COUP DE GUEULE !

Coup de gueule
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Les coups de gueule, c’est comme les cadeaux. On les apprécie plus quand ils sont rares. C’est pourquoi, même si pas mal de choses m’énervent, je ne les partage pas sur ce blog ou sur mes réseaux sociaux.

Je ne suis pas ici pour parler de politique, d’écologie ou d’économie. Mon but ici est de parler littérature. Comment la créer. Comment la promouvoir. Pour qu’elle soit appréciée et circule de mains en mains.

Mais quand un phénomène s’attaque à la littérature, à ce qu’elle a de plus sacré, alors je me sens légitime pour pousser un coup de gueule public ici même.

Ce qui l’a déclenché, c’est un article du Sunday Times intitulé « Is the rise of sensitivity readers progress or censorship ? ».

Les parties en italique dans cet article sont des extraits traduits du Times pour vous donner un aperçu complet du sujet :

« Les lecteurs de sensibilité (LS) font beaucoup parler d’eux dans le monde de la publication, mais pas souvent en public. Pour cet article, j’ai contacté plus de 25 écrivains, agents, éditeurs et LS — mais le sujet est tellement polémique que la plupart ne voulaient pas parler et seulement deux ont acceptés d’être nommés.

Depuis quelques années, la pratique s’est étendue des États-Unis jusqu’au Royaume-Uni. C’est arrivé jusqu’au monde des livres de cuisine. Le chef Jamie Oliver a dévoilé que des “équipes de spécialistes en appropriation culturelle” examinent et corrigent ses recettes.

Les LS sont employés par les éditeurs et les auteurs pour revoir les manuscrits avant la publication. Ils vérifient les stéréotypes, les dialogues qui sonnent faux, ou les propos qui peuvent offenser. Bien que beaucoup de leur travail soit centré autour des questions de race, des conseils sont proposés sur des sujets qui vont des “rencontres amoureuses entre gros”, l’éducation trop rigide des enfants, ou les relations amoureuses avec un écart d’âge.

Un agent littéraire reconnu de Londres dit que les auteurs ont commencé à réclamer le service “parce qu’ils ont tellement peur d’offenser”. Les retombées de l’affaire Clanchy ont alarmé plus d’un. “Personne ne veut être la prochaine Clanchy”, dit un autre. »

Apparition des lecteurs de sensibilité

Je ne sais trop comment traduire autrement les « sensibility readers ». Ces bêta-lecteurs sont donc engagés par les maisons d’édition pour lire les livres avant leur publication, repérer tous les mots, expressions ou situation qui pourraient éventuellement heurter la susceptibilité d’une communauté ou d’une minorité et proposer des alternatives.

Ce personnage n’est pas « gros », il est « en surpoids ». Celui-là n’est pas « gay », il est « LGTB ». Celui-ci est handicapé, mais son handicap ne doit pas transparaître comme un désavantage.

Le but officiel ? Éviter à l’auteur de devenir la cible des Ayatollahs de l’indignation qui opèrent généralement sur Twitter. Mettre à l’abri les artistes de la fameuse Cancel culture qui montre du doigt les Kate Clanchy, JK Rowling et Jeanine Cummins.

Le but officieux des maisons d’édition (selon moi) ? Éviter les annulations de sortie et les retraits très coûteux provoqués par les campagnes d’indignation sur la twittosphère.

Mon avis sur la question ? C’est de la merde en barre !

Bradbury sans allumette

Je vous avais prévenu. C’est un coup de gueule.

On nage en plein dans la culture de masse dénoncée par Bradbury dans son « Fahrenheit 451 ».

Pour ceux qui ne l’ont pas lu, « Fahrenheit 451 » est une dystopie dans laquelle la mission des pompiers est de brûler les livres plutôt que d’éteindre les incendies.

Dans le livre, cette pratique n’est pas le fait d’un régime totalitaire qui tente d’abrutir le peuple pour mieux le manipuler, comme le faisaient les nazis dans les années 30. Non, cette volonté de détruire les livres est la volonté du peuple lui-même.

