Comment créer un héros de roman crédible

Comment créer un héros de roman crédible
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Un héros de roman crédible c’est quoi ? C’est un personnage pas trop parfait et qui ne lève pas fièrement sa mâchoire carrée vers le ciel, un sourire Ultrabright sur les lèvres, après avoir sauvé la veuve et l’orphelin. Mais ce n’est pas non plus le salaud pourri et corrompu jusqu’à la moelle qui va soudainement se découvrir une conscience pile-poil à la fin du roman.

Un héros de roman crédible (et là je n’engage que moi) c’est un type imparfait, persuadé d’avoir raison et qui va peut-être comprendre qu’il a tort à force d’en prendre plein la tronche.

D’accord, je ne gagnerai peut-être pas le prix Pullitzer avec cette définition, mais avouez qu’elle correspond à la grande majorité des gens que vous connaissez… et reproduire la psychologie humaine, c’est le challenge que nous essayons tous de relever en inventant des personnages.

Ici je ne vous parlerai donc pas de descriptions physiques, de manies, habitudes et autres caractéristiques extérieures que les auteurs aiment inventer. Pour cela, je vous invite à lire l’article « Les 10 composants d’un personnage de roman ».

Nope, je vous propose plutôt un voyage à l’intérieur de nos personnages, pour découvrir comment nous pouvons leur construire une psychologie qui soit réaliste et cohérente aux yeux du lecteur.

Propos liminaires

Comme d’habitude je vous propose la méthode que j’applique pour mon propre usage. Il existe des dizaines de méthodes de création de personnages en général et de héros en particulier. Ne prenez donc pas cet article pour argent comptant. Prenez ce qui vous convient, et laissez le reste.

Elle est en partie composée des recommandations de « L’anatomie du scénario » de John Truby et de « Story » de Robert McKee. Deux des trois meilleurs livres que je connaisse et traitant de l’écriture d’une histoire (un carambar offert au premier qui devine quel est le troisième 😉)

J’applique cette méthode à mon protagoniste principal, car il doit logiquement être, avec son antagoniste, le personnage le plus fouillé et le mieux construit. Mais vous pouvez évidemment appliquer cette méthode aux autres personnages, même si vous n’aurez pas besoin d’aller aussi loin dans le détail.

Le héros d'un roman est plus qu'une cape et une mâchoire carrée
Image par AD_Images de Pixabay

 

Faiblesses psychologiques et morales

Si vous ne voulez pas créer un boyscout indestructible du genre Clark Kent, c’est par là qu’il faut commencer.

Scoop du jour : personne n’est parfait (non, je vous jure, même pas moi). Cela veut donc dire que votre héros de roman non plus, et ça tombe bien parce que c’est justement sur ses faiblesses que vous allez appuyer pendant 300 pages. Comme un bon gros Dieu bien sadique.

La faiblesse psychologique

C’est généralement celle à laquelle tout le monde pense en premier. Votre héros (ou héroïne) n’a pas confiance en lui, il culpabilise de la mort de sa bien-aimée, il a perdu espoir, il est dévoré par la solitude, alcoolique, drogué, voire pire… il vapote ou il a une trottinette électrique (soupir d’effroi).

La faiblesse psychologique, c’est le point faible intérieur de votre héros et, pas de bol, c’est justement là-dessus que tous les personnages antagonistes vont l’embêter tout au long de votre histoire.

De cette faiblesse nait donc un besoin psychologique. Si votre héros réussit à satisfaire ce besoin psychologique, il ira mieux (mais ce n’est pas une obligation, vous pouvez aussi le laisser patauger dans sa crasse).

Exemple tiré du « Silence des Agneaux »

Au début du roman Clarisse Starling est complexé par son statut de femme, de débutante et de campagnarde au sein du milieu élitiste et macho du FBI. Son besoin psychologique est de prendre confiance en elle pour devenir un agent confirmé.

La faiblesse morale

On pense moins souvent à cet aspect, et c’est pourtant celui qui à mon sens a le plus d’importance.

Cette faiblesse morale est un défaut de comportement chez notre héros. Ce trait de caractère, cette croyance qui fait que notre personnage n’est pas parfait.

Cette faiblesse morale se traduit généralement par une action, en début de roman, qui va avoir des conséquences négatives sur un autre personnage. Cette action répréhensible va poser le problème moral du héros dès le début.

De cette faiblesse nait un besoin moral, et c’est le cœur de la psychologie de notre héros de roman. Car tout l’arc de transformation de notre personnage va tourner autour de ce besoin moral. C’est le point de départ de son processus de transformation (voir plus bas).

Exemple tiré de « Les décharnés » de Paul Clément

Plongé dans une attaque apocalyptique de zombies, Patrick, un homme solitaire et individualiste, va jeter un inconnu en pâture aux morts-vivants pour augmenter ses chances de survie. Le héros du roman va devoir apprendre à prendre soin des autres pour sauvegarder son statut d’être humain. C’est son besoin moral.

