Comment se débarrasser du perfectionnisme

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Qu’est-ce que le mot « parfait » vous inspire ? Comment voyez-vous le perfectionnisme ? Comme une qualité ? Un défaut ? Une réponse bateau à donner à un entretien d’embauche quand on vous demande « Quels sont vos trois pires défauts ? »

Pour moi le perfectionnisme est, avec la procrastination, les pires ennemis de tout esprit créatif, car ils sont incroyablement sournois.

« La plus belle des ruses du Diable est de vous persuader qu’il n’existe pas », disait Charles Baudelaire. Je pense pour ma part que le perfectionnisme fait presque mieux puisqu’il a réussi à se faire passer pour une vertu.

Il est de bon ton de se dire perfectionniste. Il est admirable d’être (ou de passer) pour une personne perpétuellement insatisfaite de son propre travail, un acharné du travail bien fait qui ne peut se satisfaire d’un manuscrit pourtant déjà plusieurs fois réécrit et corrigé. Celui (ou celle) qui n’aura pas de répit avant d’atteindre la perfection.

Le perfectionnisme a ses bons côtés bien sûr. Vouloir fournir un roman travaillé et de bonne qualité pour satisfaire son lecteur est effectivement une qualité. Je ne vous dirai jamais de barbouiller rapido un brouillon en 15 jours et de le mettre en ligne sans avoir pris la peine de le relier. Non.

Mais jusqu’où doit aller cette recherche de la qualité ? À combien de réécriture l’estimez-vous ? Dix ? Cinquante ? Cent ? Arriverez-vous jusqu’à ce point, ou laisserez-vous tomber avant ?

 

Être perfectionnisme, c’est habiter dans une maison vide

À moins d’avoir vécu dans une grotte pendant les 30 dernières années, vous avez entendu parler de Steve Jobs, le créateur d’Apple.

Steve Jobs était le champion incontesté des perfectionnistes.

Lorsqu’il a voulu monter le premier Apple Store, il a loué un hangar et a cherché pendant des mois l’aménagement idéal pour son magasin. Il a bougé les meubles des centaines de fois, changé le carrelage, la présentation des produits, les enseignes… il a tourné cela dans tous les sens pendant des mois et des mois.

Au bout de six mois, quand il a atteint le résultat qu’il recherchait… il a tout cassé et il a recommencé.

Son perfectionnisme l’a servi. Les Apple Store sont encore aujourd’hui les magasins les plus rentables du monde. Mais saviez-vous que, à cause de son perfectionnisme, Steve Jobs a vécu toute sa vie dans des maisons vides ?

Obsédé par la perfection du design, il ne trouvait jamais le bon canapé, la bonne table basse et sa maison est restée désespérément vide.

Cela peut vous séduire si vous aimez le style dépouillé, mais Steve Jobs en était réduit à accueillir ses amis et ses partenaires dans la cuisine, car c’était le seul endroit où il y avait des chaises pour s’asseoir.

Cette perfection qu’il recherchait tant, il ne la trouvait jamais, car elle n’existait pas et il finissait par faire la même chose que les auteurs trop perfectionnistes : rien.

Pas de meuble, pas de livre, pas d’auteur publié. Juste une maison vide.

Comment le perfectionnisme nuit à votre créativité

Le perfectionnisme poussé à l’extrême n’est rien d’autre que de la peur. Une peur déguisée, mais une peur tout de même. La peur de ne pas faire assez bien. La peur de se tromper. La peur d’être critiqué. C’est écouter cette petite voix au fond de votre tête qui vous répète encore et encore que vous êtes nul et que ce que vous faites est médiocre.

Dans son livre Big Magic, Elysabeth Gilbert parle du perfectionnisme comme de « la peur avec un manteau de fourrure et des talons hauts ». C’est très chic, sans aucun doute, mais cela vous amène à ne jamais finir ce roman que vous avez recommencé des dizaines de fois.

Cette peur peut vous amener à réécrire votre livre encore et encore jusqu’à épuisement et abandon ou à vous enfoncer dans le doute et vous paralyser devant une page blanche.

Alors, comment se débarrasser de cette petite voix qui vous pousse à travailler si dur sans jamais avancer ? Il y a de nombreuses façons de procéder. En voici six, très simples qui fonctionne très bien. Essayez-en une. Essayez-en deux. Essayez les six.

1 — Donnez un nom à la petite voix

Cela peut sembler contre-intuitif à certains. Pourquoi donner un nom à votre plus féroce critique ? Cela va lui donner plus de force, plus de consistance.

Au contraire, le fait que cette voix soit désincarnée la rend toute puissante, omnisciente, omniprésente et intouchable. Quand vous donnez un nom à quelque chose, vous vous donnez la possibilité de gérer cette chose, de lui donner moins d’importance et même de l’envoyer balader.

