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Cette semaine, nous faisons la connaissance de Fanny Broussard : une jeune auteure engagée, dynamique et sympathique qui cartonne avec son premier roman « Dans la peau de Kiwi ». Un livre pour la protection animale qui nous place dans la peau d’un chat errant. Il s’agit d’une histoire très émouvante et non moralisatrice pour sensibiliser à la condition animale et nous faire prendre conscience des conséquences de nos décisions sur nos amis à fourrure.

En seulement un mois et demi, Fanny et Kiwi ont conquis les cœurs de plusieurs centaines de personnes. Un succès impressionnant qui donne envie de poser plein de questions 🙂

Alors qui est Fanny ? D’où vient Kiwi ? Et comment ont-ils trouvé leur lectorat ? Fanny nous donne toutes les réponses.

Fanny et Kiwi

Jérôme : Bonjour, Fanny.

Fanny : Bonjour.

Jérôme : Je suis très content de te recevoir pour cette nouvelle interview d’« Écrire et être lu » puisque tu vas nous parler de toi et de ton premier roman. Il est sorti il y a un mois et demi et il s’appelle « Dans la peau de Kiwi ». Pour commencer, est-ce que tu peux nous parler de toi ? Nous dire qui tu es ? Où vas-tu ? Qu’est ce que tu attends de la vie ? Tu nous dis tout. Tu ne nous caches rien. 😉

Fanny : (rire) Je suis Fanny. J’ai 23 ans. Je vis en couple avec mon chéri, Fabien, qui est aussi auteur. Je suis aussi « maman » de deux chats (rire) dont une, Yuzu, qui m’a inspiré « Kiwi ». Ensuite, de formation professionnelle, je vais bientôt être diplômée pour devenir ingénieure géomètre.

Jérôme : Professionnellement tu es assez loin du monde de l’écriture et du roman.

Fanny : Ça n’a rien à voir du tout. Jusqu’à il y a deux ans, j’étais allergique à tout ce qui était dissertation et note écrite (rire).

Jérôme : Qu’est-ce qui a provoqué ce retournement ?

Fanny : Pour resituer le contexte, il y a trois ans, j’ai créé une association pour la protection animale. J’étais très investie. J’y mettais beaucoup d’énergie. En plus de ma vie personnelle et de mes études, j’étais épuisée psychologiquement. J’étais fatiguée et je n’avais l’impression de n’arriver nulle part. J’ai fait une petite déprime et voir mon copain se mettre à écrire et évoluer dans ce monde m’a donné envie. Je me suis dit : « pourquoi pas ? »

Je voulais écrire pour moi et penser un peu à moi, car l’association était toute dévouée aux animaux. J’ai commencé à faire de petits essais par-ci par-là ; et au final la protection animale m’a rattrapé puisque mon premier roman lui est consacré (rire).

Jérôme : C’est un essai bien transformé puisque « Dans la peau de Kiwi » est un très joli roman dans lequel tu nous mets dans la peau d’un chat errant : Kiwi. C’est une chatte née dans une ferme qui va vivre sa vie de chat. Et ton but, dans ce livre, c’est de nous faire comprendre ce qui arrive, ce que ressent un chat errant ? C’est ça qui t’a motivé à l’écrire ?

Fanny : C’est un peu un but détourné, car je pense que les gens savent ce que vit un chat errant. Il connaît la maladie. Il connaît la faim. La mort malheureusement. C’est surtout pour faire comprendre l’impact que les humains peuvent avoir. Kiwi n’arrive pas dans la rue par choix. Tout le roman est la conséquence du choix d’une femme. Le livre n’est pas du tout moralisateur, mais il nous fait comprendre que, en tant qu’humain, on a une responsabilité par rapport à ça. Le but est d’éveiller les consciences. Quand on a un animal, on l’assume.

Le roman ne traite pas que de l’errance. On y voit l’évolution de Kiwi. Elle fait des rencontres, elle se fait une opinion sur la vie, sur les humains. Cela n’a pas été facile à construire en termes de point de vue (…) C’était un exercice assez difficile. J’espère l’avoir réussi.

