Écrire et être lu

Prenez en main votre vie d'auteur

Comment éviter le cliché

Partagez l'article
  •  
  •  
  •  

Voilà un mot tellement utilisé pour tout et n’importe quoi, tellement usé jusqu’à la corde par les lecteurs et romanciers de tout genre que le cliché est devenu… un cliché ! Nous avons une relation amour/haine avec lui. Nous cherchons à l’éviter pour montrer notre originalité artistique, et en même temps, nous savons que certains fonctionnent et que beaucoup de lecteurs les attendent. Difficile donc de s’en détacher.

D’autant que nous en consommons à longueur de journée. Hollywood est le premier fabricant de clichés au monde et les séries qui inondent Netflix ont une espérance de vie si précaire que rares sont les scénaristes qui vont se fatiguer à chercher l’originalité. Après tout, si cela a marché avec la série A, on n’a qu’à refaire pareil pour la série B, mais dans un autre décor.

Personnellement, je n’ai rien contre un ou deux clichés de temps en temps (je dois même dire qu’ils m’amusent beaucoup). Ils ont l’avantage de rassurer. Quand on en a repéré un, on sait à quoi s’attendre. Peu ou pas de surprise. On sait que le gros dur qui a perdu sa famille en début de roman va sombrer dans l’alcool. Nous nous doutons que l’homme et la femme qui s’engueulent au début du film vont finir par tomber dans les bras l’un de l’autre. Vous êtes persuadés que le superhéros en collants va sauver le monde au péril de sa vie au point culminant de l’action.

Pour autant, le monde de la littérature affiche clairement son aversion pour le cliché, et il est attendu de tout auteur qu’il fasse son maximum pour l’éviter. Pas facile, c’est vrai, mais pas impossible non plus.

Commençons par faire la liste des types de clichés que l’on peut rencontrer…

 

Le cliché de style

Je passe rapidement sur ceux-là, car il y a peu à en dire. Ce sont souvent des expressions toutes faites qui ont été vues dans tellement d’œuvres qu’elles sont devenues lourdingues et signe de fainéantise :

– son sang ne fit qu’un tour,

– elle plongea dans ses yeux noisette,

– une larme roula sur sa joue,

– il pleura toutes les larmes de son corps…

Comme pour l’alcool, le cliché de style n’est pas interdits, mais à consommer avec modération. Au-delà de 0,5 g de cliché par chapitre, la brigade volante de l’Académie française verbalise. 😉

Le cliché de personnage

Le gros dur au cœur tendre, l’ex-flic alcoolique, la jeune fille en détresse, le meilleur ami blagueur, etc. Pas besoin de fiche pour ce type de personnage. On sait déjà ce qui les définit et à quoi ils vont servir dans la narration.

Pour un auteur farceur, en revanche, il représente une formidable opportunité pour un retournement de situation totalement inattendu. Prenez Ned Stark de Game of Thrones par exemple. Beau, noble, chevaleresque et bon combattant. En début de livre (ou de série), tout le monde le voit déjà monter sur le trône de fer… et bing ! La tête coupée avant la fin de la première saison. Ça surprend !

Le cliché d’intrigue

L’ancien commando des forces spéciales qui sort de sa retraite pour une vendetta personnelle, la jeune fille sans le sou qui tombe amoureuse du bel héritier, le palefrenier choisi par le destin pour sauver le royaume du terrible dragon/sorcier/reine maléfique*, etc.

*rayez la mention inutile

Toutes ces intrigues ont déjà été vues, revues et revuvues jusqu’à plus soif. Cela ne veut pas dire qu’elles ne sont plus exploitables, mais simplement qu’il ne faut pas s’attendre à recevoir le Molière de l’originalité si on les suit.

Comment éviter le cliché

Le problème du cliché, c’est non seulement qu’ils sont légion, mais que nous en avons toute une bibliothèque sous le crâne. Il s’agit des livres posés sur le rayonnage du milieu. Pile à la hauteur des yeux. Ceux qui sont les plus visibles et les plus faciles à attraper.

Dans son livre « Personnages et point de vue », Orson Scott Card nous propose de les éviter en utilisant les « Questions causales ».

Les questions causales n’ont rien de compliquée dans leur formulation. Elles consistent essentiellement en une suite de « Pourquoi ? », « Comment ? », « Quelles sont les conséquences ? » et « Qu’est-ce qui peut mal tourner ? » pour expliquer les raisons (les causes) des événements du récit et les réactions des personnages.

La véritable difficulté, quand on se pose des questions causales, consiste à écarter systématiquement les premières réponses qui vont nous venir à l’esprit. Pourquoi ? Parce que ces réponses seront les livres les plus accessibles de notre bibliothèque. Ce seront, presque à coup sûr, des clichés.

Il faut donc se faire violence et mettre de côté cette sublime idée si séduisante et si facile à traiter. Celle qui nous mènera vers des conséquences que nous connaissons déjà. Et si nous les connaissons déjà, il est probable que le lecteur les connaisse aussi.

