Écrire une comédie romantique | Interview de Juliette Beaufrère

Interview Juliette Beaufrère
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Dans la série « Partage entre auteurs » je vous présente Juliette Beaufrère, auteure de « Mariage et remue-ménage dans les Cotswolds ». Le moins qu’on puisse dire, c’est que le hasard de la programmation des interviews a bien fait les choses, car même si c’est son premier roman, Juliette a un parcours si riche que son expérience intéressera même les vieux de la vieille.

Dramaturge, scénariste et réalisatrice avant de se lancer dans l’écriture de roman, elle est fan du genre « Comédie romantique » dont elle maîtrise les codes.

Elle nous parle de son parcours, des grandes différences entre le roman et le scénario et nous raconte comment elle a réussi le lancement de ce premier roman en ciblant ses lecteurs avec précision… et du premier coup.

Pour tout vous dire, j’ai eu beaucoup de mal à trouver quoi couper pour rendre la version texte plus digeste. Vous avez de quoi vous occuper une bonne partie de la journée 😉

Comme d’habitude, si vous voulez la synthèse de l’entretien, vous pouvez la lire en version texte ci-dessous. Si vous voulez la version intégrale, il vous faudra supporter ma tête pendant une heure de vidéo 😉

Rencontre avec Juliette Beaufrère

Jérôme : Bonjour à tous et bonjour à toutes. On se retrouve pour une nouvelle interview d’auteur et aujourd’hui je reçois Juliette Beaufrère. Bonjour Juliette.

Juliette : Bonjour, bonjour à tous.

Jérôme : Alors Juliette, tu es une autrice. Tu préfères quoi auteure ou autrice ?

Juliette : Peu importe. Autrice, je ne trouve pas ça super joli, mais bon pourquoi pas une auteure, avec un e.

Jérôme : Allez auteure, donc tu es une auteure autoéditée, tu as publié ton premier roman cette année.

Juliette : Oui, au mois de mai.

Jérôme : Et tu viens un peu pour discuter, pour partager avec nous ton parcours, ce que tu as fait avant d’écrire, comment tu en es venu là, d’où te viennent tes idées, l’inspiration, comment tu as vendu ton livre, etc., etc. Allez, vas-y, raconte-nous tout, c’est à toi.

Juliette : En une minute. Alors moi, j’ai beaucoup de choses dans ma vie, mais l’écriture a toujours un peu jalonné mes loisirs, puisque c’était d’abord du plaisir.

Je travaillais dans le cinéma. J’ai écrit des courts métrages, donc là, c’était principalement professionnel. Mais depuis toute petite, j’ai toujours écrit des petites histoires. J’ai retrouvé des carnets avec plein de petites histoires écrites et je pense que je ne me suis jamais dit que ma vraie envie, c’était d’écrire un roman long.

Donc, dans le cinéma, j’ai écrit des courts métrages et je suis tombé sur le site de Johanna Penn. Je cherchais des choses par rapport à une écriture de court métrage en-cours et elle parlait du Nanowrimo.

Lire l’article  » Nanowrimo, un mois pour écrire un roman« 

Juliette : Et je ne sais pas, ça a été le déclic. Je me suis dit « Allez, lançons nous » avec cette idée que je traînais. Je me disais que cette histoire, en court métrage, ce serait quand même un peu court. Je ne vais pas avoir assez de temps pour développer tout ça donc, j’ai passé une ou deux semaines à développer un peu et voilà, c’était le mois de novembre.

Il fallait écrire un premier jet comme ça. Après, ça m’a pris un peu plus de temps parce que je travaillais à temps complet donc j’ai mis plusieurs années à écrire ce roman, mais j’ai l’impression que c’était quelque chose qui était là depuis longtemps et qui avait besoin d’émerger à ce moment-là.

Jérôme : Du coup quelque mois, tu me dis deux semaines pour préparer, un premier jet en un mois, c’est rapide.