Jérôme : Tout à fait. C’est une réussite et un roman très émouvant. Tu l’as écrit en combien de temps ce beau bébé de 312 pages ?

Fanny : En trois semaines ou un mois.

Jérôme : C’est plutôt rapide comme accouchement. Tu y passais toutes tes journées ? Tu t’organisais comment ?

Fanny : Je l’ai écrit au mois de septembre. J’étais en cours, c’est une période très chargée. Le truc c’est que, quand je commence quelque chose, je n’arrive pas à en décrocher. Je suis dedans et il faut que j’y pense tout le temps. Alors, autant dire que, quand j’étais en cours, ce n’était pas vraiment pour écouter le prof (rire). J’ai dû piquer les notes de mon copain parce que j’étais tout le temps sur Kiwi, que ce soit pendant les cours ou tôt le matin si je me réveillais. C’était le besoin de le terminer pour tourner la page.

Et puis je voyais Noël qui arrivait. Je me disais que ça pouvait être un roman intéressant à offrir et je voulais qu’il soit terminé avant. Du coup, je me suis mis pas mal de pression et j’ai mis les bouchées doubles.

Jérôme : Génial. Je crois savoir que tu n’as pas fait de plan, pas de fiche personnage, etc. Rien de tout ça. C’était de l’impro ?

Fanny : Complètement. Au départ, ce n’était pas un projet de roman. Je voulais m’entraîner à un style d’écriture : la narration au présent et surtout la narration interne du personnage. Comme j’aime beaucoup les animaux, je me suis dit : « A faire quelque chose de compliqué, pourquoi ne pas prendre un chat ? »

Je voulais donc faire une nouvelle de 3000 mots et puis je me suis vite rendu compte que j’avais plein d’idées. Le nombre de mots a vite augmenté et, au bout d’une semaine, j’ai compris que j’allais faire un roman (rire).

Les précommandes

Jérôme : Tu l’as sorti le 1er décembre 2018. Qu’est ce que tu as utilisé comme plateforme de distribution à part Amazon ?

Fanny : C’est un peu compliqué dans le cas de Kiwi, car quand je vends un livre, je reverse 3,50 € à des associations de protection animale. Un peu avant la sortie, je suis donc partie à la recherche d’associations qui seraient intéressées par un partenariat pour le lancement du livre. J’ai créé un projet sur la plateforme Ulule (site de financement participatif) pour que les personnes intéressées puissent le précommander. Quand une personne souscrivait, pour un montant de 20 €, elle choisissait l’association à qui elle voulait faire un don parmi les quatre que j’avais sélectionnées et recevait un livre broché.

C’était un pari risqué, car, à l’époque, le livre n’était même pas encore corrigé. D’ailleurs, je veux remercier ma correctrice, Charlène, parce qu’elle en a bavé (rire). Elle a fait trois relectures en deux ou trois semaines. Elle y a passé ses soirées et ses nuits.

Jérôme : Tu as donc mis ton livre en précommande sur Ulule à 20 €, ce qui est plutôt élevé pour un premier roman, en reversant 3,50 € à une association de protection des animaux. Est-ce que tu peux nous dire combien de précommandes sont parties comme cela ?

Fanny : En tout, 233 précommandes. Dans les 20 €, il y avait aussi les frais d’envoi pour 5 €, ce qui ramenait le prix du livre à 15 € (ce qui est un peu moins cher que sur Amazon). En plus de cela, je dédicaçais chaque livre et je donnais un marque-page. C’était le petit geste en plus au moment du lancement.

