Comment vaincre la page blanche

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Salut, chers écrivains, cette semaine j’aborde un thème qui me tient à cœur : celui des blocages dans l’écriture et le cauchemar de tout auteur: la page blanche.

Comment éviter le syndrome de la page blanche, mais aussi, quelles sont les techniques simples et ludiques pour déclencher l’inspiration.

Mais avant de commencer, petit détail. Ce n’est pas Jérôme qui écrit ces lignes. Je m’appelle Thibault et pour cet article, c’est moi qui prends la parole. Un grand merci à Jérôme au passage pour l’invitation.

Bon ! Revenons à nos pages blanches et commençons déjà par le blocage le plus répandu :

« création ex nihilo »

Comprenez par là, « la création à partir de rien »

Voilà j’arrive à peine et je parle en latin. Vous allez vous dire, houla, Jérôme, tu as invité un snob qui vient étaler ses connaissances afin de passer pour un intellectuel.

(Rassurez-vous, pas du tout ! Je compte bien me rendre utile !)

Si je parle de la création à partir de rien, c’est parce que c’est souvent le chemin arpenté par les personnes de bonne volonté qui commencent l’écriture.

Ils désirent créer leurs propres œuvres, sans copier tel film ou tel roman. Et c’est tout à fait honorable ! Mais du coup, pour y arriver, ils refusent toute idée qui ne vient pas à 100 % d’eux-mêmes.

  • Ils ont l’envie de créer un scénario d’une pandémie qui ravage l’humanité ? Ah non interdit, déjà ils en parlent dans les médias, mais en plus Stephen King l’a déjà fait dans son roman « Le fléau ».

  • Ils veulent créer une belle histoire d’amour qui tourne au scénario catastrophe ? Interdit ! Titanic l’a déjà si bien réussi, récupérer cette trame serait du plagiat pur !

  • Ils désirent avoir des superhéros qui luttent contre les forces du mal ? Certainement pas ! Marvel fait déjà ça si bien avec les Avengers, au cinéma, en bande dessinée…

(Lisez l’article : « Comment éviter les clichés »)

Au final, que reste-t-il ? Hé bien pas grand-chose ! Car toutes vos idées, même si elles viennent de vous, elles ont été inspirées par quelque chose. Une situation dans votre vie, une œuvre qui vous a marqué, une anecdote qu’on vous a racontée à la machine à café… Toutes ces choses déclenchent l’inspiration, et s’interdire de les utiliser, c’est envisager la piste noire.

Vous attaqueriez-vous à une piste noire à votre premier jour de ski ?

Vous attaqueriez-vous à un judoka ceinture noire lors de votre première séance de Judo ?

Probablement pas n’est-ce pas ?

Alors pour les mêmes raisons je vous suggère d’éviter la piste noire de l’écriture.

Car c’est ici que se brisent les espoirs de tant de personnes qui désirent écrire… On entend « J’ai le syndrome de la page blanche ».

Ça me peine d’entendre ça, mais en même temps, c’est prévisible : Comment créer quelque chose si chaque idée est rejetée ?

En faisant ça, vous essayez de faire une création à partir de rien. Autrement dit une création « ex nihilo »

À mon sens, c’est de loin le chemin le plus difficile qui existe dans le domaine de l’écriture.

Ma suggestion consiste à faire l’inverse justement : toujours travailler à partir de quelque chose. Et cette méthode porte aussi un nom latin… Ça s’appelle :

La création « Ex materia »

Vous l’avez compris, elle s’oppose à la création « Ex nihilo »

Ici nous allons créer un scénario à partir de quelque chose. Qu’importe ce que c’est : un simple mot ? Une situation ? Une phrase ou un proverbe ? Tout est exploitable. Peu importe l’idée, elle est votre lingot d’or.

Le syndrome de la page blanche

Commençons par envisager un peu d’amour !
Ah l’amour ♥ !

On entend souvent que « l’amour est plus fort que tout »

Pourquoi ne pas envisager un scénario autour de ça ? Et tiens ! Pourquoi ne pas le prendre à contre-pied ? Ça pourrait être amusant d’avoir un joli couple qui se répète régulièrement que l’amour est plus fort que tout, jusqu’au jour où l’un des deux réalise que l’autre lui fait des infidélités.