Juliette : J’ai pris quinze jours de plus. J’ai bien fait les 50 000 mots, mais je n’avais pas fini d’écrire le livre donc j’ai pris un mois et demi.

Jérôme : D’accord. Un mois et demi, ce qui est court quand même, 1 mois et demi pour un premier jet. Ensuite qu’est-ce que t’as fait ? Une correction ? Tu es revenu, tu la réécris. Comment tu as procédé ?

Juliette : Ben oui, sauf que deux semaines de préparation, c’était pas assez. Alors j’ai un peu fait la préparation après coup en prenant le temps de vraiment tout remettre en place et de développer les personnages. J’avais écrit le roman, mais c’était plus sur une trame et là, j’ai vraiment pris le temps de développer psychologiquement, de développer les lieux.

J’avais des descriptions, mais pas forcément hyper précises. J’ai changé de point de vue aussi donc j’ai tout remanié, mais je me suis éclatée à faire ça.

Jérôme : En gros tu as fait un synopsis de 75 000 mots…

Juliette : C’est ça.

Jérôme : Et ensuite tu t’en es servi comme base de travail pour vraiment bien poser les choses et ensuite rentrer dans le détail. OK, et alors toute cette phase d’après de réécriture, de corrections, etc. ça t’a pris combien de temps ?

Juliette : Plusieurs années parce que je travaillais en même temps donc je n’y consacrais pas beaucoup d’heures par semaine. Le Nano, j’ai dû le faire fin 2016 et il est sorti en 2021.

Jérôme : T’essayais de te discipliner ? A te dire aujourd’hui, c’est dimanche, je passe une ou deux heures sur mon bouquin ?

Juliette : En fait, je n’en avais pas besoin. J’avais envie de travailler sur cette histoire donc dès que j’avais un moment, je m’y mettais.

« Mariage et remue-ménage dans les Cotswolds »

Jérôme : Parle-nous un peu de ce livre, de quoi ça parle ?

Juliette : Donc ça s’appelle « Mariage et remue-ménage dans les Cotswolds ». Ca parle d’un mariage. Les Cotwolds, pour ceux qui ne savent pas, c’est une région de l’Angleterre avec de super jolis cottages de la campagne anglaise. L’idée m’est venue à un moment de ma vie où j’étais beaucoup invitée à des mariages et je me disais qu’il y a plein de choses qui peuvent très mal tourner dans un mariage.

Évidemment, quand on aime écrire, on fait attention à ce genre de détails et on se dit « ça sent bon le bouquin tous ces trucs qui pourraient partir dans tous les sens ». Et donc l’idée du livre, c’est Matthew qui se retrouve, un peu par hasard, obligé d’être wedding planer, d’organiser un mariage pour des aristocrates, le grand mariage de la saison. Et il va être en concurrence avec la meilleure amie du marié qui, elle, ne l’entend pas de cette oreille et n’a pas tellement envie que le mariage se passe bien.

Jérôme : D’accord donc une comédie romantique ?

Juliette : Oui, c’est ça.

Écrire une comédie romantique

Jérôme : Si j’ai bien saisi, c’est un genre qui te plaît par goût. C’est un genre sur lequel tu as l’intention de te spécialiser ?

Juliette : Alors, quand je me suis dit « Allez, soyons fous » en écrivant un roman, je me suis dit du calme, on va écrire quelque chose que je connais, que j’aime. Je connais les codes de la comédie romantique, j’en regarde beaucoup à la télé, que ce soit des films et des séries. J’en lis beaucoup aussi donc déjà, je partais avec ça. Ça me rassurait un petit peu. Je lis aussi beaucoup d’autres choses, mais là, au moins, je sais quelles sont les scènes obligatoires et je vais pouvoir m’amuser.