Source d’inépuisables questions et polémiques, les livres sont interdits, car ils détournent les esprits de la pensée unique, engagent les personnes qui les lisent à réfléchir, à s’interroger, à mettre le monde en équation. Ils font obstacle au bon fonctionnement d’une société sans trouble, sans heurt et sans discussion. Brûler les livres, faire la chasse à la pensée devient alors la garantie du bonheur pour tous.

Ces lecteurs de sensibilité font le même travail que ces pompiers incendiaires. Ils le font avec un stylo rouge plutôt qu’avec une boîte d’allumettes, mais le résultat est le même. Ils lissent les mots, aplanissent les reliefs, gomment les polémiques, effacent les questions pour, au final, ne laisser qu’une histoire sans intérêt et des personnages stéréotypés narrés dans une langue de bois pasteurisée.

Tout cela pour caresser dans le sens du poil une poignée d’accro à l’indignation. Un essaim désœuvré qui s’exprime le plus souvent au nom de ceux qu’ils prétendent défendre sans leur avoir préalablement demandé leur avis, qui fustige les films sans les voir, critique les livres sans les lire, donne leur avis sans comprendre.

La censure du politiquement correct
La censure du politiquement correct

Une tentative vouée à l’échec

Si les maisons d’édition pensent ainsi calmer la hargne d’une meute de roquets, mon avis est qu’ils se mettent le doigt dans l’œil jusqu’au coude.

Ce qui intéresse les commandos de la cancel culture, ce n’est ni la justice, ni l’égalité pour tous, ni la défense des minorités opprimées. C’est avant tout la recherche d’une influence nuisible et d’un pouvoir de vie ou de mort sur les œuvres et les artistes qui osent prendre des risques.

Peu importe à quel point une œuvre sera stérilisée, peu importe le nombre de corrections qui seront faites sur un roman. Ceux qui cherchent une raison de s’indigner finiront toujours par la trouver.

D’abord parce que c’est une volonté inconsciente de leur part. Un besoin non assumé qui donne un sens à leur existence.

Ensuite parce qu’aucun lecteur de sensibilité ne peut se targuer de représenter la pensée commune d’une communauté, quelle qu’elle soit. Nous ne pensons pas tous de la même façon, et le vacarme de quelques-uns ne doit pas être considéré comme la voix de tous.

« J’avais trois LS et ils avaient tous trois perspectives différentes et contradictoires sur comment je devais changer mon livre. Ce ne sont que des tons de gris. » – Auteur anonyme

En cédant à ce chantage, éditeurs et auteurs chargent eux-mêmes le revolver qu’ils se placent sur la tempe. Ils se lancent dans une escalade, une course au politiquement correct qui les mènera à leur mise à mort par l’insignifiance de leurs propres publications.

Choquer pour faire réfléchir

Je ne suis pas un auteur engagé. J’écris des livres à but distractif et les thèmes que j’aborde tiennent plus du développement personnel que de l’engagement moral ou politique, mais cela ne doit surtout pas être le cas de tous les livres.

(Lire l’article : « Sujets et thèmes d’un roman : les fondations« )

Je vais peut-être passer pour un vieux con en écrivant cela, mais la distraction ne doit pas être une fin en soi. La littérature a une fonction d’électrochoc qui doit être préservée, quoiqu’il en coûte, pour lui éviter de connaître le même sort que d’autres médias comme le cinéma ou la télévision.

Le monde d’aujourd’hui serait-il le même sans des livres comme 1984 ? American psycho ? Abattoir 5 ? Les versets sataniques ? ou même Madame Bovary ?

Tous ces livres (et bien d’autres) ont choqué au moment de leur sortie. Ils ont suscité le scandale auprès des communautés de leur époque. Ils sont passés plusieurs fois sous les ciseaux de la censure… pour finir par être considérés comme des chefs-d’œuvre dans leur version intégrale.

Ces livres auraient-ils eu le même impact s’ils étaient passés sous la loupe d’un lecteur de sensibilité ? Quel impact sur le monde aurait eu la bouillie insipide qui en serait sortie ?

Pas énorme à mon avis.

« La directrice d’une maison d’édition ajoute “Les gens ont besoin de courir le risque de s’offenser. Sinon je ne vois pas l’intérêt des livres. Voulez-vous être confronté à la réalité de la société ou voulez-vous une histoire du soir ? Si c’est le cas, lisez un livre pour enfants, lisez Harry Potter !” Puis elle marque une pause. “Oh non, on ne peut même plus faire ça !”

