Faire évoluer son cerveau pour avoir des idées

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Développer son cerveau pour devenir plus créatif. C’est un objectif qui ne devrait pas intéresser que les créateurs et les artistes comme les auteurs, mais tout le monde. La créativité est la base de ce qui fait de nous des êtres humains. C’est grâce à elle que notre espèce a survécu au monde sauvage qui l’entourait à l’aube de l’humanité. Enfin, elle reste ce qui nous différencie encore des machines et de l’Intelligence Artificielle toujours plus perfectionnée.

Pour un auteur, la créativité est vitale. C’est notre outil de travail. Comme un forgeron ne peut pas travailler sans marteau, nous ne pouvons pas trouver d’idée sans créativité. Comment dérouler notre intrigue, inventer un passé à nos personnages, faire surgir des rebondissements, tout vient de là. Nous évoluons tranquillement dans notre environnement, nous observons un phénomène A, puis un phénomène B, nous faisons le lien entre les deux et BING ! Une idée. C’est aussi simple que cela… à condition que notre cerveau fasse le fameux lien.

Certaines personnes, comme l’auteure Elizabeth Gilbert, voient dans la créativité et l’inspiration un phénomène qui tient de la magie pure. C’est ce qu’elle explique et développe dans son excellent livre « Comme par magie », qui fera l’objet d’un article très prochainement. D’autres, sans doute plus nombreux, expliquent la créativité à travers un processus neurologique et des explications plus scientifiques. C’est de cette vision qu’il est question aujourd’hui.

Quel que soit votre avis sur la question, développer votre créativité ne peut que vous intéresser. Surtout quand il est possible de le faire par des actions aussi simples et concrètes que celles qui suivent.

Quand on est jeune (et bête)

Dans ma folle jeunesse, une personne plus âgée (et par conséquent plus « sage » que moi) m’a appris que le cerveau humain perdait des neurones régulièrement à partir de l’âge approximatif de 20 ans. À ce moment, je me souviens m’être dit quelque chose du genre : « Donc plus on avance en âge, moins on est intelligent. » Je n’ai bien sûr pas exprimé cette opinion pour ne pas vexer mon interlocuteur. Mais cette conclusion me paraissait à la fois d’une logique sans faille et d’autre part très avantageuse puisque, à l’époque, je n’avais pas encore atteint le fameux âge de péremption.

Arrivé à l’âge canonique, je trouve maintenant cette opinion beaucoup moins séduisante. D’abord parce qu’elle me fait passer pour une buse et ensuite parce que la science a prouvé qu’elle est fausse à plusieurs niveaux :

  • Tout d’abord, l’être humain ne perd pas ses neurones après un certain âge, quel qu’il soit. Comme les cellules du reste de notre corps, les neurones du cerveau qui « meurent » sont aussitôt remplacés par de nouveaux neurones fonctionnels (sauf dans les cas de pathologie dégénératrice évidemment).

  • Ensuite (et surtout), les capacités cérébrales d’un individu (notamment les capacités d’apprentissage et de créativité) ne dépendent pas du nombre de neurones fonctionnels dans son cerveau, mais des synapses, c’est-à-dire des liens, qui relient chacun de ses neurones.

Je ne suis pas nerolôgeneuraulog… docteur du cerveau, donc je ferai simple dans les explications techniques, mais il faut savoir que notre cerveau ne cesse jamais d’évoluer, et ce tout au long de notre vie. Sa capacité à évoluer, sa souplesse en quelque sorte est ce qu’on appelle la « plasticité du cerveau ». Bien sûr, la période à laquelle il évolue dans sa structure est celle de l’enfance et jusqu’à la fin de l’adolescence. En réaction directe avec les expériences de l’enfant et son environnement, le jeune cerveau va créer des neurones, des synapses pour faciliter l’apprentissage, couper les synapses non utilisées et augmenter (ou diminuer) la conductibilité de certaines connexions. Tout ceci afin que les signaux électriques entre les neurones passent plus ou moins rapidement.