Je voulais à la fois entrer dans les codes et être un peu original. C’est ça qui me plaît aussi quand je lis ou quand je vois des films : qu’on soit satisfait à la fin, mais qu’il y est un petit peu d’originalité. Et je me vois tout à fait en écrire d’autres parce que c’est ce que j’aime, etc., mais je me laisse la possibilité d’un petit côté « enquête policière » à un moment dans mon livre. J’aime bien les policiers, donc je me dis pourquoi pas un moment là-dessus ? Mais bon, c’est un autre lectorat et il faut tout recommencer donc peut être pas pour le deuxième livre qui risque de tout mettre en place. On ne peut pas tout recommencer à zéro, mais oui, oui, bien sûr, il y a plein de choses qui me donnent envie.

Jérôme : C’est assez important ce que tu dis, ça mérite d’être souligné. C’est vrai que quand on se lance dans l’écriture d’un genre, que ce soit comédie romantique, policier, fantastique, fantaisie, qu’importe, c’est très important de bien connaître les codes du genre dans lequel tu te lances et j’ai envie de dire c’est la raison pour laquelle, pour bien écrire, il faut beaucoup lire. En plus d’enrichir son vocabulaire, sa grammaire, sa syntaxe, etc. ça permet de bien s’imprégner des codes du genre pour mieux s’en affranchir après.

Juliette : Et ce qui est pas mal, c’est que les codes sont quand même assez précis. On peut les déterminer assez facilement, comme dans un policier. Il faut qu’il y ait un mort, il faut qu’on résolve ou pas l’enquête. Il y a bien des piliers un peu comme ça qui peuvent nous aider. Peut-être que dans d’autres genres, c’est moins précis que ça, mais là, au moins ça l’est.

Jérôme : Et alors tiens, justement, quels sont les codes de la comédie romantique ?

Juliette : Il faut une rencontre. Il faut une déclaration d’amour (pas forcément dans cet ordre-là). Il faut une rupture entre guillemets, c’est-à-dire qu’à un moment on se dit c’est foutu, ils ne pourront pas être ensemble. En général, s’il y a une preuve d’amour, il se passe quelque chose d’autre. On montre enfin des sentiments, des choses comme ça et puis un happy end, ça on ne peut pas y déroger. C’est ce dont on a envie aussi quand on regarde des comédies romantiques. Même s’il se passe plein de péripéties à la fin, on veut quand même se sentir bien.

Mais après, il y a plein de sous-genres. Tu me disais « il faut qu’ils se détestent au début », mais pas forcément. C’est un sous-genre qui s’appelle en anglais, Ennemis to amant donc d’ennemi à amant, à amoureux. Mais ça peut être aussi son ami au début et puis, ils vont découvrir qu’en fait ils sont plus que ça. Moi, je dis comédie romantique parce que c’est la comédie, mais j’écris des histoires avec autre chose dedans.

Du scénario au roman

Jérôme : Alors tu nous disais tout à l’heure que tu écrivais des courts métrages. Je crois avoir vu dans ta bio que tu écrivais aussi pour le théâtre. Est-ce que c’est quelque chose qui a aidé ça pour écrire un roman ? Une méthode de travail ou une façon de penser qui t’a aidé pour passer du court métrage ou du théâtre au roman ? Ou alors, est-ce que c’est complètement différent et il t’a fallu tout réapprendre ?

Juliette : Eh bien, en fait, j’ai fait des études d’art, du spectacle donc théâtre et cinéma. Déjà là, j’avais des cours de scénario, comment construire une histoire donc ça, oui, c’est clair, ça m’a aidé. La dramaturgie d’Yves Lavandier, je ne sais pas si tu connais, mais je l’ai eue là. Vraiment qu’est ce que c’est qu’une histoire ? Comment ça fonctionne ? Moi j’ai adoré ses études de me dire « ah, mais c’est pour ça que ce film fonctionne et celui-là ne fonctionne pas ».

Donc j’étais plutôt sur les films à ce moment-là. Donc oui, écrire une histoire, que ce soit pour le scénario, comment on fait qu’est ce qu’on dit ? Qu’est ce qu’on ne dit pas ? Qu’est ce qu’on raconte au lecteur ? Qu’est ce qu’on garde ? Comment mettre quelques pistes de tout ça ? Ça, je l’ai appris en écrivant des courts métrages, en écrivant des pièces, etc.