 

la cancel culture
la cancel culture

Comprendre pour mieux partager

“Ceux qui voient l’arrivée des lecteurs de sensibilité comme une bonne chose sont ceux qui pensent que cela garantit l’authenticité quand on écrit sur une communauté dont on ne fait pas partie, de la même façon que si un écrivain de science-fiction consultait un scientifique. ‘Je ne les vois pas comme un antagoniste de la liberté d’expression, c’est plutôt un autre aspect de la recherche.’ dit Harris.”

Là encore, je ne suis pas d’accord.

La recherche a toujours fait partie du travail des écrivains et les lecteurs de sensibilité n’apportent rien de neuf au processus, hormis un coup de ciseau.

Disons que je veuille écrire un roman sur les migrants syriens qui traversent la Méditerranée, au péril de leur vie, pour rejoindre les côtes italiennes. Qu’est-ce qu’un lecteur de sensibilité qui est né et a passé toute sa vie à Châteauroux va m’apprendre sur ce sujet ? … même s’il est d’origine syrienne ?

Va-t-il me parler de la cruauté des passeurs ? De la maltraitance des enfants sur les embarcations ? Du viol des femmes ? Avec quels mots politiquement corrects me fera-t-il transmettre l’état de désespoir de ces migrants ?

Aucun. Parce qu’il n’en sait rien.

Et moi non plus d’ailleurs, c’est pourquoi je devrais faire mes recherches auprès de vrais migrants, ceux qui ont survécu à cet enfer et peuvent le raconter. Je l’écrirai avec leurs mots, ceux qui permettront à des lecteurs privilégiés de comprendre ce que devenir un migrant implique, les sacrifices et le courage que cela demande.

C’est exactement ce qu’a fait Jeanine Cummins pour écrire son roman “American Dirt”. Le récit d’une mère mexicaine qui tente de passer la frontière américaine pour sauver son fils de la Eme (mafia mexicaine).

Un roman bienveillant et puissant, car il parle “vrai”. Il dit la vérité, toute la vérité et pas seulement celle qu’on aime entendre.

Cela n’a pas empêché la Twitosphère d’accuser Jeanine Cummins d’appropriation culturelle. Comment une Américaine blanche d’origine irlandaise peut se permettre d’écrire un livre sur un peuple auquel elle n’appartient pas ?

De la même façon qu’un auteur peut écrire sur un serial killer sans n’avoir jamais tué quelqu’un, ou sur un couple divorcé tout en étant heureux en ménage : en faisant des recherches et en faisant preuve d’empathie.

C’est en faisant preuve d’empathie que l’on peut comprendre le monde et ceux qui le peuplent.

C’est en faisant preuve d’empathie que l’on peut apprendre la vraie tolérance et la transmettre aux autres.

L'empathie - la vraie tolérance
L’empathie – la vraie tolérance

J’arrive à la fin de ce coup de gueule avec la conclusion suivante : vive l’autoédition.

Certes le phénomène des LS n’est, à ma connaissance, présent qu’en Angleterre et aux États-Unis, mais nous savons tous que ce qui touche les Anglo-saxons finit toujours par arriver en France quelques années plus tard. Je pense donc que les Lecteurs de sensibilité français sont malheureusement inévitables.

Je ne peux donc que me réjouir d’avoir choisi l’autoédition, le seul mode de publication dans lequel je suis seul responsable de mes écrits. Et si un jour Amazon m’impose la relecture d’un LS avant publication, alors mes romans ne seront plus disponibles qu’en vente directe sur mon site.

“Le jour où mes livres sont envoyés à un LS, sera le jour où je démissionne.” Lionel Shriver

Je termine ce rare coup de gueule avec une demande encore plus rare en fin d’article. Je vous demande de le partager.

Partagez-le sur votre site.

Partagez-le sur vos réseaux sociaux.

Partagez-le si vous êtes d’accord.

Partagez-le si vous n’êtes pas d’accord.