Un exemple

Pour illustrer, voici un exemple et un contre-exemple de questions causales à se poser sur un même type d’intrigue : le thriller de base avec un tueur en série et un flic qui lui court après. Le but n’est pas d’écrire l’histoire, mais de voir la différence entre le premier niveau de réponse et ce qu’on peut trouver en creusant un peu.

Intrigue n° 1

Quelle est la situation ?
  • Un tueur assassine des jeunes filles. OK
Pourquoi ?
  • Parce qu’elles lui rappellent sa mère. OK
Pourquoi veut-il tuer sa mère ?
  • Parce qu’elle était une prostituée qui battait son fils. OK
Comment il les tue ?
  • Avec un couteau. Il les éventre et il les maquille pour qu’elles soient belles comme sa mère. OK
Qui cherche à l’arrêter ? Et pourquoi ?
  • Un flic de la ville. C’est son boulot. Il n’a pas de vie à côté. Il ne vit que pour son job. OK
Comment est-il ?
  • Un râleur que ses collègues détestent, mais respectent, car il est bon dans son job. OK
Qu’est-ce qui peut mal tourner ?
  • Le tueur s’échappe sans laisser d’indice. Il veut jouer avec le flic, le nargue et devient imprudent. Le flic se rapproche. Il l’arrête presque en l’empêchant de faire une autre victime. Le tueur se venge en tuant une amie/parente proche du flic. Le flic lui tend un piège avec un appât : une prostituée qui ressemble aux filles tuées. Le tueur tombe dans le piège. Il y a une course poursuite. Le flic finit par le rattraper et le tue d’une balle dans la tête pour se venger. OK

Est-ce que cela ne ferait pas une magnifique série américaine des années 80 ? Vous pouvez être assuré que le lecteur aura deviné la fin avant le troisième chapitre. Si c’est ce qu’il cherche, très bien. Sinon, il refermera son livre et passera au suivant.

Dans l’intrigue n° 2, je reprends les mêmes bases, mais en refusant les premières réponses aux questions.

Intrigue n° 2

Quelle est la situation ?
  • Un tueur assassine des jeunes filles. Non, trop vu.
  • Un tueur assassine des enfants. Non, trop facile.
  • Un tueur assassine des hommes en bonnes conditions physiques. OK
Pourquoi ?
  • Ils lui rappellent son père. Non
  • Ils sont homosexuels, et le tueur est homophobe. Mieux, mais trop évident.
  • Ils sont homosexuels. Les victimes ont toutes fréquenté l’ex-compagnon du tueur qui est, lui aussi, homosexuel. Son mobile est passionnel, mais il fait passer cela pour des crimes homophobes. OK
Comment il les tue ?
  • Il les séduit et les poignarde quand ils sont au lit. Non, trop « Basic Instinct »
  • Le tueur est serrurier. Il rentre chez eux pendant la nuit et les tue dans leur sommeil. Non
  • Il les drogue, les déshabille complètement et les pend dans des lieux très publics (parc, centre commercial, etc.) à la vue de tous, et avec des messages homophobes. OK
Qui cherche à l’arrêter ? Et pourquoi ?
  • Un flic de la ville. C’est son boulot. Il n’a pas de vie à côté. Il ne vit que pour son job. Non
  • Un flic de la ville. C’est son métier, mais il a une raison plus personnelle sur cette enquête, un conflit.
Quel conflit ?
  • Le flic est également homosexuel, mais il ne l’assume pas. Carriériste, il cache ses préférences sexuelles à ses collègues de peur que cela nuise à sa carrière. Il sait que le mobile des meurtres n’est pas l’homophobie, car il a été intime avec chacune des victimes. Il est donc le vrai lien entre tous ces meurtres. Il est partagé entre l’envie de suivre la bonne piste et la peur de faire son coming out auprès de ses collègues de travail.
Pourquoi ce conflit ?
  • Il est respecté par ses collègues pour son professionnalisme, mais il est terrifié à l’idée que sa préférence sexuelle soit découverte dans ce milieu très « macho ». Il fait donc semblant de flirter avec les femmes de son service, il se force à sourire aux plaisanteries homophobes. Il a pour ambition de monter en grade. Pour cette raison, il n’a aucune relation sérieuse depuis des années et enchaîne les aventures sans lendemain. Il pense avoir beaucoup à perdre à dévoiler la vérité.
Qu’est-ce qui peut mal tourner ?
  • Le flic mène une double enquête : une officielle où il fait semblant de suivre la piste du crime homophobe et une autre, officieuse, où il sait qu’il est le point commun entre les meurtres. Il découvre vite que le tueur est son ex-compagnon avec lequel il a rompu pour privilégier sa carrière. Il finit par le retrouver. Le tueur lui annonce qu’il révélera son homosexualité à toute la police s’il l’arrête. Le flic a le choix entre l’arrêter et faire son coming out, le laisser partir et ne jamais boucler l’enquête (ou peut-être, faire arrêter un innocent à sa place) et le tuer pour cacher la vérité. Que choisira-t-il ?