Ensuite, il a fallu un peu apprendre même si je considère que c’est quand même plus facile d’écrire en prose que d’écrire des scénarios. L’écriture du scénario est vraiment à part parce qu’on ne dit pas tout, il y a une façon d’écrire et donc ça, je l’ai vraiment apprise. Après, j’ai trouvé que le roman était plus facile à écrire. On fait des phrases comme on a l’habitude de parler. Par contre, ce que ça m’a apporté, c’est toute cette vision qui se déroule dans ma tête quand j’écris les scènes. Je pense que je l’ai du cinéma parce que quand tu écris pour le cinéma, il faut que ce soit visuel. Tu vas pas juste dire « elle est triste » quand tu écris un livre. Oui, elle est triste, mais alors, comment ? Comment elle se tient, qu’est-ce qu’elle va dire ? Voilà du coup, j’ai gardé ce truc de me dire mince, il ne faut pas juste que j’écrive « elle est triste ». Il faut qu’elle fasse quelque chose qui montre, même dans la description des décors, des sensations et tout ça, je pense que ça m’a bien servi de passer par le cinéma.

Jérôme : C’est le fameux « show don’t tell », il faut montrer, il ne faut pas expliquer. On n’écrit pas « il a froid », on écrit « il remonte le col de son blouson » et juste en disant ça, on comprend qu’il a froid sans pour autant le dire.

Lire l’article « Montrez, ne dites pas : comment suivre la règle d’or »

Juliette : C’est une partie du travail que je trouve super intéressant de ne pas se dire je vais aller dans la facilité parce que c’est de l’écrit et voilà.

Jérôme : Est-ce que tu dirais qu’écrire un scénario est un peu plus frustrant qu’un roman ?

Juliette : Oui, j’ai eu de la chance d’écrire des scénarios et ensuite d’être réalisatrice, donc d’avoir le dernier mot et de pouvoir, au final, avoir vraiment ce que je voulais. Sinon les histoires que tu ne réalises pas, tu te dis « ah, ce n’est pas exactement comme ça que je le voyais », mais le réalisateur est un auteur aussi donc…

Et puis, il y a les acteurs aussi qui ajoutent leurs pattes, leurs interprétations, mais en même temps, c’est super intéressant aussi de voir vivre ces mots.

Jérôme : C’est la grande différence. Un scénario, c’est un outil dont vont se servir le réalisateur et les acteurs. Pour avoir fait du théâtre en amateur je sais bien que l’auteur, il peut dire ce qu’il veut, sur scène, c’est l’acteur qui a le dernier mot. Alors que le roman, c’est un produit fini. Il n’y a rien derrière, c’est à prendre tel quel. C’est ta vision et de personne d’autre.

Juliette : C’est vrai.

Jérôme : Je suppose que tu connais John Truby et son « anatomie du scénario ». Parfois, il est un petit peu critiqué sur son process un peu industriel, sur sa façon de voir les histoires. Qu’est ce que tu en penses, toi ? Tu es à fond pour Truby ou alors tu prends certaines choses, mais pas d’autres ou alors tu rejettes tout en bloc ?

Juliette : J’ai lu plein de livres, ça fait partie des livres qu’on lit oui, quand on fait des études de cinéma, c’est sûr. J’ai lu aussi Robert Mcckee, Story, etc. Je prends plein de petits trucs après je pense qu’il faut s’adapter et pas se dire je vais faire ça très scolairement, je vais tout suivre, etc.

Pareil pour la réécriture de « Mariage et remue-ménage ». J’ai entendu parlé d’un livre qui s’appelle Story Genius, qui est très dans la psychologie des personnages. L’auteur nous donne en plus des exemples, travaille avec une auteure, donc on a des extraits de scènes, etc., et elle nous fait préparer, écrire des romans qui préparent les conflits, etc., etc. donc, j’avais lu ce bouquin-là et je me disais je vais essayer de suivre cette méthode et puis de garder ce que j’aime, ce que je n’aime pas.