Partagez cet article dans l’espoir qu’il choque et qu’il fasse réfléchir un maximum de personnes.

Nous en avons tous besoin.


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23 commentaires sur “COUP DE GUEULE !”

  1. Pour moi, l’art est politique, car toute œuvre diffuse un discours sur le monde via un système de valeurs et cherche à inspirer le mouvement de la pensée aux lecteurs.

    Dès lors, je ne distingue pas les deux.

    En revanche, je distinguerais plus volontiers les lecteurs sensibles et la cancel-culture. La cancel-culture est le fait d’une minorité d’extrémistes qui constatent les injustices le plus souvent séculaires qui frappent certaines catégories de population, mais qui luttent contre elles par une volonté d’anéantissement total de ce qui les cause et de ce qui les traduit. Il y a une forme de vendetta, de revanche dans cette stratégie extrême. On peut le comprendre, mais certes pas le cautionner, parce qu’on a besoin d’échange et de mémoire pour comprendre et progresser, pas d’effacement.

    En revanche, les lecteurs sensibles sont pris dans la même tourmente que les woke et les islamogauchistes, et tout cela rejoint un discours d’extrême droite qui cherche à discréditer et saper toute lutte contre les inégalités, parce que les dominants qui n’en souffrent pas ne voient pas le problème à être racistes, homophobes ou sexistes. En revanche, ils ne supportent pas qu’on leur interdise l’expression et la manifestation de leur mépris envers ces personnes, que ce soit par des paroles et actes de discrimination ou par l’emploi passif ou actif de stéréotypes — et ils ne supportent en réalité pas qu’on remette en cause la légitimité de leur domination.

    Un lecteur sensible n’a pas pour mission de lisser un texte : on a besoin des salauds, dans les livres. Un lecteur sensible est là pour aider l’auteur à prendre conscience des charges qu’il mène afin de ne conserver que celles qu’il souhaite mener. Parce qu’on est captif des stéréotypes que l’on véhicule inconsciemment et que ce n’est pas de la littérature que de les subir sans les interroger.

    Pour creuser la question du renversement des valeurs dans nos société à travers le « phénomène woke », je vous invite à la lecture de cette réflexion : https://www.facebook.com/permalink.php?story_fbid=127932049648128&id=110686718039328

    Pour ce qui a trait au sujet lui-même de la lecture sensible et de sa pertinence pour lutter contre les stéréotypes et reprendre la main sur notre création, je vous invite à la lecture de cet article : https://www.laplumeamie.com/article-10-stereotypes

    Merci pour cet article. Même si j’en nuancerais le procès qui y est fait, je suis en revanche tout à fait d’accord avec le fait que personne ne doit aseptiser un texte tout comme on ne doit pas gommer l’histoire. Il faut affronter le réel pour ce qu’il est : une transition entre le passé et l’avenir. Tout comme l’Histoire est une vision partiale du passé laissée par les vainqueurs et une œuvre artistique une vision du monde développée par un auteur avec sa subjectivité et ses limites.

    (5/5)
    1. Merci Jonathan pour ce commentaire (comme d’habitude) très complet.
      Pour ma part, je fais la différence entre lutte contre les clichés et les stéréotypes et le politiquement correct.
      Le premier est, en outrance, de la mauvaise littérature (et je précise en outrance, car l’évitement complet des clichés est une utopie. Chacun voyant des clichés là où l’autre n’en voit pas) tandis que l’autre est une censure par la langue de bois.
      La sensibilité n’est pas une norme établit avec des critères précis et cadrés qu’il est possible de préserver en évitant de marcher dessus comme on protège une pelouse. C’est un territoire culturel, personnel et en perpétuelle évolution où chacun pose sa frontière entre ce qui est choquant et ce qui ne l’est pas.
      Non seulement cette préservation de la sensibilité n’a rien à voir avec la lutte contre le racisme et l’homophobie, mais je la juge contre-productive car elle exacerbe les clivages entre les communautés. Ce n’est pas parce que je suis un homme blanc hétérosexuel que je ne peux pas m’intéresser à ce qu’est la vie d’une femme noire homosexuelle dans la société d’aujourd’hui. Oui, c’est un travail qui me demandera plus d’effort qu’à un autre. Oui, j’aurai plus de recherche à faire, plus d’introspection et de remise en question sur mes croyances et mes idées reçues, mais cette vision aura également plus d’impact et plus de valeur que celle d’une femme noire œuvrant pour la cause des femmes noires. Nul n’est prophète en son pays. Après la mort de Georges Floyd, tué sans raison par un policier blanc aux US, l’hommage le plus vibrant et le plus mémorable sur cette tragédie était celui… d’un autre policier blanc.
      Cette préservation de la sensibilité est pour moi un nivellement par le bas. Elle déresponsabilise les éditeurs, muselle les auteurs et abaisse les lecteurs au rang de consommateur décérébré.

