Les 22 règles Pixar de storytelling (1/2)

Les 22 règles Pixar pour écrire un roman
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Les 22 règles Pixar représentent un sujet hyper récurrent sur les sites d’écriture, que cela soit pour les romans ou les scénarios. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je n’avais encore jamais traité ce sujet. Vous trouverez ces règles partout. C’est à l’occasion d’un échange avec un auteur que je coache que je me suis rendu compte que certains auteurs ne les connaissent pas encore. Alors je prends le risque d’écrire un article mégabateau en les abordant quand même… mais sous un angle exclusivement dédié aux romans et non aux scénarios. Ce qui est plus rare. Pour des raisons de longueur, cet article sera divisé en deux parties : 11 règles aujourd’hui et les 11 autres la semaine prochaine 😉

Ces règles Pixar, d’où viennent-elles ?

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, les scénaristes de Pixar ne se sont pas réunis un jour autour d’une table pour établir une liste de règles à suivre coûte que coûte. Il s’agit tout simplement d’un ensemble de pratiques qui se sont lentement établies au sein du studio. Des principes qui reprennent pour la plupart des règles de bon sens pour tout auteur bénéficiant d’un minimum d’expérience. Ce qui a fait le succès de ces 22 règles d’or, c’est une autrice du nom d’Emma Coasts, ancienne scénariste du studio d’animation, qui a un jour lâché ces règles sur Twitter. Et cela a eu l’effet d’une bombe ! Les blogueurs et autres médias dédiés au cinéma et à l’écriture se sont jetés dessus. Non seulement parce que ces règles sont toutes pertinentes, mais aussi parce qu’elles ont le méritent de synthétiser un grand nombre d’excellents conseils qui faisaient jusqu’alors l’objet de centaines de pages poussives et barbantes. Et puis, c’est Pixar. Je ne sais pas vous… mais moi je suis un grand fan. 🙂 Les 22 règles Pixar ont commencées avec Toy Story

Règle n° 1 : Le spectateur admire le héros ou le personnage pour ses tentatives de réussite plus que pour ses succès.

Comme j’ai l’habitude de le dire « Une histoire sans conflit, c’est comme une pizza sans fromage. Ça se mange, mais ça n’a aucun intérêt. » C’est le conflit qui va susciter l’intérêt du lecteur pour votre histoire, et plus les choses seront difficiles pour le protagoniste, plus le lecteur aura de l’empathie et de l’admiration pour lui. Maintenant, imaginez un héros qui surmonte tous les obstacles sans une égratignure, le sourire aux lèvres et le brushing impeccable comme un héros de série des années 80… vous allez vite vous lasser. C’est pour cette raison que les créateurs de Superman ont inventé la Kryptonite. Sans faiblesse, sans faille, le héros n’a aucun mérite, aucun intérêt. (Lisez: “Les 6 types de conflits“)

Règle n° 2 :  Vous écrivez pour le lecteur, pas pour vous

Cette règle Pixar est particulièrement valable pour l’écriture d’un scénario, car le scénario n’est pas un produit fini. Le produit fini, c’est le film. Le scénario est un outil qui sera utilisé par le producteur, le réalisateur et toute l’équipe technique. Il faut donc tenir compte de ces différents lecteurs et de leurs prismes très différents. Un roman est un produit fini et le seul lecteur est le consommateur final, surtout en autoédition. Mais cette règle peut aussi s’appliquer à la littérature. Peut-être êtes-vous un amoureux des mots, des belles phrases alambiquées et un utilisateur féroce du point-virgule. Si c’est le cas, c’est tant mieux pour vous. Pas de problème. Mais n’oubliez pas que 90 % des lecteurs cherchent avant tout à lire une histoire pour se détendre. Ils n’ont pas forcément envie de lire un roman avec un Larousse à portée de main. Vous pouvez choisir d’écrire pour les 10 % qui restent, bien sûr. Mais n’oubliez pas que, au-delà de trouver du plaisir pour vous-même dans le processus d’écriture, vous cherchez avant tout à en donner à votre audience.

Règle n° 3 :  Avoir un thème pour votre histoire est une excellente chose, mais vous ne le connaitrez qu’une fois votre histoire terminée. Vous l’avez ? Alors, maintenant réécrivez.