Du scénario au roman
Image par Bokskapet de Pixabay

Lancer son premier roman

Jérôme : Comment s’est passé le lancement de ton livre ? Tu en étais contente ?

Juliette : Oui, je suis contente, forcément. J’ai essayé d’appliquer plein de choses que j’avais lues à droite, à gauche, sur ton site, évidemment et puis de compiler un peu tout ce que j’avais vu. Donc, j’avais déjà une petite liste d’e-mails et puis j’ai essayé de faire des newsletters régulieres jusqu’à la sortie. Après, il y a des choses où j’aurais peut être du moins passer de temps.

Jérôme : Donc tu avais déjà une liste d’emails au moment du lancement ?

Juliette : En fait j’ai employé une technique que j’avais vue qui est plutôt pour le lancement de formations. Je me suis dit ça peut s’appliquer aussi. J’étais présente dans pas mal de groupes Facebook sur les livres en général, les romans, les comédies romantiques, les choses comme ça et j’ai monté un questionnaire pour leur demander « qu’est ce que vous aimeriez si je montais un email ou un blog sur les comédies romantiques ? » ; « De quoi vous aimeriez que je vous parle ? » Et puis je leur disais si jamais je monte une liste d’e-mail, est-ce que vous voulez bien me donner votre email ? Etc.

Comme ça, j’ai récupéré une cinquantaine d’e-mails. J’en ai parlé sur les réseaux sociaux et la liste d’emails a commencé comme ça. J’ai fait un petit e-book avec mon top 20 des comédies romantiques. C’était ce qui était ressorti du questionnaire. On ne sait pas trop quel livre choisir, il y en a trop sur Amazon. Donc, je me suis dit je vais faire un top 20 des livres que j’ai bien aimés, des comédies romantiques en décrivant un peu pourquoi j’avais aimé. Un peu comme si je parlais à mes copines d’un livre que j’avais aimé.

Jérôme : Ça, c’était ton bonus ? C’était ton lead magnet ?

Juliette : Ouais. Je l’ai envoyée aux 50 personnes qui avaient répondu au questionnaire.

Jérôme : D’accord et alors et quand tu as lancé ton livre, ta liste d’e-mails, tu étais à combien ?

Juliette : J’étais à 90, à peu près.

Jérôme : D’accord, et ça sur combien de temps à peu près ?

Juliette : De février à mai, à peu près.

Jérôme : Oui, c’est pas mal.

Juliette : C’est pas mal sauf que maintenant, j’en suis toujours à peu près à 90, ça n’a pas beaucoup changé donc je me dis qu’il y a d’autres choses à faire sûrement.

Jérôme : D’accord. D’après moi, tu as très bien fait de lancer ce questionnaire parce que ça t’a permis d’apporter un avantage absolument considérable qui est de savoir exactement ce que ton lectorat attendait, ce qu’il avait envie de voir pour monter ton site internet. Tu fais une newsletter ?

Juliette : Oui, une newsletter.

Jérôme : Et que proposer comme contenu à envoyer à ta liste email ? Et ça, c’est un avantage de dingue, ça. C’est-à-dire qu’avant de commencer, tu savais déjà ce qu’ils voulaient.

Juliette : Oui, c’est ça.

Jérôme : Donc tu as eu des petits tâtonnements, mais tu avais peu de chance de tomber complètement à côté. Tu savais que ça allait tourner autour de la comédie romantique, du mariage (je ne sais pas ce qu’ils ont répondu, je dis n’importe quoi), des fleurs, des gâteaux, des rencontres amoureuses. Une idée assez originale je trouve, les 20 livres de comédies romantiques que tu as aimés. Donc, pour ceux qui apprécient ce genre-là, tu leur as fourni une pile à lire, en fait.