      1. Il s’agit bien d’opposer culture commerciale et culture humaniste.

        La culture commerciale vise à vendre un livre au plus grand nombre de clients, et donc à plaire au plus grand nombre d’acheteurs. La culture humaniste vise à parler au plus grand nombre d’humains et donc à comprendre et être compris du plus grand nombre de lecteurs.

        La nuance est importante, et, en réalité, nous ne disons pas de choses différentes. Ce que tu appelles recherches englobe à mon sens le préalable (se renseigner) et ce qui suit les premiers jets (la mise à l’épreuve des lecteurs). Parce que, en effet, on n’est responsable que de ce qu’on écrit, pas de ce que l’autre lit, mais on est tout de même responsable des effets de sens qu’on produit alors qu’on n’en mesure pas toujours les causes ou la teneur — tout simplement parce qu’un vieux riche blanc n’a jamais été confronté aux obstacles que doit surmonter pour survivre une jeune femme noire et pauvre.

  2. Question bête : comment le partager sur mon propre site ?
    Je comprends ton coup de gueule, puisque je viens de sortir une nouvelle : Enlèvement rêvé, et je me suis faite « agresser » sur Fb, me disant que je banalisais la culture du viol. Bien sûr la personne ne me juge que sur mon titre, n’a pas lu la nouvelle, car si elle l’avait fait, elle verrait à quel point il n’y a aucun viol à l’intérieur, que seul le moment où la femme est mise de force dans une voiture est un moment de violence tout relatif. Après il n’y a plus rien de « méchant ». Bref, c’est déjà sous couvert.

    1. Bonjour Séverine,
      Une nouvelle preuve qu’on n’a jamais autant jugé les livres sans les lire.
      Pour le partage, tu peux simplement partager l’adresse http de l’article dans un article sur ton site.
      Merci pour cela

    2. Eh bien moi qui suit en train d’écrire un roman qui passe sous César et qu’une femme se fait violer, qu’est-ce qu’on va me dire ?

      Bref, je ne le dirais pas sur FB.

      Maintenant c’est vrai, comment le partager ?

      1. Marie, personne ne milite pour la censure des sujets abordés, mais il y a des mises en garde contre les œuvres qui professent sans le vouloir les ferments de discrimination. On peut aborder le viol — et on le doit, puisque ça fait partie du réel. Mais c’est une chose de l’évoquer, c’en est une autre de montrer que la victime a aimé ça et que son violeur est en fait son prince charmant. Vous voyez la nuance ?

        De même, sur le sujet du racisme, oui, il est évident que l’ethnie d’origine implique des effets sur le personnage, ne serait-ce que parce que le regard des autres renvoie la couleur de peau au mépris de l’intériorité. Mais c’est une chose de montrer le racisme à l’œuvre dans ce qu’il produit de souffrance, et c’en est une autre de laisser penser que la couleur de la peau conditionne l’individu et lui assigne donc des qualités et des défauts, une place immuable.

        Il ne faut pas confondre l’aseptisation qui vise l’éviction des sujets forts et la responsabilisation qui vise à maîtriser le message des œuvres. On peut et doit avoir des personnages de salauds, mais il ne s’agit en aucun cas d’encourager les lecteurs à devenir des salauds.

        1. Je pense que les lecteurs savent faire la distinction par eux-même.
          On ne parle pas ici de livres pour enfants impressionnables et influençables mais d’adultes majeurs et responsables qui savent prendre du recul sur ce qu’ils lisent ou, s’ils ne savent pas, qui doivent l’apprendre.
          Bref, on parle d’un effort de réflexion qui doit être fait par chacun et non livré pré-maché et pré-emballé par des gens payés pour réfléchir à leur place sur ce qui est entendable et ce qui ne l’est pas.