Dans les décharnées, le héros a une faiblesse morale claire

La ligne de désir

Il s’agit de l’objectif du héros de votre roman. Ce qu’il veut ou plutôt ce dont il croit avoir besoin, car votre héros, comme la plupart des gens, n’a aucune idée qu’il a un besoin moral.

Il pense sans aucun doute qu’il a besoin de plus d’argent, de trouver une femme magnifique, ou de s’asseoir sur un trône. Mais ce dont il a réellement besoin, c’est de combler son besoin moral et il va s’en rendre compte progressivement tout au long du récit.

Son désir va donc évoluer en maturité et en importance à mesure que l’histoire va avancer. Cette évolution ne devra pas se faire de façon brutale et caricaturale à la fin du roman (cf. : le salaud qui se découvre subitement une conscience), mais progressivement à la suite de prises de conscience survenant lors de rebondissements narratifs.

Pour illustrer, voici une liste de désir mentionné par Truby et classé par ordre croissant :

1 — Survivre (s’échapper)

2 — Prendre sa revanche

3 — Gagner le combat

4 — Accomplir quelque chose

5 — Explorer un monde

6 — Attraper un criminel

7 — Découvrir la vérité

8 — Gagner l’amour

9 — Rétablir la justice, la liberté

10 — Sauver la république

11 — Sauver le monde

Exemple tiré de Starwars : Un nouvel espoir

Quand Ben Kenoby et Luke demandent à Han Solo de les emmener dans son vaisseau, Han accepte en échange d’un paiement. Cet argent lui permettra de régler sa dette à Jabba et de sauver sa vie (s’échapper). Mais au fil des rebondissements, le désir de Han va évoluer et il va rejoindre la résistance pour sauver la république.

Bien sûr, la ligne de désir ne peut aller que dans le sens croissant si vous voulez que la tension dramatique soit, elle aussi, croissante. Difficile de vendre l’histoire d’un type qui veut sauver le monde en début de roman et vivre sa vie peinard de son côté à la fin (bien que tout soit possible, évidemment).

Le plan du héros

Votre héros de roman a une ligne de désir, c’est top. Mais comment va-t-il accéder à l’objet de son désir ? Par quelle action va-t-il passer pour répondre à son besoin ? Il va construire un plan.

Construire un plan ne signifie pas forcément quelque chose de très élaboré, sauf si votre intrigue repose sur le braquage d’un casino, mais une succession d’actions qui devraient lui permettre d’atteindre sa cible.

Exemple : Le héros veut séduire la fille

1 — il l’invite au restaurant

2 — il passe la soirée au cinéma

3 — il l’invite à boire un dernier verre

Le souci c’est que si tout se passe conformément au plan du héros, votre livre sera vite terminé et soulèvera autant d’intérêt qu’une conférence de Castex sur le changement d’heure en hiver. Pour éviter cela, le meilleur moyen est de faire ressortir votre côté sadique et de lui mettre des bâtons dans les roues.

Votre héros va donc devoir improviser face aux événements, et c’est la que va ressortir ce qui est, pour McKee, la clé d’un bon personnage : sa caractérisation.

Le plan du héros d'un roman, essentiel pour qu'il soit crédible
Image par Pexels de Pixabay

La caractérisation

À ne pas confondre avec les caractéristiques qui regroupent les éléments permettant de décrire le personnage (apparence physique, talents, habitudes, etc.)

La caractérisation de votre personnage de roman permet de répondre à cette question d’apparence simple : « Comment réagit votre personnage dans les situations de tension ? »

Est-ce qu’il se bat ? Est-ce qu’il plaisante ? Est-ce qu’il se cache ? Est-ce qu’il abandonne ? Est-ce qu’il se met en colère ? Etc.

C’est en intégrant la caractérisation de mon héros dans les bouleversements de son plan que je crée un début d’intrigue et que les réactions de mon personnage restent cohérentes avec sa personnalité.

Suite de l’exemple précédent : le héros veut séduire la fille

Caractérisation : personnage bienveillant et déterminé qui n’hésite pas à enfreindre les règles quand c’est nécessaire.

1 — Il l’invite au restaurant,

Mais elle est végétarienne,

2 – Ils changent de restaurant,

Mais elle se casse une dent sur du pain trop dur,

3 – Il l’emmène chez un dentiste de garde,

Mais le dentiste est saoul et incapable d’intervenir,

4 – Il vole des antidouleurs dans la pharmacie du dentiste,

Mais elle s’endort sous l’effet des tranquillisants,

5 – Il la ramène chez elle et dort sur le canapé,

Etc.

Vous voyez qu’on est loin du plan initial, mais préparer les deux vous permettra de les comparer et donc d’adapter les réactions de votre héros quand il sera confronté à tous ces contretemps.

L’antagoniste

Il n’y a pas de protagoniste sans antagoniste.

Pas d’antagoniste, pas de conflit.

Pas de conflit, pas de roman.

Pas de roman… pas de roman.

Pour avoir un bon héros de roman, il vous faut un bon méchant de roman. Si vous voulez savoir ce qui fait la différence entre un bon et un mauvais méchant, allez lire l’article « Comment créer un bon méchant ».