Juliette : C’est ça et en parallèle, j’ai ouvert un groupe parce que, en tant que lectrice, je ne trouvais pas sur Facebook de groupe « comédie romantique ». Donc un groupe Facebook qui s’appelle « Rom com » parce que c’est comme ça qu’on dit en anglais.

Jérôme : Donc, tu t’es fait même ta petite communauté en te créant un groupe Facebook spécialisé dans ton genre.

Juliette : Et on partage plein de trucs, c’est vraiment le groupe de copines, de copains où on se parle de ce qu’on lit, de ce qu’on regarde, etc. parce qu’on n’a pas forcément dans ses copines des fans de la comédie romantique. Enfin pas tout le monde en tout cas.

Lire l’article « Vendre son livre sur Facebook »

Jérôme : Je ne sais pas s’il y a beaucoup de monde sur ton groupe Facebook, mais tu as déjà réussi à te créer une petite communauté avant même le lancement, la sortie de ton premier livre, ce qui est loin d’être évident. Est ce que dans tout ce parcours-là, il y a quelque chose dont tu es particulièrement fier et autre chose où tu te dis ça, ça n’a pas marché où je n’aurais pas dû le faire ou je me suis planté ?

Juliette : Particulièrement fier, ce qui me vient spontanément, c’est de ma newsletter, de parler de sujets dont j’ai envie de parler en lien avec mon livre, etc., mais de ne pas me censurer ou de dire ça ne va pas les intéresser. Après la deuxième question, c’était ?

Lancer son premier roman
Image par Free-Photos de Pixabay

Le piège des réseaux sociaux

Jérôme : Au contraire quelque chose que tu regrettes d’avoir fait ou que tu as fait qui n’a pas marché ?

Juliette : J’ai passé beaucoup de temps sur les groupes Facebook a relayé des infos sur la comédie romantique. Mon livre n’était pas encore fini et je ne voulais pas du tout parler que de mon livre. Quand il est sorti, pareil, ne pas être celle qui ne fait que sa promo sur le groupe. En fait, les groupes Facebook, ça prend énormément de temps et il n’y a pas beaucoup de retours. Voilà, je me dis j’aurais dû passer plus de temps sur mes newsletters, peut être ou à écrire. Les réseaux sociaux m’ont pris beaucoup, beaucoup de temps et là, justement, je me suis dit « je n’ai pas forcément besoin de faire tout ça ».

Jérôme : Et c’est vrai que les réseaux sociaux, ils ont un objectif et un seul, c’est de ramener les gens sur ton site.

Juliette : Voilà, c’est ce que je ne me suis pas dit au départ en fait. Je me suis juste dit c’est pour me faire connaître.

Jérôme : Essayer de vendre, de se vendre ou de vendre son livre, que ce soit sur Facebook, Instagram ou n’importe quel autre réseau social d’ailleurs. Moi, je déconseille tout le temps. Après, il y en a pour qui ça fonctionne bien, mais ils sont relativement rares. D’après moi, la meilleure stratégie, c’est d’utiliser les réseaux sociaux comme d’une porte d’entrée pour que les gens aillent sur ton site, qui est très bien fait d’ailleurs. Je me permets de te le dire. J’invite tout le monde à aller voir le site de Juliette parce qu’il y a presque tout ce qu’il faut là où il faut.

(Analyse du site de Juliette : https://juliettebeaufrere.com/)

Jérôme : Alors, dis-moi maintenant qu’il nous reste à peu près après 20 minutes et oui, déjà, ça passe vite. Il nous reste à peu près 20 minutes à discuter ensemble. Si tu avais, toi, de ton côté des questions, des interrogations sur l’écriture ou le marketing et si je peux répondre, je le ferais avec plaisir.

Lancer son premier roman : par quoi commencer ?

Juliette : Plutôt sur le marketing. Quand je me suis dit « Tiens, j’ai bientôt fini d’écrire mon roman», etc. c’était plutôt par quel bout prendre les choses, par quoi commencer ? Est-ce qu’il faut tout de suite faire un site Internet ? J’ai passé beaucoup de temps comme tu le disais sur les réseaux sociaux à essayer de me faire connaître, mais bon voilà. Si tu as des petits trucs et astuces pour quelqu’un qui débute le marketing. Quelles sont les premières choses qu’il faut faire ?