Ah ! Est-ce que l’amour est plus fort que l’infidélité ? Alors bien sûr on peut dire que s’il y a infidélité il n’y a pas d’amour et blablabla.

Mais ça peut faire un scénario intéressant, surtout pour le personnage trahi. Lui qui aime inconditionnellement… Doit-il accepter sous prétexte que l’amour est plus fort que tout ? Et s’il pardonne, dans quel enfer se lance-t-il ?

L’amour plus fort que tout. Cette annonce fait son effet, et votre lecteur s’attend à une belle histoire. Pourtant, en gardant cette même annonce et après ces péripéties, l’amour devient synonyme de l’enfer.

À partir d’une idée que vous seul allez oser…

Nous sommes tous uniques, et nos idées sont tout aussi uniques. Le problème c’est que bien souvent, quand on a une idée vraiment intéressante, on est mal à l’aise à l’idée de l’exprimer et la révéler au monde.

Pourtant c’est un sentiment révélateur que votre idée est bonne. Si vous êtes gêné à l’idée qu’elle soit connue, c’est qu’elle transmet un message qui créera peut-être un débat, une polarisation. Vous trouverez des personnes pour vous approuver et vous soutenir à fond et d’autres qui rejetteront avec véhémence votre idée, car elle bouscule leur vision du monde.

J’aime beaucoup parler de cette femme qui avait des rêves érotiques plein la tête et qui les écrivait. Elle gardait ses textes coquins au fond de son disque dur, caché de tous.

L'amour, première source d'inspiration contre la page blanche

Puis elle a décidé de passer le pas. Elle les a partagés sur Internet. Oui ! Elle a dépassé le « qu’en-dira-t-on » et les a rendus accessibles à tous. Au vu du succès rencontré, elle a décidé de faire un scénario reprenant toutes ses scènes pour en faire un roman, puis un deuxième, puis un troisième.

Le succès fut tel qu’il a été adapté au cinéma !

Pourtant, il y a un grand nombre de personnes qui n’aiment pas « 50 nuances de Grey » et en toute franchise, moi-même je n’ai pas apprécié les films, quant aux livres je n’éprouve pas l’envie de les ouvrir.

Cependant, personne ne peut contester le succès rencontré avec cette œuvre.

Rien de tout ça n’aurait été possible si E.L. James n’avait pas osé créer quelque chose à partir de ses idées bien à elle.

Et aujourd’hui, les romances érotiques sont devenu le fer-de-lance de certaines maisons d’édition, c’est dire que le monde continue d’évoluer.

Peut-être avez-vous en tête l’idée qui permettra à l’art d’évoluer encore ?

(Lisez l’article : « Comment valider son idée de roman »)

Tirer l’inspiration d’une autre œuvre

Mais passons sur les évolutions du monde. Sachez qu’il vous est possible de vous inspirer d’une autre œuvre pour vous lancer. Vous pouvez vous réapproprier l’histoire et changer les évènements pour faire en sorte que ça devienne votre œuvre à 100 % sans aucun plagiat.

Prenons le film Titanic de James Cameron. Vous pouvez tout à fait utiliser les idées qui vous viennent quand vous regardez ce chef-d’œuvre.

Car les idées qui vous viennent sont vos idées. Certes elles vous arrivent pendant ce film, mais ça reste vos idées.

Vous avez envie de raconter une histoire d’amour sur un navire qui fait naufrage ? Faisons ça ensemble !

L'aventure, source d'inspiration inépuisable contre la page blanche

Comment faire ?

Voilà l’exemple. Vous avez le scénario du Titanic, puis pour l’arranger à votre manière, vous allez changer certaines choses. Car oui, on l’a dit, la copie c’est mal.

Vous pouvez vous débarrasser du côté première classe, deuxième classe afin de faciliter les rencontres entre vos futurs tourtereaux.

Vous pouvez même les faire se rencontrer juste avant de monter à bord. Ça serait amusant. Puis ils font plus ample connaissance sur le pont, ou à la machine à sous.