Jérôme : Il n’en reste pas moins que c’est un chiffre très impressionnant

Fanny : Pour tout dire, cela m’a aussi surprise. D’autant que j’avais fixé un objectif de 100 ventes sur la plateforme et que l’équipe d’Ulule m’avait contacté pour me dire que mon objectif était trop haut. Ils me conseillaient de le descendre à 50, voire à 25. Ça m’a un peu saoulé qu’ils ne croient pas à mon projet. J’ai du descendre à 50 pour qu’ils le valident, et quand j’ai atteint les 233, je me suis permis un petit email pour leur dire : « Et toc ! » (rire)

Je savais quand même que, en reversant de l’argent à ces associations, elles mobiliseraient leurs réseaux et que beaucoup de leurs bénévoles l’achèteraient. La couverture a aussi beaucoup plu. Le fait que ce soit un chaton noir a rappelé des souvenirs à tout le monde. La couverture leur a parlé.

Jérôme : Depuis sa sortie, est-ce que la tendance s’est confirmée ? Où en es-tu aujourd’hui ?

Fanny : Je suis resté sur Amazon exclusivement, car j’ai souscrit à KDP Select pour que le livre soit « empruntable » par les abonnés. Aujourd’hui j’ai vendu environ 150 brochés et une quarantaine d’eBooks.

La distribution

Jérôme : Ce qui fait 400 exemplaires vendus au total. C’est une très jolie performance. Et KDP Select, tu en penses quoi ? C’est un service qui départage beaucoup. Certains auteurs ne jurent que par ça, d’autres pensent que ça ne vaut rien. C’est quoi ton avis sur la question ?

Fanny : Depuis sa sortie, les abonnés ont lu environ 300 pages, c’est-à-dire rien. Ensuite c’est aussi parce que je fais la majorité de mes ventes sur le broché. Les gens qui l’achètent sont souvent investis dans la protection animale et ils veulent le livre papier pour garder l’objet et l’histoire qu’il représente. Ce sont des gens qui n’ont pas forcément une liseuse ou qui ne sont pas des lecteurs assidus.

Ensuite, je pense retirer mon livre de KDP Select à la fin de la période d’exclusivité pour le diffuser sur d’autres plates-formes. C’est encore en-cours de réflexion. KDP Select n’a pas joué un rôle majeur dans le succès du livre.

Jérôme : La préférence au papier est encore très présente. On constate un petit peu partout que la liseuse ne s’est pas encore imposée. Et sur ces ventes Broché, est-ce que tu fais des ventes directes ou bien est-ce que tout passe par Amazon ?

Fanny : En soi, Ulule était de la vente directe puisqu’il fallait que je m’occupe de toutes les expéditions et dédicaces. Pour le reste, le livre n’est sorti que depuis un mois et demi, alors je n’ai pas encore pris le temps de me rapprocher de professionnels ou d’organiser des séances de dédicace.

Et je t’avoue que je suis un peu fatiguée (rire), alors je fais une petite pause. J’étais contente que le livre marche, mais dédicacer et envoyer 233 livres en une semaine, c’est un sacré boulot.

La communication

Jérôme : Dans une des chroniques élogieuses de « Dans la peau de Kiwi », une blogueuse avait fait une remarque qui a attiré mon attention à ton sujet. Elle avait dit que tu avais su « créer l’attente » du public avant sa sortie. Sachant que c’est un point crucial dans le lancement d’un livre, ma question est évidemment la suivante : comment as-tu créé cette attente ?

Fanny : Un peu malgré moi en fait, car comme c’était mon premier livre, je n’y connaissais rien. Je ne savais rien faire, alors j’ai posé beaucoup de questions sur les réseaux sociaux. Je citais le livre, et les gens se sont mis à participer à sa création et à suivre mon avancement. Je parlais aussi du don qui serait fait aux associations, je parlais de l’aspect non lucratif de l’opération. Il y a eu une démarche solidaire qui s’est créée et les gens s’y sont intéressés.

Jérôme : Tu nous dis que le don à des associations a beaucoup joué dans son succès, mais aussi que tu n’as pas fait de publicité bête et méchante comme on en voit souvent. En revanche, ce que tu as fait en amont, c’est impliquer les gens dans sa création en leur posant des questions et en les faisant participer.

