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construire une intrigue

Êtes-vous un architecte ou un jardinier?

Construire une intrigue est souvent vu comme un passage sine qua non pour tout auteur qui se respecte. Pour autant, est-ce vraiment une obligation ?

Mais d’abord, une fausse citation:

Le monde se divise en deux catégories : ceux qui construisent leurs intrigues et ceux qui écrivent au petit bonheur. Toi, tu écris au petit bonheur.”
Clint Eastwood “Le bon, la brute et l’écrivain

 

Pour caricaturer, nous avons d’un côté les auteurs qui ne peuvent pas commencer à écrire une ligne avant d’avoir réalisé un plan précis de leur récit : les architectes.

De l’autre côté, nous avons ceux qui partent sur une idée, la plantent comme une graine et la regardent pousser : les jardiniers.

LA QUESTION… ET LA RÉPONSE (parce que je n’aime pas attendre)

Je ne vais pas ici faire la liste de toutes les techniques de construction d’intrigue. Il en existe beaucoup et je ne les maîtrise pas toutes. En revanche, nous pouvons nous interroger sur l’utilité de la chose et poser la question : est-ce que construire une intrigue est une étape obligatoire préalablement à l’écriture d’un roman ?

Mon avis est tranché : ça dépend.

De quoi cela dépend-il ? Essentiellement de la personnalité de l’auteur.

Intrigue ET JAMBON BEURRE

Quand ma belle-sœur se prépare un sandwich, elle commence par étaler le beurre de façon uniforme sur toute la surface du pain dont elle a préalablement retiré la croûte. Ensuite, elle coupe chaque ingrédient en triangle rectangle puis elle les superpose, en couche successive, sans qu’ils se chevauchent (ni qu’ils dépassent du pain) de façon à ce que chaque millimètre carré soit recouvert par toutes les couches d’ingrédient. Le but est que chaque bouchée lui garantisse d’avoir la même quantité d’ingrédients. Durée de l’opération : 38 minutes.

Quand je me fais un sandwich, je coupe la tomate en quatre, superpose deux feuilles de salade entière, balance une tranche de jambon pliée en deux par-dessus… et je mange. Durée de l’opération : 4 minutes et 12 secondes, digestion comprise.

Je ne suis pas en train de comparer vos chefs-d’œuvre à un vulgaire jambon beurre. La métaphore me sert à illustrer que certaines personnes ont besoin d’une structure, et que d’autres ont besoin de l’absence de structure. La plupart des personnes (auteurs compris) se situent quelque part entre les deux extrêmes. L’important pour chacun est de trouver son équilibre.

Pour vous aider à trouver cet équilibre, je vous présente rapidement les deux méthodes qui sont, pour moi, aux antipodes l’une de l’autre en termes de structuration d’une histoire : “le voyage du héros” de Chris Vogler et le théâtre d’improvisation.

sandwich

LE VOYAGE DU HÉROS

Dans le genre “voyage organisé”, j’aime suivre la structure narrative proposée par Chris Vogler. Dans son livre “Le voyage du héros”, Vogler nous fait une proposition de ce que doit être une histoire. Il y décrit les douze étapes par lesquels passe immanquablement le héros lors d’un récit ainsi que les personnages types que l’on doit y rencontrer.

Cette méthode est présentée comme un guide du scénariste de film (Vogler a écrit son livre alors qu’il était sélectionneur de scénarii chez Disney), mais elle est parfaite pour construire une intrigue de roman ou de pièce de théâtre.

LES DOUZE ÉTAPES

La vie ordinaire

Le héros évolue dans son train-train quotidien. Il n’est pas forcément heureux, mais il est en terrain connu.

l’appel de l’aventure

Un événement se produit, une invitation pour le héros de quitter le monde ordinaire.

Le rejet de l’aventure

Le héros rejette d’abord cet appel et préfère rester dans sa zone de confort.

la rencontre avec le mentor

Il rencontre un personnage sage ou inspirant qui le met sur le droit chemin et lui donne un avantage dans sa quête (sabre laser, soulier magique, etc.)

Le passage du premier seuil

Un événement chamboule la vie tranquille du héros ; il n’a plus d’autre choix que de partir à l’aventure.

les épreuves, les alliés et les ennemis

Le long de son périple, il va rencontrer des alliés et des ennemis.

l’approche du cœur de la caverne

Le héros approche de la destination finale de sa quête (généralement le repaire de l’ennemi). Il est rongé par la peur.

l’épreuve suprême

Il se bat pour l’objet de sa quête. À ce moment, il doute de ses capacités à remporter la victoire.

la récompense

Il remporte la victoire. C’est un moment de soulagement et d’apaisement pour le héros.

le chemin du retour

Sur le chemin du retour vers le monde ordinaire, l’ennemi frappe à nouveau dans une ultime tentative pour terrasser le héros.

la résurrection

Le héros montre sa détermination et met en pratique les leçons qu’il a apprises.

le retour avec l’élixir

Le héros retourne dans le monde ordinaire avec sa récompense (trésor, amour, savoir, force de caractère). Il est changé à jamais par son aventure.