Je suis la preuve vivante que cette règle Pixar s’applique aux romans aussi bien qu’aux scénarios. À chaque fois, cha-que fois, que j’ai commencé un premier jet avec un thème précis en tête, je me suis aperçu, à la fin, que mon histoire parlait d’un autre thème complètement différent. Ça ne loupe jamais. Aussi, j’applique la méthode Pixar pour toutes mes histoires. Le thème apparait généralement le plus clairement au moment du climax de votre récit. C’est-à-dire presque à la fin. Trouvez votre thème une fois votre premier jet terminé, puis réécrivez en le gardant en tête. C’est le meilleur moyen de ne pas se tromper. 😉 (Lisez l’article : “Sujet et thème d’un roman : Les fondations“)

Règle n° 4 : Structurez votre histoire

Il existe plusieurs types de structures pour histoire développés par des grands gourous de la narration : Campbell, Vogler, Freytag, Truby, McGee, Etc. Mais si ces grands gourous ont tous une vision différente de ce qu’est la structure d’une bonne histoire, ils s’accordent tous sur le fait qu’une histoire, comme ses personnages, doit évoluer et passer d’un état premier à un état second, d’un Ancien Monde à un Nouveau Monde. Sans cela, votre histoire se contente de stagner comme une flaque d’eau croupie. Cette règle Pixar propose, dans un premier temps, de structurer votre histoire sous la forme suivante:

« Il était une fois ___. Chaque jour, ___. Un jour ___. C’est pourquoi, ___. À cause de ça, ___. Jusqu’à ce que finalement ___. »

Les studios Pixar utilisent cette structure de pitch pour présenter leurs nouvelles histoires aux producteurs, mais elle peut également vous servir à vérifier si vous allez dans le bon sens. Si vous n’arrivez pas à remplir toutes les cases de cette phrase, c’est probablement qu’il vous manque quelque chose. Bien sûr, cette phrase de pitch ne suffit pas à préparer un roman. Il faut creuser beaucoup plus profondément. Mais c’est un bon début… Exemple : « Il était une fois une lapine qui rêvait de devenir une vraie policière dans un monde dominé par les prédateurs. Chaque jour elle s’entrainait pour être admise dans la police de Zootopie. Un jour, elle obtint le grade d’officier, mais son supérieur la cantonna à un travail de contractuelle. C’est pourquoi, elle tenta de résoudre une enquête avec l’aide d’un renard escroc et les moyens du bord. À cause de cela, elle fut discréditée par ses collègues policiers et commis des erreurs. Jusqu’à ce que finalement elle arrête les criminels et soit décorée pour son mérite. » Les 22 règles Pixar avec 1001 pattes

Règle n° 5 :  Simplifiez. Canalisez votre attention.

Cette règle Pixar est l’équivalent du célèbre « Kill your darling » (“Tuez vos chéries”) de Faulkner. Simplifiez, c’est enlever sans vergogne des scènes, voire même des personnages qui n’apportent rien à l’histoire, et ce même si vous êtes particulièrement satisfait de cette scène ou de ce protagoniste. N’ayez pas peur de regrouper plusieurs personnages en un seul, cela vous évitera des détours, et posez vous la question pour chaque scène : « Si je l’enlève, est-ce que le lecteur comprendra quand même l’histoire ? » Si la réponse est « oui », alors faites voler les ciseaux. Vous aurez peut-être le sentiment de perdre en teneur, en qualité et en valeur ajoutée, néanmoins vous serez plus efficace.

Règle n° 6 :  Mettez le héros dans des situations aux antipodes de ses forces et de ses talents.

Cette règle Pixar est à mettre en corrélation avec la règle n° 1. Elle appuie sur un détail particulier des difficultés que va rencontrer le héros, à savoir le sortir de sa zone de confort en le mettant dans des situations dont il ne peut pas se sortir comme il le fait habituellement. Par exemple, si votre héros est un ancien militaire rompu au combat au corps-à-corps, mettez-le dans une situation ou la force et la violence ne lui sera d’aucune utilité. Cette règle doit être utilisée avec parcimonie, car une répétition trop mécanique et systématique de cette règle Pixar mènerait à un récit plat et sans surprise. Elle peut au contraire être utilisée pour mettre en valeur l’évolution psychologique du personnage. Le meilleur exemple que je connaisse est celui du film « Menteur Menteur ». Dans ce film, Fletcher Reed (Jim Carrey) est un avocat réputé qui possède un véritable don pour le mensonge. C’est la force et le talent dont il se sert pour se sortir de toutes les situations. À l’occasion de son 5e anniversaire, son fils fait le vœu que son père ne puisse plus mentir pendant 24 heures… et une bonne fée exauce son vœu. C’est l’élément déclencheur. Dès lors, Fletcher est incapable de se sortir des pires situations en utilisant son talent et il doit trouver des solutions en faisant preuve d’honnêteté. Ce sont les conflits, la mise à l’épreuve du héros hors de sa zone de confort. À la fin du film, alors qu’il a retrouvé la faculté de mentir, Fletcher choisit l’honnêteté plutôt que le mensonge pour améliorer sa relation avec son fils. C’est l’achèvement de la transformation du héros. Il est devenu une meilleure personne qu’il ne l’était au début. C’est un exemple un peu scolaire, mais très efficace de cette règle Pixar. Lisez l’article: “Comment créer un héros de roman crédible