Fanny : C’était inconscient, mais oui, c’est ce qu’il s’est passé. Bien sûr, il m’est arrivé de balancer un lien, comme ça, sur une page. Mais c’est du temps perdu, car cela ne marche jamais.

Les projets

Jérôme : Est-ce que tu as des projets pour l’avenir ou est-ce que Kiwi était un « one shot » ?

Fanny : J’ai plein de projets (rire). C’est même un peu effrayant, car je m’endors chaque soir avec une nouvelle idée en tête. Ce que j’aimerai pour Noël 2019, c’est sortir un autre livre « Dans la peau de… ». Ce ne serait pas une « suite » de Kiwi, mais il nous placerait dans la peau d’un autre animal. En fait, je prévois d’écrire quatre tomes « Dans la peau de… » qui traiteront à chaque fois d’un animal différent. Le premier était sur le chat, le deuxième sera le lapin, le troisième parlera du renard… et le quatrième, je ne sais pas encore.

Jérôme : C’est donc une mini saga que tu nous proposes.

Fanny : Tout à fait. J’ai déjà le plan en tête. Je commencerai l’écriture quand je serai un peu reposée.

Jérôme : Génial. D’autres projets de livre en dehors des « Dans la peau de… » ?

Fanny : Oui, c’est un roman que j’ai déjà commencé qui s’appelle « Shindarem ». C’est l’histoire d’une enfant qui perd sa mère et qui se retrouve dans un orphelinat et cet enfant va développer une double personnalité. Ce sera une histoire fantastique et un peu dérangeante. Probablement pas une lecture facile et un peu dure. C’est mon style.

Jérôme : Et tu penses le sortir vers quelle période ?

Fanny : Aucune idée. C’est un projet sur lequel je reviens de temps en temps, mais ce n’est pas mon premier objectif. Je veux d’abord m’occuper des « Dans la peau de… »

Jérôme : Qu’est e qu’il faut te souhaiter pour 2019 ? Des journées de 36 heures ? 😉

Fanny : Ce serait bien (rire) Que j’obtienne mon diplôme serait bien. Mais aussi du temps pour écrire et du temps pour moi. Qu’on me souhaite au moins une sortie de livre. C’est ce que j’espère. 🙂

Jérôme : Fanny, je te remercie beaucoup d’avoir bien voulu répondre à toutes ces questions.

Fanny : Merci à toi.

Jérôme : « Dans la peau de Kiwi » est en vente sur Amazon. C’est un très beau livre, très émouvant sur la vie d’un petit chat. Pour chaque vente, ce sont 3,50 € qui seront reversés à une association de protection animale.

Personnellement, je vous invite… non je vous ordonne d’acheter ce livre 😉 D’abord vous ferez une bonne action et vous passerez un très bon moment en compagnie de Kiwi.

Fanny : Merci beaucoup. Au revoir 🙂

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En conclusion

Voilà un entretien aussi agréable que riche en enseignement.

Qu’est-ce qui m’a le plus marqué avec Fanny ? Où est le secret de son succès (en plus d’une jolie plume évidemment) ? Sa sincérité, sa générosité et le fait qu’elle a très bien ciblé son lectorat (consciemment ou non).

Elle s’est lancée dans ce projet en ne pensant à aucun moment à l’argent qu’elle gagnerait ou au prestige que cela lui rapporterait. Son action était désintéressée et sa communication sincère. Le public l’a senti et il l’a suivi.

Le sujet de son roman est très parlant et touche beaucoup de personnes. Elle a su trouver ce public en passant par des partenaires qui disposaient déjà d’un réseau très bien établi : les associations de protection animale. Le bouche-à-oreille a fait le reste.

Je vous invite à nouveau à vous procurer ce beau roman et je vous donne rendez-vous, la semaine prochaine, pour parler des « pages auteur ». À quoi cela sert-il ? Est-ce important d’en avoir une et pourquoi ?

En attendant, n’oubliez pas de vous abonner au blog pour ne rien rater des futurs articles hebdomadaires, et laissez-moi un petit commentaire pour me donner vos impressions sur cet entretien.

Ciao.


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