Les détracteurs de cette méthode vous diront que, à cause d’elle, tous les films et romans finissent par se ressembler. Cela revient à dire que toutes les chansons sont les mêmes parce qu’elles suivent la clé de Sol ou que toutes les peintures se ressemblent, car elles utilisent les trois couleurs primaires. “Le voyage du héros” est une trame, rien de plus. Ce qui compte, c’est ce que vous en faites. Diriez-vous que Starwars, Le magicien d’Oz, Titanic et Rocky sont les mêmes films ? J’imagine que non et pourtant ils suivent tous cette structure.

Je trouve cette trame très efficace car elle est très “aidante” et très cadrée pour construire une intrigue. Si vous êtes comme ma belle-sœur, elle devrait vous convenir.

LE THÉÂTRE D’IMPROVISATION

En théâtre d’impro, une fois le thème de l’impro connu, les comédiens ont environ 30 secondes pour décider de ce qu’ils vont faire. Ils passent ces trente secondes à déterminer où se passe l’action, quels sont les personnages, qui fait quoi et ne déterminent jamais, au grand jamais ce qui doit arriver à la fin. La raison à cela est simple: il est impossible de terminer une improvisation sur la fin qu’on avait prévue au début. L’histoire se déroule toute seule selon l’inspiration et l’interaction entre les personnages joués sur scène. Construire une intrigue au départ et essayer d’y coller coûte que coûte amène immanquablement à une histoire bancale et cousue de fil blanc.

Dans son livre “Écriture : mémoire d’un métier”, Stephen King nous explique qu’il fonctionne un peu de la même façon. Il ne prépare jamais d’intrigue. Il part d’une situation (une mère et son fils coincé par un chien dans une voiture, une fille persécutée développe le don de télékinésie, etc.), il crée ses personnages et laisse l’histoire se dérouler toute seul. Ce sont les réactions de ses personnages aux événements qui lui dictent dans quelles directions aller.

Les détracteurs de cette méthode vous diront qu’elle n’est efficace que pour les histoires simples, linéaires avec peu ou pas de rebondissements. Vous pourrez leur répondre que Georges R.R. Martin, l’auteur de l’une des sagas les plus complexes qui existent (adaptée dans la série Game of Thrones), ne construit jamais de plan. Il sait d’où il part et où il veut aller, mais ce qui se passe entre les deux sort au fur et à mesure.

Si, vous aussi, vous aimez le frisson de l’improvisation, c’est la méthode qu’il vous faut.

théâtre improvisation

MA MÉTHODE PERSO

Comme je l’ai dit plus haut, la plupart des auteurs se situent quelque part entre les deux extrêmes. Je ne fais pas exception à la règle. La méthode que j’ai utilisée pour écrire “Charlie et le magicien invisible” est un mélange du “voyage du héros” et d’improvisation. Si elle vous convient, prenez-la. C’est cadeau ! Sinon, adaptez-la comme bon vous semble. L’important est que vous soyez à l’aise.

1— Je pars d’une situation : un enfant timide se découvre un ami imaginaire “réel” qui va le guider et le protéger

2 — Je laisse les personnages me guider. C’est leurs réactions aux différents événements qui me guident. J’écris mon brouillon et je ne regarde jamais en arrière. Je continue d’écrire jusqu’au mot fin sans remonter dans les pages (sauf pour vérifier un détail : un nom de personnage, un âge, une adresse).

3 — Quand mon brouillon est terminé, je fais ma première correction avec la structure du “voyage du héros” en tête et je modifie ce qui doit l’être. Je n’essaie pas de coller parfaitement à la structure, juste d’y retrouver au moins 8 ou 10 étapes sur les douze.

4 — Charlie est au centre du voyage du héros. Je m’astreins cependant à ce que chaque personnage secondaire suivent une progression en parallèle par un “voyage allégé”. Si un personnage est le même à la fin qu’au début, c’est que je me suis planté.

5 — Le roman étant destiné aux enfants de 8/12 ans, je n’ai pas créé de deuxième ou troisième intrigue pour ne pas alourdir la lecture.

Et vous ? Quelle est votre méthode pour construire vos intrigues ? Êtes-vous un architecte ou un jardinier ? Partagez vos méthodes dans les commentaires ci-dessous.


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