Outre tout ce qui est précisé dans cet article, n’oubliez pas que le méchant, lui aussi, à un plan et une caractérisation. À dire vrai, la construction de l’antagoniste suit exactement les mêmes étapes que celle du héros, à ceci près que l’antagoniste doit être beaucoup plus puissant que le héros, afin de consister en un véritable challenge pour ce dernier.

Le débat moral

L’une des fondations de votre roman, c’est le thème de votre histoire. Ce thème c’est votre vision du monde sur un sujet moral précis : la fin justifie-t-elle les moyens ? l’amour est-il éternel ? A-t-on vraiment besoin des autres pour être heureux ? Etc., etc. Il y a des dizaines de millions de thèmes possibles.

Pour en savoir plus sur les thèmes, lisez l’article « Sujet et thème : les fondations d’un roman »

Mais comment retranscrire ce thème dans son roman sans passer pour un moralisateur barbant ? Une des réponses possibles est de retranscrire ce thème à travers un débat moral pour notre héros de roman.

Notre personnage a une faiblesse et un besoin moral que vous avez exprimé par une action moralement répréhensible. Il est égoïste, infidèle, menteur, manipulateur, non fiable, inconsistant, feignant… (faites votre choix) et cela porte du tort à une personne innocente.

Mais bien qu’il possède ce besoin moral, le protagoniste n’en a pas conscience. Soit il l’ignore, soit il le justifie sur la base d’une croyance qui peut évoluer.

À un moment du récit, le protagoniste sera mis face à son besoin moral et il devra choisir entre s’entêter dans son comportement ou bien choisir la voie du changement et de la transformation.

Il y a plusieurs façons de mettre le héros du roman face à ce choix. L’un des moyens les plus classiques consiste à interpeler le héros via l’un de ses alliés. Cet allié va « attaquer » le protagoniste en le mettant face à sa faiblesse morale.

Exemple tiré de Breaking Bad (Spoil Alert)

Walter White va créer un véritable empire basé sur le trafic de drogue. Il manipule, ment et tue sans scrupule pour arriver à ses fins, mais pendant les cinq saisons que comportent la série, il n’aura de cesse de répéter qu’il fait tout cela pour assurer le futur de sa famille. Ce n’est qu’à la fin de la dernière saison que, confronté par sa femme Skylar, il admettra avoir fait tout cela pour lui-même.

L'arc du personnage de Breaking Bad est exceptionnel

La transformation du héros de roman

Après cette prise de conscience, le héros va amorcer la dernière phase d’une transformation qui a commencé dès le début du roman. Une transformation qui va le mener à une remise en question de son comportement moral et une modification de ces croyances.

Cette transformation du héros est également ce qu’on appelle l’arc du personnage ou le développement du personnage.

D’après moi (et John Truby est d’accord 😉), la meilleure façon de préparer la transformation d’un personnage, c’est de commencer par la fin. En quoi voulez-vous que votre héros se transforme ?

Ensuite revenez au début et voyez le chemin qu’il a à parcourir pour aller du point A ou point B. Il ne vous reste alors qu’à déterminer quelles actions (C) vont lui permettre de parcourir ce chemin.

Pour les matheux, on peut donc dire que A x C = B

Voici des exemples de transformation parmi les plus utilisées dans les romans et le cinéma :

 D’enfant à adulte

Un personnage remet en question ses croyances élémentaires et les modifie avant d’agir selon ce nouveau code moral (ex. : Will Hunting, Sixième sens)

D’adulte à leader

Un personnage qui ne s’occupe que de trouver le bon chemin pour lui-même découvre qu’il doit aussi guider les autres (ex. : Matrix, Le Roi Lion)

De cynique à engagé

Dérivé du précédent, le personnage ne pense d’abord qu’à son bien-être avant de rejoindre un groupe ou une société en tant que leader (ex. : Han Solo dans Starwars)

De leader à tyran

Il est également possible de transformer son héros de roman en quelque chose de pire. Un leader charismatique qui déciderait d’imposer sa voie aux autres (ex. : Le Parrain, Retour à Howards End).

De leader à visionnaire

Un personnage de roman qui aide les autres finit par comprendre comment la société dans son ensemble doit évoluer et vivre son futur (l’histoire de Moïse dans l’Ancien Testament est sans doute l’exemple le plus célèbre).

Voilà les étapes par lesquelles je passe pour construire un héros de roman ou tout autre personnage ayant une importance significative dans mon histoire. Ensuite, je prends un peu de temps pour déterminer ses 10 composants extérieurs, mais c’est une autre histoire.

Image par Alexandra ❤️A life without animals is not worth living❤️ de Pixabay

Maintenant un petit jeu

Dans un roman ou un film que vous avez lu ou regardé récemment, décrivez le besoin moral et l’arc de développement du protagoniste principal. En quoi est-il transformé et quels événements/actions ont provoqué ce changement ?

Donnez-moi les réponses dans les commentaires.


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3 commentaires sur “Comment créer un héros de roman crédible”

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