    3. Séverine, j’insiste à nouveau, puisqu’il s’agit là l’un d’un échange que nous avons eu ensemble, sur le fait que personne n’a condamné ton texte en soi, puisqu’il n’avait pas été lu, mais bien été alerté et alertant quant à la manière dont tu mettais en valeur le fantasme féminin de l’enlèvement érotique par un inconnu.

      Il ne s’agissait ni d’une condamnation de ce que tu es ni une condamnation de ce que tu écris, mais bien un ressenti et une mise en garde quant à l’image et à l’effet de sens que tu en donnes dans ta promotion du texte.

  3. Bonjour,
    Je n’y vois qu’un gadget de plus au service des hygiénistes. Je suis beaucoup plus choqué de voir un bouffeur d’hosties comme bolloré faire main basse sur l’édition française. Je trouve cela beaucoup plus redoutable.
    Moi j’écris pour les fous, les drogués, les pédés, les victimes de la bien-pensance. Les gens qui ont besoin de se raconter des fables polies, outre le fait qu’ils sont dangereux sans le savoir, ne m’intéressent pas le moins du monde. C’est comme cette idée reçue qu’il faut comprendre ce que les gens lisent avant d’écrire. Si je faisais cela, je n’aurais tout simplement plus envie d’écrire.

  4. Super article.
    Cela amène effectivement de l’eau au moulin de l’autoédition, et pas seulement parce qu’elle est la prise de risque ultime qui y est évoquée, mais aussi parce qu’elle offre une liberté absolue (mais au risque d’une audience réduite à ‘un cercle réduit malgré tes conseils avisés…).
    https://www.lesnoviens.com/post/l-auto%C3%A9dition-la-voie-secondaire-indispensable
    Je dois reconnaitre que je me suis posé la question en écrivant Les Noviens, car il est polémique, y compris contre le secteur dans lequel le travail, ce qui m’a conduit à publier sous un nom de plume.
    Je suis un homme, et mon personnage est féminin, autre problème potentiel en terme de crédibilité. Mes LS ont été ma femme et ma fille, mais sans censure, juste pour avoir leur ressenti.
    Et puis je parle de pays envahisseurs ou impérialistes, je suis donc mal barré….
    Le sens point d’attention que je vois serait la provocation gratuite pour faire le buzz et une possible stratégie de victimisation.

    (5/5)
    1. Merci pour le lien, très bien vu aussi.
      La polémique est clairement un risque.
      Elle divise, et plus il y en a, plus on risque le rejet, et ne plaire qu’à des personnes ayant assez de recul sur eux-mêmes, leur pays, leur religion et l’humanité toute entière…
      J’ai des doutes croissant sur l’avenir de cette capacité pourtant saine!

  5. La bien-pensance n’est qu’un moyen pratique pour des intolérants de vivre pleinement leur intolérance au vu et au su de tous, sous prétexte de la combattre.

    Combien de scandales d’hommes qui se prétendent féministes dans leur persona publics et qui sont révélés comme étant des abuseurs en privé ? Combien de militants anti-racistes se voient tout d’un coup accusés de racisme ? Les « wokes » sont destinés à se manger eux-mêmes à terme, tout comme bon nombre de révolutionnaires se retrouvèrent eux-mêmes sous la guillotine, « cancellés » par leur propre « camp ».

    Toutes ces polices de la pensée ne cherchent pas les abolitions des stéréotypes, mais leur perpétuation. Ne lisait-on pas récemment que le personnage de « Luther » incarné par Idris Elba n’était pas « assez noir » parce qu’il ne mangeait pas d’aliments épicés, entre autres ?

    Mes romans cumulent plusieurs de ces « tares », mais ils n’ont pas pour l’instant attiré l’attention des trolls d’internet, fort heureusement. Un auteur blanc qui met en scène une Africaine, c’est le scandale assuré ! 🙂

    (5/5)
    1. Je pense que la meilleure réponse à faire aux attaques sur les RS est celle de Fabrice Eboué au moment de la sortie de son film « Barbaque ».
      Je cite : « J’en ai rien à foutre ».