Croyez-le ou pas, mais j’ai arrêté de fumer en procédant ainsi. Après la lecture du livre « En finir avec la cigarette » d’Allen Carr, j’avais baptisé « Bernard » le monstre de nicotine qui vivait en moi et m’incitait à m’en griller une.

Chaque fois qu’il se manifestait, je lui lançais un tonitruant « Ta gueule Bernard » qui lui rabattait le caquet et me permettait de passer à autre chose. Plus le temps passait, plus c’était facile et moins Bernard insistait.

Cela fait onze ans maintenant que je n’ai plus de nouvelle de lui. Si vous le voyez, passez-lui le bonjour. 😉

2 — Foutez-la dehors !

Faite de même pour la petite voix qui vous critique. Appelez-la Tante Suzanne, Jean-Pierre, Miguel ou quoi que ce soit et remettez-la à sa place quand elle oublie qui est le patron.

Que cette voix soit celle d’un de vos amis, de vos parents ou d’un collègue jaloux qui ne fait rien d’autre que de vous rabaisser continuellement, dites-lui très clairement qu’elle n’a pas sa place dans votre espace créatif.

Elle doit aller ailleurs.

Installez-vous devant votre clavier, votre carnet ou votre enregistreur vocal, respirez un grand coup et imaginez-vous mettre cette personne dehors. Vocalisez-le si ça vous aide.

Puis revendiquez votre espace de travail et écrivez.

3 — Finissez ce que vous écrivez

Parfois, bloquer sur un projet est le signe que vous avez besoin de l’appréhender sous un nouvel angle, de faire une pause peut-être ou des recherches complémentaires.

Cela peut aussi être le signe que la petite voix a pris le volant et nous empêche de continuer.

Nous nous disons que nous voulons écrire ce roman de la bonne façon. Nous nous disons que nous ne voulons pas gaspiller du temps sur un projet qui n’en vaut pas la peine. Ou bien nous nous ennuyons et en concluons que notre livre est ennuyeux.

C’est un piège qui guette tous les auteurs et pas seulement ceux qui se targuent d’être perfectionnistes. J’en sais quelque chose.

Fin 2019, j’ai terminé le NaNoWriMo avec un roman inachevé de plus de 75 000 mots (et encore environ 30 000 à coucher sur le papier).

Courant décembre, j’ai appliqué la méthode de Dave Chesson pour valider son idée de roman. Cette méthode est sérieuse, scientifique et efficace, mais elle a eu un effet pervers me concernant. Les résultats mitigés résultant de mon idée de roman ont semé le doute en moi… et j’ai arrêté mon projet.

(Lisez l’article « Comment valider son idée de roman »)

La méthode de Chesson n’est pas en cause. Il est probable qu’un autre événement aurait tout aussi bien servi de déclencheur aux doutes qui m’habitaient déjà. Mon erreur a été d’arrêter ce projet au deux tiers de la fin.

Il est important de finir ce que nous écrivons, car, sinon, le mauvais perfectionnisme et la petite voix critique finissent par gagner.

Même si nous ne publions pas le résultat de notre travail, finir nos projets nous permet de pratiquer et pratiquer améliore nos compétences d’écrivain.

Ne vous arrêtez pas avant d’avoir écrit le mot « FIN »

4 — Gardez votre créativité en marche

Puisqu’on parle de pratique : dès que nous arrêtons d’écrire pour nous concentrer sur la correction et tendre vers la perfection, notre créativité se met au ralenti et parfois même s’arrête complètement.

Nos histoires, nos poèmes et articles de blogs n’ont pas besoin d’être parfaits. Ils ont juste besoin d’être écrits tel que nous les concevons. Faire de nos écrits quelque chose de trop « précieux », trop « riche », c’est leur donner une dimension qu’ils n’ont pas et les rendre en même temps trop gros et trop pesants.

User de sa créativité est censé être amusant. C’est un plaisir. Si écrire vous paraît être une corvée plutôt que quelque chose que vous avez hâte de faire, c’est le signe que vous devez faire une pause. N’écrivez pas ce que vous pensez DEVOIR écrire. Inventez une chanson, un conte pour vos enfants, faites de l’écriture automatique, du macramé ou des muffins aux fruits rouges.

Pas de muffins pour moi après l’arrêt de mon roman, mais une nouvelle d’horreur drolatique (enfin j’espère) que je retrouve avec plaisir chaque soir et qui garnira mon prochain recueil de nouvelles. C’était sans doute la pause dont j’avais besoin.

5 — Écrivez la prochaine phrase

Le comportement regrettable chez tout auteur qu’entraîne généralement le perfectionnisme est le regard en arrière. Une histoire ne peut pas avancer si son auteur ne regarde pas dans la bonne direction. Et cette bonne direction, c’est devant.