Pour caricaturer : si votre bambin baigne dans le confort et le calcul mental, il vous calculera la racine carrée de 823 en un clignement d’œil. A contrario, s’il est élevé par une meute de loups en pleine jungle, il n’aura pas besoin de réfléchir pour dépecer un opossum avec les dents.

Dans le premier cas, les connections synaptiques nécessaires au calcul mental seront conservées et « huilées » pour être les plus efficaces possible tandis que celles nécessaires à la chasse et à la survie seront supprimées automatiquement (et vice-versa dans le deuxième cas).

Si vous intervertissez les deux enfants dans les deux environnements (et toute chose égale par ailleurs), le cerveau se recâblera progressivement au fur et à mesure que l’enfant apprendra à s’adapter à son nouvel environnement et à ses nouveaux besoins. Pour le premier enfant, les synapses nécessaires au calcul mental seront abandonnées, car non utilisés et ceux liés à la survie se développeront (enfin… s’il survit assez longtemps).

Quand on est ado (et bête)

L’adolescence est également très mouvementée en termes d’évolution du cerveau et notamment les zones dites « frontales » qui sont en charge de la prise de décision, du raisonnement critique, de l’attention et du contrôle des émotions. Ceci explique pourquoi votre ado ne se souvient plus de ce qu’il a mangé le midi, pourquoi il répond « J’sais pas » à toutes vos questions, et pourquoi il critique vos moindres faits et gestes avant de bouder dans sa chambre quand vous lui dites de se calmer (mais non, ce n’est pas du vécu).

Maintenant qu’on est vieux (et toujours bête)

Et à l’âge adulte alors ? La structure de notre cerveau arrête d’évoluer. Donc c’est vrai, on devient stupide après 20 ans ? Non, non et non.

Je vous dis que ça ne marche pas comme ça, car la plasticité du cerveau perdure à l’âge adulte, mais de façon fonctionnelle et non plus structurelle. Les synapses du cerveau continuent de se créer, de se modifier et de disparaître tout au long de la vie, mais, cette fois, sous l’effet de l’apprentissage durable et de la mémoire de l’individu. Il est même prouvé que le cerveau adulte peut générer de nouveaux neurones (ou les faire migrer dans des parties différentes du cerveau) à la suite d’un apprentissage spécifique faisant fonctionner une partie particulière du cerveau :

« Des chercheurs de l’University College à Londres ont étudié, par des méthodes non invasives, le cerveau des conducteurs de taxis londoniens. Ces conducteurs passent deux ans à étudier en théorie et en pratique pour connaître par cœur les 25 000 rues de Londres, les sens uniques les monuments principaux…. Au bout de ces deux années d’études intensives, ils passent un examen (The Knowledge) qui leur donne leur licence. L’étude de leur cerveau a montré qu’ils avaient acquis une augmentation de volume de la partie postérieure de leur hippocampe cérébral (structure située au centre du cerveau et particulièrement active dans les tâches spatiales et de mémoire).

Deux hypothèses sont émises : production de nouveaux neurones ou migration de neurones à partir de régions antérieures de l’hippocampe. En tout état de cause, cette modification est une conséquence de l’entraînement spécial des conducteurs de taxis : les conducteurs de bus n’ont pas d’augmentation de l’hippocampe ; l’hippocampe des conducteurs avant la licence ont un volume inférieur à celui qu’on observe chez les conducteurs licenciés par The Knowledge. »

Source : www.fondation-lamap.org

Est-ce que je peux développer ma créativité malgré mon grand âge ?

Oui, oui et re-oui ! Car la leçon que nous pouvons tirer de tout cela dans le domaine de la créativité, c’est qu’il n’est jamais trop tard pour la développer. La plasticité du cerveau peut être entretenue par une qualité de vie simple à mettre en place si on s’en donne les moyens. Comme les muscles de vos jambes peuvent être renforcés en allant travailler à vélo plutôt qu’en voiture, la plasticité de votre cerveau peut être développée en le forçant à créer de nouvelles connexions neuronales régulièrement.