Jérôme : Alors on va parler comme pour quelqu’un qui n’a encore rien édité et qui commence de zéro. En fait, je trouve que tu as plutôt fait les choses dans le bon ordre, peut être que tu aurais pu t’y prendre un tout petit peu plus tôt.

Moi, je conseille d’avoir son site Internet avec un bonus à offrir et un formulaire de capture d’email au moins 6 mois avant le lancement du bouquin, il faut ça. Après toi, tu l’as fait en février, avril, mai, trois mois avec une liste de 90, tu t’en es plutôt bien sorti. Franchement, c’est très, très honorable. Mais voilà, 6 mois avant, c’est un tout petit peu plus confortable parce que c’est du boulot. Il faut le temps de pouvoir mettre tout ça en place et alors comment créer son contenu ? comment choisir son contenu ? Il y a plein de méthodes pour le faire.

Toi, tu as choisi de faire un questionnaire et de publier sur les groupes Facebook. Ça a un avantage qui est certain, c’est que ça te permet d’avoir des réponses hyper qualitatives. Ce n’est pas toi qui inventes des besoins à tes lecteurs, c’est directement ton lectorat qui te dit « C’est ça qui m’intéresse ». Ça, c’est absolument génial. L’inconvénient, c’est qu’il faut avoir des réponses, c’est pas toujours facile. Je ne sais pas combien tu as eu de réponses sur ton questionnaire.

Juliette : Ben je me souviens plus exactement, mais bon, j’ai eu 50 personnes inscrites sur ma liste email quand même. Donc j’ai dû en avoir plus, il y en a qui ne m’ont pas donné d’e-mails ou des faux emails.

Jérôme : Ça, c’est le plus compliqué. Sachant qu’on considère qu’un questionnaire commence à valoir le coup à partir d’une centaine de réponses.

Juliette : Oui, ça devrait être à peu près ça.

Jérôme : En dessous, les résultats sont moins fiables. Ça ne veut pas dire qu’il est faux, mais bon, faut le prendre avec un petit peu plus de distance.

Juliette : Moi, je les ai postés sur des groupes, l’un sur lequel j’étais active, mais j’ai toujours demandé aux administrateurs de ce groupe avant. Ils m’ont toujours dit « oui » et en plus, ils relayent un peu quand on leur demande. Je n’ai pas hésité à faire des relances une fois par semaine parce que tous les gens ne sont pas tout le temps sur les groupes non plus.

Jérôme : Alors justement, c’est une étape importante ce que tu dis. C’est bien joli d’avoir un site Internet, mais si personne ne le sait, ça ne sert à rien. En plus, si tu fais un blog avec des articles réguliers et qui sont bien référencés sur Google, tu peux avoir l’effet du référencement naturel. En fait, si les gens tape « comédie romantique » sur Google, et que ton site apparaît dans les 10 premiers résultats, là, t’as quasiment rien à faire parce que tu vas avoir du monde qui va arriver tout seul.

Par contre, si tu ne blogues pas, il faut trouver d’autres moyens de faire la promotion de ton site pour y faire venir du monde. Là, effectivement, les réseaux sociaux ont leur utilité et en particulier les groupes Facebook. Mais avant de commencer à faire la promo de ton site, il faut commencer à faire connaissance avec le groupe. C’est presque un travail d’infiltration. Ça consiste tout simplement à publier, à liker les commentaires, à commenter les publications des autres. C’est une infiltration douce, en quelque sorte, et sans jamais parler de toi ou de ton bouquin. À aucun moment tu dis « je suis auteur » et « je sors un bouquin » parce que sinon, tu es tout de suite catalogué comme « je fais ma pub ».