Si votre cerveau est bloqué, ou que vous avez temporairement perdu le nord et cherchez une boussole, mon conseil est de vous laisser aller dans les chaussures de votre personnage et d’écrire la prochaine phrase. Et ensuite la phrase qui suit.

6 — Écrire et publier

Pour finir en beauté, une belle leçon de lâcher-prise : écrivez l’histoire que vous voulez ou que vous avez besoin d’écrire puis, que vous en soyez satisfait ou pas, livrez-la au reste du monde.

Corrigez l’orthographe et la grammaire, bien sûr. Vous ne voulez pas être pris pour un auteur brouillon, et le lecteur mérite ce respect-là. Mais pour le reste, laissez couler.

Publiez-la sur votre site auteur, envoyez-la à des éditeurs, faites une couverture et publiez-la sur Amazon.

Vous pourriez être très surpris de la réponse du public. Quelqu’un lira ce que vous avez écrit. Votre histoire pourrait donner à cette personne l’opportunité de réfléchir différemment, de lui donner un moment de joie. Cela pourrait même changer sa vie. Qui sait.

Et si personne ne la lit ?

Vous aurez pratiqué et vous vous serez amélioré, n’est-ce pas ? Et pratiquer nous permet de garder le perfectionnisme à bonne distance.

La créativité en général et l’écriture en particulier est un magnifique processus qui a besoin de désordre et d’imperfections pour fonctionner et s’épanouir. Il ne faut jamais oublier que certaines des plus belles créations et inventions sont nées d’erreurs et de maladresses.

Oubliez la perfection. Elle n’existe pas. Concentrez-vous sur le plaisir d’écrire. Au final, il n’y a que lui qui compte.


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7 commentaires sur “Comment se débarrasser du perfectionnisme”

  1. Très bon article qui donne un éclairage sain sur un défaut que l’on prend pour une vertu. Mais combien cette vertu nous gâche l’existence !!!
    Je vais suivre ces conseils… en espérant que cela m’aide à poursuivre (ou reprendre) mon “oeuvre”…

    Par contre, à propos de perfectionnisme, je me permets de me poser une question de français (à peu près en milieu de texte) :
    “Mon erreur a été d’arrêter ce projet au deux tiers de la fin.”
    Écrit-on “au deux tiers” ou “aux deux tiers” ?

    1. Bonjour Jérôme,
      Encore un article qui fait mouche. Donner un nom à la petite voix… Moi je l’appelle tout simplement “maman” et quand j’ai l’impression de ne pas assez bien réussir quelque chose, il suffit que je dise “tu m’emmerdes, maman”… et ffflufff ! Fini !
      Il me semble que dépassé ce stade, chacun.e d’entre nous sait au fond de lui quand il ne peut plus aller plus loin sans recours à une bêta-lecture.
      Pour la procrastination je serai moins sévère que toi, elle est pour moi un signe de véritable enjeu. Si je recule c’est qu’il y a quelque chose d’important à cet endroit, il ne me reste plus qu’à trouver quoi, rarement ce qu’il y a de plus évident. La procrastination est un outil de connaissance de soi fantastique. La reconnaître pour ce qu’elle est permet de passer outre sans trop… tergiverser.
      A la semaine prochaine.

      1. Effectivement, la procrastination peut avoir des vertus. La plus grande est pour moi celle qui permet de prendre le recul nécessaire sur une oeuvre avant de la relire pour correction. Il s’agit là de la procrastination qui nous permet de ranger notre manuscrit dans un tiroir et de ne plus y toucher pendant un ou deux mois. Le temps que notre regard change et nous permette de le relire avec un oeil neuf et critique… en revanche cela n’exclut pas d’écrire autre chose pendant ce temps 😉

    2. Merci pour ce commentaire.
      Mea culpa. Mea maxima culpa. c’est une erreur de ma part. On doit bien écrire “aux deux tiers”.
      Merci de l’avoir signalé. Je corrige.

  2. Si on veut que tout soit parfait on ne publie jamais rien. J’ai déjà dû réviser mon roman “Mais qui est donc Sister Love ?” deux fois. C’est un avantage du “tout numérique”, on peut réviser après publication et mettre à jour le roman si nécessaire. Mon unique lecteur avéré, qu’il en soit béni au centuple, m’avait fait remarquer à juste titre qu’un des personnages de mon roman était candidat à une élection impossible en Amérique, celle de “gouverneur de Washington”. Washington est le seul état à ne pas avoir de gouverneur, il a un maire. Oups. J’avais pourtant fait des recherches… Seconde boulette, je m’en suis aperçu tout seul, le quartier général de ce fameux personnage est un gratte-ciel, or il n’y a pas de gratte-ciel à Washington même, la hauteur des immeubles est réglementée. Du coup j’ai dû le déménager l’entreprise à Rosslyn, séparée de Washington par le fleuve Potomac. Duh… Ça m’apprendra ! Tout ça pour dire que le perfectionnisme…

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