Règle n° 7 :  Travaillez d’abord sur la fin avant de bosser sur le milieu.

Houlà! J’entends déjà les jardiniers de tout poil hurler au scandale. Désolé pour les amateurs de râteau et de petites graines. Nous l’avons déjà vu plusieurs fois depuis le début de cet article, le succès des films et de nombreux romans reposent en grande partie sur la transformation des personnages. C’est le crédo de Vogler, Campbell, Truby et de nombreux autres spécialistes de la narration, et je m’en voudrais de contrarier ces grands messieurs. Or, le meilleur moyen de réussir la transformation de son personnage, c’est de savoir d’où il part et où il arrive. Le reste, ce n’est que le chemin du point A au point B. Commencez par définir votre fin en détail, c’est-à-dire les réponses que vous donnerez à toutes les questions posées : dans quel état psychologique votre héros termine l’histoire ? Que sait-il à la fin qu’il ignorait au début ? Qu’a-t-il compris sur lui même ? Sur la vie ? Ensuite, définissez le début de votre récit. Quel est l’ordinaire du héros ? Quel est l’élément déclencheur ? Que croit-il savoir en début d’histoire ? Quel sera l’enjeu de l’intrigue ? Le but de votre personnage ? Enfin, inventez le milieu de votre histoire. Quels conflits, obstacles va-t-il rencontrer? Quels événements vont le faire passer du point A au point B ? Lisez l’article: “Comment finir une histoireStorytelling Pixar avec Cars

Règle n°8 :  Terminez votre histoire même si elle n’est pas parfaite.

De toutes les règles Pixar, c’est sans doute la plus difficile à appliquer pour moi. L’écriture d’un roman est un processus extrêmement long et éprouvant. Pendant cette longue période, notre motivation, tout comme le doute sur la qualité de nos écrits, est mise à rude épreuve. Pour autant, il ne faut rien lâcher ! Il faut aller jusqu’au bout. D’abord parce que, comme je l’ai dit plus haut, on ne peut jamais savoir de quoi va vraiment parler une histoire tant qu’on ne l’a pas terminé. Ensuite parce qu’un premier jet est toujours, TOUJOURS mauvais. C’est la définition d’un brouillon. Cela sert à poser les bases d’un travail pour pouvoir ensuite l’améliorer. Enfin parce que la perfection est un mythe qu’il ne faut pas chercher à trouver. Cette quête éternelle mène toujours à un seul résultat: l’abandon pur et simple de votre roman dans l’anonymat et l’indifférence le plus complet. Lisez l’article: “Comment se débarrasser du perfectionnisme

Règle n°9 :  Quand vous êtes bloqué, dressez une liste de tout ce qui ne se passera pas

Je vous livre les règles Pixar telles qu’elles ont été (plus ou moins) décrites par Emma Coasts, quand bien même elles ne sont pas toujours exprimées de façon très satisfaisante. Je m’explique. Si vous êtes coincés dans une scène, imaginez-vous en train de faire une liste à la Prévert de TOUT CE QUI NE POURRAIT PAS SE PASSER. Vous avez une idée du temps que cela vous prendra avant de trouver une idée potable, même si vous éliminez les possibilités illogiques ? Pour moi, ce n’est pas une solution viable (en tout cas pas telle qu’elle est écrite), alors je vous propose une légère variante de mon cru: vous devez mettre les capacités du personnage sous tension et faire la liste de toutes les possibilités en fonction de ce nouveau cadre. Cela signifie que vous devez mettre les capacités de votre personnage au centre de la situation et lui donner une contrainte forte sur ce qu’il ne peut pas faire. Cela vous permet de poser la question sous la forme suivante: “Comment le héros peut faire [but du héros], alors que [contrainte forte]?” Un exemple: mon héros est piégé dans un bain-douche désert, armé d’un taser à un coup. Une section d’assaut de six hommes armés jusqu’aux dents entre dans le bâtiment avec l’intention de l’abattre. 1 – Je pose ma question : “Comment mon héros peut neutraliser 6 hommes, alors qu’il n’a qu’une arme à un coup” 2 – Pendant 5 minutes (minimum), je pose sans censure toutes les idées qui me viennent pour répondre à cette question. Le but ici n’est pas la qualité des idées posées, mais la quantité. Il en faut beaucoup. 3 – Regrouper les idées par groupe (Groupe 1: il appelle des renforts, Groupe 2: il utilise les objets qui l’entourent, etc.) 4 – Fusionner les idées du groupe qui vous plaît le plus pour créer LA bonne idée. Si vous ne sortez pas de votre blocage avec cette méthode, je mange mon chapeau 😉