Pour cela, deux méthodes qui ont prouvé leurs efficacités : l’apprentissage et la nouveauté.

L’apprentissage.

Un conseil que je ne me lasserai jamais de répéter : n’arrêtez jamais d’apprendre. On ne sait jamais assez de choses et il n’est jamais trop tard pour commencer.

Il n’y a pas d’âge auquel il est honteux d’être débutant. Helio Haus, un « jeune » homme brésilien de 80 ans a récemment fait l’objet d’un reportage au sujet de sa passion pour la danse classique et de son apprentissage acharné pour la pratiquer depuis les 5 dernières années. À 75 ans, il est sorti de sa zone de confort et a enclenché le processus d’apprentissage de son cerveau.

Elon Musk, le charismatique créateur de Paypal, SpaceX et Tesla a appris l’ingénierie spatiale en autodidacte à 30 ans passés. C’est en lisant des manuels et en échangeant avec des experts dans ce domaine qu’il a développé des techniques en matière d’aérospatiale qui lui sont aujourd’hui enviées par la NASA.

Apprendre de nouvelles matières, de nouvelles techniques, de nouvelles disciplines est bénéfique et développera votre plasticité, quel que soit l’usage que vous ferez de cet apprentissage. Helio ne sera jamais danseur étoile à l’opéra de Paris, mais c’est sans importance. Il se fait plaisir.

La nouveauté.

La routine est l’ennemie mortelle de la plasticité de notre cerveau. Les habitudes ont leurs avantages : elles nous sécurisent, nous aident à organiser nos journées et nous facilitent la vie. Mais elles nous mettent également sur des rails. À cause d’elle, nous nous laissons parfois rouler passivement sans être acteur de nos propres vies. Quand nous suivons notre routine, nous utilisons les synapses existantes et si bien « huilées » de notre cerveau. C’est simple et c’est rapide… mais cela ne développe pas la plasticité de notre cerveau.

Faut-il pour autant bouleverser tout notre monde et tout notre univers chaque jour ? Non. Il existe ce qui s’appelle les « micro-innovations ». Ces « petites » innovations nous permettent d’entretenir notre plasticité sans avoir à lancer de révolution quotidienne. Elles se pratiquent en opérant de petits changements ponctuels dans notre quotidien : prendre un chemin différent pour aller travailler, aller chercher votre baguette dans une autre boulangerie, commander quelque chose que vous n’avez jamais goûté au restaurant, lavez-vous les dents de la main gauche (si vous êtes droitier), etc.

Tout comme un entraînement physique, cet entraînement « à la nouveauté » n’a pas besoin d’être intense, mais il doit être régulier pour être efficace.

Alors, concrètement, qu’est-ce que je fais ?

Mettez de la nouveauté dans votre vie

Pour cela, lancez-vous un challenge : une nouveauté par jour pendant un mois.

Allez vous promener 5 minutes après le déjeuner, décalez votre pause-café d’une heure le matin au travail, entamez la conversation avec quelqu’un que vous connaissez peu, changez d’endroit pour écrire, passez au stylo et papier si vous êtes un adepte du clavier, etc.. le nombre d’exemples est infini. Le reste du monde ne s’en apercevra probablement pas, mais vous vous le saurez et, avec le temps, vous le sentirez dans votre tête.

Rentrez en apprentissage

Choisissez un sujet qui vous intéresse ou qui vous intrigue, mais dont vous savez peu de choses et optez pour une méthode d’apprentissage.