Ils vivent alors une histoire romantique. Puis vient le naufrage. (On va éviter le coup de l’iceberg) Pour vous éloigner encore du scénario du Titanic, vous pouvez faire en sorte que ce soit la demoiselle en détresse qui finisse par mourir, alors que son bien-aimé prend tous les risques pour la tirer d’affaire… En vain.

Son incapacité à la sauver — alors que lui va survivre — va le conduire à culpabiliser. Et cette culpabilité va créer une relation particulière entre le lecteur et ce personnage !

Utiliser la psychologie des personnages pour vaincre la page blanche

Et puis le coup de la demoiselle en détresse qui n’est pas sauvée à la fin, ça va bousculer les habitudes ! On s’éloigne des sentiers battus n’est-ce pas ? Mais être écrivain, c’est être explorateur de nouvelles idées. Alors pourquoi pas ?

Et voilà comment vous pouvez créer votre propre scénario en vous inspirant d’une autre œuvre. Encore une fois, ceci n’est pas plagié, car au final vous avez certes un bateau qui fait naufrage avec une histoire d’amour, mais vous n’avez plus grand-chose du Titanic dans votre œuvre.

La contrainte, le meilleur allié contre la page blanche

Une autre astuce propice à déclencher l’inspiration et vaincre la page blanche, c’est la contrainte.

Le fait d’avoir une contrainte stimule énormément l’imagination et va vous faire noircir des pages et des pages.

Georges Perec est probablement l’écrivain qui illustre le mieux cet exemple. Il a écrit le roman « La disparition ». C’est un roman en Lipogramme. Comprenez par là un roman auquel il manque une lettre. Oui au sens propre, il manque bien une lettre. La lettre E.

Cet auteur a réussi à écrire tout un roman sans utiliser une seule fois la lettre E !

Ça donne parfois des phrases vraiment amusantes du style : « ni six moins cinq, ni dix moins huit » plutôt que « ni une, ni deux »

Ou encore : « il s’habilla sur son vingt-huit plus trois »

Bref vous l’avez compris, se débarrasser de la lettre E n’est pas une tâche facile, mais Georges Perec ne s’est pas arrêté là dans la difficulté ! Non ! Il rend ça encore plus pointu lorsqu’il retire d’autres lettres au fil du récit.

Il supprime alors les lettres N, O, P, Q, R et S lorsque les personnages Nicias, Optat, Parfait, Quasimodo, Romuald et Sabin cassent leur pipe.

Vous imaginez la difficulté ? Hé bien la conclusion qu’en fait cet auteur, c’est que plus la contrainte est forte, plus l’inspiration est puissante.

Alors il s’agit là d’une contrainte extrême qui porte sur la manière d’écrire.

Vous pouvez vous amuser à vous interdire certains mots que vous avez l’habitude d’utiliser par exemple ? Pour rester dans la contrainte, vous pouvez tout à fait utiliser une contrainte scénaristique plutôt que dans votre style d’écriture.

Par exemple, pourquoi ne pas évoquer l’histoire d’un soldat, voire un chef de guerre qui gagne toutes ses batailles, mais qui perd toutes ses guerres.

Ça serait dramatique, mais pourtant inspirant n’est-ce pas ?

Ou encore, un homme qui séduit n’importe quelle femme, mais qui n’arrive jamais à trouver le bonheur.

Ces contraintes scénaristiques sont faciles à mettre en place et peuvent offrir des tonnes d’idées.

(Lisez l’article : « 7 sources d’inspiration pour trouver l’idée de votre roman »)

Créer une œuvre sur commande

Si quelqu’un fait appel à vos talents de scénariste pour créer une œuvre dans laquelle il vous impose d’inclure des scènes d’action, quelques fusillades et un héros gentil qui sauve le président des États-Unis, ça vous dirait ?

Trouveriez-vous ça un peu trop directif ? Vous croyez que la page blanche vous guette?

Figurez-vous qu’on est toujours dans la contrainte scénaristique et utiliser ces contraintes à votre manière peut vous faire réaliser de grandes choses.

Vous avez un ami dessinateur ? Observez ses dessins ! Imaginez les personnages en action et vous verrez que l’inspiration se déclenche presque aussitôt. Peut-être pouvez-vous envisager une bande dessinée ?