Règle n°10 :  Décortiquez et analysez les histoires que vous aimez

C’est la raison pour laquelle un auteur est aussi un gros lecteur, et ce peu importe les livres que vous lisez. L’intérêt ici est de lire de façon critique et analytique, non pour encenser le livre ou pour le descendre en flamme dans une chronique, mais pour comprendre ce que vous aimez dans ce livre. Prenez un roman que vous adorez et posez-vous objectivement la question: pourquoi ce livre me plaît? Commencez par identifier la structure de l’histoire (qu’elle soit calquée ou non sur un modèle existant), pistez l’évolution du personnage, ce qui le caractérise, le choix des mots, le rythme des phrases (phrases longues? courtes?). Le but ici n’est pas de plagier une œuvre pour réutiliser ce que vous aimez dans la vôtre, mais de comprendre le fonctionnement de l’histoire pour que vous puissiez l’adapter à votre sauce ensuite. Raconter l’histoire d’un garçon dans une école de sorcellerie ne serait qu’un plagiat d’Harry Potter. En revanche, intégrer un monde merveilleux dans le quotidien laisse la porte ouverte à votre patte, à votre style personnel. Et c’est exactement ce que vous devez rechercher.

Règle n°11 :  Pose ton histoire sur le papier pour commencer à l’améliorer. Si une idée parfaite reste dans ta tête, tu ne la partageras jamais avec personne.

Cette règle Pixar est un peu une redite de la règle n°8, mais les avertissements contre les dangers du perfectionnisme ne sont jamais assez nombreux. Je l’ai déjà dit, et je le répète: un premier jet est TOUJOURS mauvais. Celui qui vous dira le contraire est un menteur. Mais pour pouvoir améliorer votre histoire, vous devez d’abord en poser le brouillon sur le papier. Attendre que votre histoire soit parfaite dans votre tête pour écrire directement sa version définitive ne marche pas. Alors faites comme moi, posez votre laideron sur le papier (ou l’écran), et puis relevez vos manches pour en faire quelque chose dont vous serez fier. Les super héros Pixar

Et les 11 règles Pixar suivante, alors?

Mais voilà que cet article dépasse déjà la limite de mots que je m’impose à chaque article (oui, je suis du genre bavard et je me fixe des limites 😉) J’arrête donc ici, mais je déroulerais les 11 règles Pixar restantes dès la semaine prochaine. Alors, restez connectés. En attendant, quelle est la règle qui vous parle le plus? Celle que vous avez suivie jusqu’à présent? Celle que vous respecterez à partir de maintenant? Dites-le-moi dans les commentaires.


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2 commentaires sur “Les 22 règles Pixar de storytelling (1/2)”

  1. Je suis comme Monsieur Jourdain, apparemment je faisais de la prose sans le savoir. A priori trente ans d’ingurgitation de contenu m’ont aidé à construire mon histoire en suivant plus ou moins ces règles ! Je retiens la structure (4) et la fin (7), qui me parlent beaucoup. Si je n’ai pas au moins ça, je ne me lance pas. Par contre, jusqu’à présent, je construis tout dans ma tête, je ne note rien (11). La simplification c’est en cours d’écriture que ça arrive (5).

    La règle 2, je ne l’ai pas comprise comme cela, pour moi ce serait plutôt “vous devez vous mettre à la place du lecteur”. D’après la version originale, je la traduirais par « vous devez garder en tête ce qui vous intéresserait en tant que lecteur, et non pas ce qui serait sympa à faire en tant qu’écrivain. Ce peuvent être des choses très différentes. ». Ça reste personnel, on n’écrit pas forcément pour quelqu’un, ou alors on le fait pour quelqu’un qui nous ressemblerait ? (v.o. : “You gotta keep in mind what’s interesting to you as an audience, not what’s fun to do as a writer. They can be very different.”)

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