Où s’arrêter?

Mieux non ? Il y a matière à développer un personnage intéressant sur le flic : une personnalité avec ses défauts et des motivations qui pourraient le pousser jusqu’au meurtre pour protéger son secret. Il reste beaucoup de blancs à combler bien sûr, mais la base est originale et le lecteur pourra voir le personnage évoluer tout au long du récit sans savoir si son ambition l’emportera ou non sur son intégrité. Il est possible d’installer un vrai suspens sur cette base.

Vous remarquerez que, une fois qu’on s’est éloigné des rails du cliché, les idées qui suivent trouvent l’originalité plus facilement, après un moins grand nombre d’essais.

Le plus dur est de savoir quand s’arrêter. Sur quelle proposition se fixer avant de passer à la suivante ? Vous arriverez à un moment où seules des réponses absurdes vous viendront. C’est généralement le signe que vous êtes allé trop loin. J’aurais pu continuer après les 3e ou 4e proposition, partir dans une direction totalement différente et finir sur un tueur qui se prend pour un personnage de jeu vidéo ou aller jusqu’aux réponses absurdes et écrire une comédie. Je suis resté sur cette idée, car j’ai aimé le conflit intérieur du flic. Cela m’a paru un filon riche à exploiter.

Avant de vous lancer dans la chasse aux clichés, n’oubliez pas deux choses :

Les idées originales d’aujourd’hui sont les clichés de demain,

Il vaut parfois mieux un bon cliché qui fonctionne qu’une idée originale bancale. Le tout est de ne pas en abuser.

Et vous, quelle intrigue auriez-vous développée ? Faites donc ce petit exercice du thriller chez vous et écrivez le synopsis de votre histoire dans les commentaires. Comparons nos esprits tortueux. 😉

Prenez une feuille blanche, ouvrez un nouveau document sur Word et posez-vous les bonnes questions.

C’est à vous de jouer.

Image parannca de Pixabay 


Partagez l'article
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Précédent

Définition : le marketing de contenu

Suivant

Trouver les bons mots-clés pour vendre votre livre en ligne

  1. ilane de Koppel

    Le deuxième questionnaire tombe aussi dans le cliché. Actuellement, il est de bon ton d’écrire sur l’homosexualité et la peur de le dire ou le désir de l’afficher. Du coup, je ne trouve pas vos exemples concluant. Mais bon, effectivement se poser ce genre de questions peut permettre d’aider à la construction du livre.
    Perso, je suis un peu allergique au roman policier et pour les thriller il faut vraiment que le sujet m’accroche pour que je l’ouvre. Dernièrement j’en ai lu un qui sort des sentiers battues et là oui, on est loin des clichés puisqu’il aborde le sujet des sectes religieuses (le Linceul des Âmes d’Eva Marin, pour ne pas le nommer) .
    En tout cas merci pour cet article qui permet de se poser les bonnes questions que ça soit pour l’auteur mais également pour le lecteur, car s’il fait la même chose avant d’ouvrir le livre et tombe sur les mêmes réponses, ça élimine plus vite les livres où l’on va finalement s’ennuyer !

    • Jérôme Vialleton

      C’est toute la difficulté avec les clichés. Ce qui est un cliché pour une personne ne l’est pas pour une autre. Cela dépend de notre culture personnelle, de nos sensibilités, etc.
      Je ne pense pas que les histoires traitant d’homosexualité soient des clichés. Peut-être y a t-il confusion avec un sujet « à la mode », ce qui n’est pas tout à fait pareil.
      Mais peu importe, l’important est que la message soit passé. Se poser les bonnes questions restent le meilleur moyen d’éviter d’enfoncer les portes grandes ouvertes 🙂

  2. Bonjour Jérôme,
    Le cliché de votre exemple, c’est pour moi, que c’est un tueur. Les tueurs, on en voit partout. Ce serait plus palpitant encore si c’était une tueuse poursuivie par une fliquette qui n’ose avouer son homosexualité. Pour le reste, ne changez rien…

    • Jérôme Vialleton

      C’est vrai! J’aurais pu creuser de ce côté là. Vous avez raison.
      Encore qu’il aurait fallut chercher un conflit différent. Une femme flic est déjà en décalage dans un milieu macho. Pas sûr que son orientation sexuelle change quelque chose à sa carrière.
      Peut-être en rajoutant un triangle amoureux avec le sergent de la brigade? Pourquoi pas?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Fièrement propulsé par WordPress & Thème par Anders Norén

Téléchargez vos eBooks gratuitement

"Plan Marketing pour auteur - Vendez votre livre"

"Les 5 obligations légales et fiscales d'un auteur indépendant"