Où commencer?
Image par Arek Socha de Pixabay

Juliette : Et en fait, je me suis toujours dit c’est un peu comme dans la vraie vie, quoi, on n’arrive pas vers des inconnus avec son bouquin en disant « achetez-le ».

Jérôme : C’est exactement ça et puis, en plus, ce sont quand même des groupes qui parlent de choses qu’on aime. Moi, j’étais super content d’être sur ces groupes et de découvrir d’autres livres à lire, d’autres auteurs dans ce genre-là. C’est quand même une partie assez plaisante du boulot.

Les gens vont peut-être penser que c’est de la manipulation. Non, ce n’est pas de la manipulation parce qu’à aucun moment, tu ne vas essayer de forcer les gens à faire quelque chose qu’ils n’ont pas envie de faire. Au contraire, il faut être très authentique, dire ce que tu penses, commenter en étant gentil, en étant poli, etc., etc. Il faut être soi même pour tout simplement se faire accepter dans le groupe.

Je compare souvent Facebook à une grande terrasse de café. Il n’y a personne qui arrive à une terrasse de café en disant « T’as vu mon livre, tu veux l’acheter ? » Non, celui qui fait ça, il se fait envoyer balader direct. Mais si c’est quelqu’un avec qui tu discutes, tu prends le café, tu le connais, petit à petit, ça se fait plus en douceur. Voilà, ça, ce sont les étapes que je conseille en tout premier avant la sortie du livre. Ensuite, il y a le même travail à faire avec les chroniqueurs et les blogueurs pour leur envoyer ton livre, pour qu’ils en fassent des chroniques.

Ensuite il y a une chose qui aurait pu te donner un coup de pouce supplémentaire : c’est de te créer une équipe de soutien. Transformer les 50 abonnés à ta newsletter en ambassadeurs en leur communiquant ton livre en avant-première gratuitement ou contre un prix intéressant. Et en échange de cette avant-première et de quelques infos exclusives, de leur demander d’être les ambassadeurs de ton livre au moment de la sortie.

Juliette : En fait je l’ai fait, mais avec des gens de mon entourage proche. C’est vrai que j’ai pas du tout pensé à élargir aux « inconnus » de ma liste email. Et c’était plus par rapport à des commentaires sur Amazon.

Jérôme : Tu as raison d’en parler parce que c’est un des premiers jobs d’une équipe de soutien : te mettre des commentaires dès le premier jour du lancement, parce que l’absence de commentaire est un gros frein à l’achat. Quand quelqu’un vient sur ta page de vente et qu’il n’y a pas de commentaire, on ne franchit pas le pas. On a tendance à ne pas vouloir être le premier pour ne pas prendre le risque de se tromper. En plus, il y a tout ce qui est partagé sur les blogs, les réseaux sociaux, les groupes Facebook, etc.

Juliette : Ça fait beaucoup, je me suis dit « Peut-être pas tout d’un coup »

Jérôme : L’essentiel, et cette erreur tu ne l’as pas faite, c’est de faire le plus gros du travail avant le lancement. Il y a beaucoup d’auteurs qui font cette erreur, qui commence à penser au marketing le jour du lancement, et c’est déjà trop tard. C’est mort.

On arrive au bout de cet entretien. Je te remercie beaucoup, c’était très intéressant et j’étais ravi de faire ta connaissance.

Juliette : Merci à toi de m’avoir invitée.

Jérôme : En tout cas, j’invite tout le monde à aller voir ton site qui est très bien fait. Et pour les amateurs de comédie romantique de lire ton livre « Mariage et remue-ménage dans les Cotswolds». Merci à toi et bonne continuation.

Juliette : Merci à toi. Au revoir 🙂

Merci à Juliette pour son temps et le partage de son expérience.

Si vous aimez les comédies romantiques, les fins heureuses et la campagne anglaise, alors cliquez sur le lien ci-dessous et partez dans les Cotswolds avec Juliette  😉

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2 commentaires sur “Écrire une comédie romantique | Interview de Juliette Beaufrère”

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