Le sujet peut être technique et très concret (apprendre à faire soi-même la vidange de sa voiture, à jouer une chanson à la guitare, à faire de la cuisine moléculaire, à se servir d’un nouveau logiciel, etc.) ou purement intellectuel et théorique (apprendre une langue étrangère, étudier l’histoire d’un peuple, comprendre la philosophie d’un auteur, etc.). Quand vous pensez avoir fait le tour du sujet ou que celui-ci ne vous intéresse plus, passez à un autre.

Le sujet n’a pas besoin d’être en relation directe avec le monde des livres, mais cela peut-être le moment idéal pour faire des recherches pour votre prochain roman . Tout apprentissage est bon à prendre du moment qu’il vous pousse, même légèrement, en dehors de votre zone de confort. Pour cela, vous ne devez pas vous contenter de la lecture superficielle d’une page Wikipédia. Allez au fond du sujet. Maîtrisez-le. Dites-vous que c’est bon pour votre cerveau et que vos recherches se ressentiront dans votre roman?

La méthode d’apprentissage doit être adaptée à vos goûts, à votre emploi du temps et à vos moyens financiers. Je vous conseille de mettre à profit le temps « perdu » dans les transports pour lire ou pour écouter des livres audio ; mais vous pouvez également suivre des stages d’apprentissage, vous inscrire à des cours auprès d’associations, demander à un ami expert de vous l’enseigner ou suivre des tutoriels sur YouTube. Tout est bon à prendre. Si à l’usage vous vous rendez compte que cette méthode ne vous convient pas, changez-en. Mais n’abandonnez pas.

Vous vous rendrez vite compte que l’apprentissage est addictif. Il est difficile d’arrêter quand on a commencé. Je ne suis ni un génie, ni un surdoué, mais j’ai toujours trois livres en cours de lecture et je pourrai difficilement m’en passer : un audiobook (ou des podcasts) à écouter pendant mon trajet pour aller travailler, un kindle sur mon téléphone à lire quand j’ai cinq minutes de libres et un livre papier, posé sur ma table de nuit, à lire avant de m’endormir.

En conclusion

Vous l’avez compris, je considère que la créativité a un grand rôle à jouer dans nos vies, à tel point que j’en ai fait le thème central de mon roman jeunesse. Si vous êtes gendarme, dentiste ou expert-comptable, elle un impact sur votre vie bien plus grand que vous ne l’imaginez.

Si vous êtes auteur ? Vous devez la gâter, la chouchouter. Prenez-en autant soin que Jacky Tuning bichonne sa super 5 GT Turbo. Polissez les chromes de votre cerveau, tricotez de nouvelles connexions entre vos neurones, sortez des routes goudronnées et promenez-le sur les chemins de traverse. Vous êtes le seul à avoir les clés de votre petit bolide.

Maintenant, c’est à vous de jouer. Qu’allez-vous faire pour votre créativité aujourd’hui ?


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4 commentaires sur “Faire évoluer son cerveau pour avoir des idées”

  1. Intéressant, en effet, car tout à fait vrai et souvent négligé, mais je me permets d’évoquer une dimension plus politique et idéologique concernant la manière dont notre société transmet et encourage la créativité, ou plutôt s’en sert comme d’un outil plus ou moins conscient de maintien de la hiérarchie sociale, et donc d’injustice sociale : https://www.laplumeamie.com/blog/inspiration-et-page-blanche-le-complot-latin-et-ses-solutions

    1. Très bon article auquel j’adhère complètement. Le fantasme de l’artiste béni des muses a “muselé” bon nombre d’aspirant peintre, écrivain et musicien qui se croyaient indignes. Or l’inspiration ne représente que 1% de l’oeuvre achevée, les 99% restant sont de la transpiration. Et tout le monde transpire!
      Merci pour ce partage

  2. Merci pour cet article très intéressant. Je viens d’être opérée de la main droite et depuis je m’exerce à écrire de la main gauche pas facile. Je suis assez contente du résultat voilà déjà un exercice pour la créativité. Je vais suivre vos conseils et m’intéresser à divers sujets. Merci encore. et bonne continuation Amitiés
    Françoise

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