite, ils ne risquaient quasiment rien. Sans risque, il n’y avait pas d’enjeu et donc pas de suspens. Je leur ai donc donné des points faibles et des limites.

le thème du roman n’était pas assez clair, et ce pour une raison simple : il n’était pas clair dans mon esprit. J’ai donc défini clairement le thème de mon roman : « L’âge et le physique ne sont pas des obstacles au succès ». Cela m’a permis de faire évoluer mes personnages dans de meilleures proportions.

Une fois vos conclusions faites, reprenez votre manuscrit et procédez aux corrections nécessaires. Ici, l’expérience me pousse à vous encourager à le faire sur écran. J’ai fait toutes mes corrections sur papier, ce qui m’a obligé par la suite à retaper ensuite au clavier. C’était long, ennuyeux et sans plus-value.

Vous pouvez lire votre roman à voix haute.

C’est une technique très utile, car cela aide à repérer des erreurs qui échappe à la lecture silencieuse : des phrases trop longues, des tournures maladroites ou des erreurs grammaticales. Cela permet également de mieux « sentir » quand il faut changer de paragraphe. Ce n’est pas une garantie que votre prose sera parfaite, mais ça aide incontestablement.

Nous voilà au bout de cette première partie. La suite au prochain numéro. N’hésitez pas à laisser vos impressions et vos questions dans les commentaires ci-dessous, j’y répondrai avec plaisir.


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  1. C’est tellement ça… que d’excellents conseils.
    Je pense que nous avons tous nos petits trucs qui ne marchent que pour nous : je suis comme toi, je ne fais pas lire des chapitres tant que mon texte n’est pas terminé, par contre, en amont, je donne toujours le pitch à une personne de confiance (mon épouse en l’occurrence) et j’attends son avis avec impatience. Si j’ai un “mouais, mais cela a déjà été fait” alors je modifie ou abandonne, et quand j’obtiens un “ça, c’est une bonne idée, très chouette” alors je sais que je suis dans la bonne direction.

    Merci pour ces articles intéressants et utiles en tout cas 🙂

  2. Merci pour cet article, c’est une bonne façon de faire. Pour ma part j’ai horreur que quelqu’un se place sur mon épaule pour dire qu’il faut changer ceci ou cela donc c’est porté fermée et à double tour 😉

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