  6. Les superlatifs seront insuffisants ! Merci ce grand « COUP DE GUEULE !  »
    Maintenant que les LS et certaines maisons d’éditions sont arrivés à marcher sur la tête, ils pourront dire haut et fort : « La terre est plate ! ».
    Madre de Dios !
    Enzo MORRO

    (5/5)
  7. Merci Jérôme pour cet article, très intéressant, comme toujours.

    Dans mon dernier polar, ma commissaire est homosexuelle.
    J’aborde plusieurs fois ce sujet au cours de l’histoire.
    Les membres de l’équipe de policiers réagissent chacun à leur façon quand ils apprennent l’orientation sexuelle de leur supérieure.
    Un chapitre entier est consacré à une lieutenante qui s’interroge sur sa surprise, et qui parle des différentes réactions qu’elle a pu observer dans les familles où un jeune déclare son homosexualité.

    Si je me suis demandé comment mes lecteurs allaient réagir, je n’ai à aucun moment eu peur d’aborder ce sujet.
    Une chroniqueuse m’a félicitée d’avoir placé un personnage homosexuel dans un polar, en déplorant d’en rencontrer si peu, en général, dans les romans.

    Je pense comme toi, Jérôme, que nous devons écrire sur TOUT.
    La vie n’est pas un « fell-good ».
    Le partage des idées est indispensable.
    Alors… crotte aux « sensibility readers » !
    Vive l’autoédition !

    (5/5)
  8. Merci pour cet article. Je n’ai jamais entendu parler de LS.
    Je suis plutôt étonnée que les éditeurs prennent en compte leur avis.
    Que doit-on dire alors de Game of Thrones ?
    Ça ne l’a pas empêché d’exister !

    Je pense qu’il vaut mieux ignorer ce genre d’attaques.
    On doit pouvoir être libre d’écrire ce qu’on veut.

    De toute façon, cette mentalité va avec l’actualité qu’on traverse.
    On voit bien que la liberté d’expression est censurée depuis ces dernières années.
    Et s’il n’y a que l’autoédition pour rester libre, alors profitons-en.

  9. Bonjour, Jérôme, ton article me fait penser à l’une de mes lecture en cours, je lis « Les métamorphoses » d’Ovide. Pour résumer ce classique de la littérature d’une manière lapidaire, les mots qui me viennent sont les suivants : « Une succession d’enlèvements, de viols et d’horreurs diverses commis par les dieux. » Si un « lecteur de sensibilité » avait passé les poèmes d’Ovide à l’aune des soi-disant attentes du public actuel, plus de la moitié passerait à la moulinette. Je crois que notre civilisation est en bout de course et que certains réagissent à cela par le souhait de détruire ce qui constitue ses bases dans une volonté étrange de considérer qu’effacer le passé permet de mieux construire le futur. Et on se retrouvera dans un monde creux, aseptisé, sans nuances, dénué de sens. Cela va très bien avec la volonté de déshumanisation de plus en plus perceptible ces deux dernières années. Une façon de nous transformer en paquets de lessive qrcodisés sans histoire et sans émotions. Donc je suis d’accord avec toi, vive l’autoédition et non aux censeurs de sensibilité !

    1. C’est tout à fait vrai. Merci Sandra. Dans un autre registre, les contes d’autrefois étaient volontairement cruel de façon à montrer aux enfants la réalité et la cruauté de la vie. Les versions d’aujourd’hui ont été grandement adoucit par les studios de cinéma comme Disney. Comme quoi, le processus a commencé il y a de cela plusieurs décennies.

  10. Bonjour. merci pour cet article. Ce sujet m’avait déjà surpris (mais pas forcément étonné) du fait de sa violence et du côté censure. J’en ai fait un livre, roman plutôt humoristique qui se moque de cette pratique (un écrivain doit réécrire le comte de Monte Cristo façon moderne avec un LS). Je ne sais pas si mes ME françaises pourront résister à cette pratique qui s’implante insidieusement.

  11. Ping : Liberté d'expression - Un jour mon éditeur viendra

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