Inspirez-vous d'un dessin pour vaincre la page blanche

Savez-vous que le plafond de la chapelle Sixtine est une œuvre réalisée sur commande ? Elle a été peinte par Michel-Ange et demandée par le Pape Jules II

Une telle œuvre aurait-elle pu voir le jour sans cette commande ?

Contrainte pour plan de scène

Ces contraintes sont utiles pour la réalisation du scénario, mais elles peuvent aussi servir pour établir le plan de votre scène.

Si vous vous imposez de terminer votre scène sur un mot bien précis, vous pouvez ainsi déclencher un déluge d’idées.

Simple comme bonjour à mettre en place, mais ça demande de l’astuce pour assumer.

J’ai utilisé cette méthode pour écrire une nouvelle racontant la vie d’une femme pirate qui sillonne les mers, sabre à la main et tricorne sur la tête !

La contrainte: le meilleur allié contre la page blanche

Le mot choisi était « Omoplate » vous savez, cet os qu’on a dans le dos… Allez terminer une histoire là-dessus, ça semble hors sujet ! Et ça l’est en effet.

Pourtant, j’ai utilisé cette contrainte pour en faire une idée. J’ai décidé de finir mon récit par cette phrase :

« Finalement sentant le vent de la trahison souffler sur son navire, Astrid préféra plonger rejoindre la terre plutôt que de se risquer à recevoir une dague entre les omoplates… »

J’avais la fin de mon histoire, l’inspiration était déclenchée ! Bye-bye page blanche!

Conclusion

Je considère qu’il ne faut jamais se forcer dans l’écriture. Forcer l’inspiration, se forcer à écrire, se forcer à faire une œuvre comme ceci ou comme cela.

Personnellement je préfère toujours déclencher l’inspiration en m’amusant avec ces méthodes. C’est comme cela que j’évite la page blanche.

Je m’appelle Thibault, j’ai 33 ans et je fais comme Jérôme : je tiens un blog qui parle d’écriture. Celui-ci s’appelle Vaincre-la-page-blanche.com

J’aurais plaisir à vous y retrouver. Passez quand vous voulez ! 🙂

Merci à vous de m’avoir lu, merci à Jérôme de m’avoir invité sur son blog, j’espère vous avoir aidé à trouver l’inspiration.

Si c’est le cas, laissez un commentaire pour me dire la méthode qui vous a inspiré.

À très bientôt et bonne écriture.


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5 commentaires sur “Comment vaincre la page blanche”

  1. Bonjour Thibault et bienvenue, que d’excellents conseils, merci, comme dirait Le roi Loth d’Orcanie “consentum scribare pagum blancum”, ça ne veut rien dire mais ça impressionne. Qu’il soit bien noté que mon excuse du jour n’est pas la peur de la page blanche, mais qu’il fait trop chaud. J’en trouverai une autre pour demain.

    Blague à part, il ne faut pas avoir peur de ce qu’on pourrait percevoir comme un manque d’originalité, la différence se situera dans le traitement. Une saga comme Shanarra démarre presque comme une copie du Seigneur des Anneaux avant de développer un univers propre. La Quête du Graal par Chretien de Troyes est une œuvre de commande à la base. En gros, lancez-vous, vous risquez quoi ?

  2. Bonsoir,
    La plupart des oeuvres littéraires sont inspirées d’autres écrits ou faits divers.
    J. Cameron, s’est servi de l’histoire vraie du Titanic pour inventer une formidable histoire d’amour.
    Puccini a écrit l’opéra “La Bohème”, mais il l’a tiré du roman d’Henri Murger “scènes de la vie de Bohème” et franchement, il l’a tourné de telle façon qu’il ne peut être question de plagiat.
    Donc, n’hésitez pas… Prenez une histoire que vous aimez et réécrivez là avec vos idées, vos décors et tutti quanti (moi aussi j’peux parler Latin)…
    Les nouvelles de Maupassant peuvent être modernisées. Et puis si vous imaginiez une rencontre entre Sigmund Freud et Donald Trump ? Ce serait rigolo non ?
    A plus…
    Camille

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