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Précédemment, j’abordais sur ce blog la question de la créativité d’une façon très scientifique, celle qu’aurait un neurologue pour expliquer le fonctionnement d’un cerveau créatif, et comment le développer. Aujourd’hui, j’aborde le sujet sous un angle totalement différent : celui d’Elizabeth Gilbert et de son livre « Comme par magie » dans lequel elle aborde le sujet de l’inspiration, des idées, et de la créativité dans sa vie d’auteur.

Après le succès de son roman « Mange, prie, aime », elle a souhaité faire part de son amour pour la vie créative et tout ce qui l’entoure, le positif comme le négatif, afin de nous en faire tous profiter. Ce livre n’est pas destiné uniquement aux auteurs (bien qu’il ait été écrit par une), mais à tous ceux qui vivent ou souhaitent vivre une vie créative sous quelque forme que ce soit. Cette vie créative, E. Gilbert la souhaite à chaque individu sur cette planète, car elle représente, à ses yeux, l’un des meilleurs moyens pour avoir une vie heureuse et productive.

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Je n’ai pas lu d’autres ouvrages d’Elizabeth Gilbert, mais celui-ci est un de mes livres de chevet. Je le recommande à toutes personnes souhaitant mener une vie créative, quelle qu’elle soit. Il a joué un rôle indéniable dans la réalisation de mon rêve : celui d’être un écrivain. Je le relis très régulièrement pour m’aider à me rappeler ce que j’étais et pour ne pas oublier les dangers qui nous guettent sur la route de la créativité. Ce livre ne donne pas de technique d’écriture, pas de recette magique pour devenir un génie… mais ceux qui vendent de telles choses ne tiennent jamais leurs belles promesses. Nous le savons bien.

Le chemin de la créativité n’est pas facile. Il est même semé d’obstacles, car les plus belles choses ne s’obtiennent jamais facilement. Une vie créative n’est longue et sereine que si l’artiste a le bon état d’esprit. S’il dispose de qualités et de valeurs qui peuvent faire « cliché », mais n’en reste pas moins essentielles.

Elizabeth Gilbert nous rappelle ce que sont ces valeurs et nous fait part de ses conseils pour les suivre avec honnêteté et une sincère bienveillance.

1 — Le Courage

Peur et Créativité sont deux sœurs siamoises indissociables, pourtant l’une d’elles prend toujours le dessus. Vivre une vie créative, c’est-à-dire une vie dans laquelle nous révélons notre potentiel et ses trésors demande du courage.

Pour l’illustrer, Elizabeth Gilbert nous narre l’histoire de son amie Suzanne qui, enfant, faisait du patinage artistique. Puis, au délicat passage vers l’adolescence, elle a laissé tomber quand elle a compris qu’elle ne serait jamais une grande championne.

« Si on ne peut pas être la meilleure, pourquoi continuer pas vrai ? »

Arrivée à 40 ans, Suzanne s’est interrogée sur la dernière fois où elle s’était sentie heureuse d’exercer une activité et curieuse d’expérimenter de nouvelles choses. Elle s’est rendu compte que cela remontait à des décennies, quand elle patinait. Alors elle a rechaussé les patins et s’est lancée sur la glace. Quatre fois par semaine. Au milieu d’une patinoire envahie de fillettes de neuf ans.

L’histoire de Suzanne ne se finit pas en devenant une championne olympique de haut niveau. Elle ne se finit pas. L’histoire est celle d’une quarantenaire qui a trouvé le bonheur en s’exprimant par le patinage artistique quatre fois par semaine.

C’est de cette vie créative là qu’Elizabeth Gilbert nous parle. Non pas de la réussite ou de la grandeur, mais de la curiosité et de l’épanouissement.

Peur, peur, peur

E. Gilbert peut parler de la peur, car elle la connaît bien. Ayant été une enfant très peureuse, elle l’a côtoyé toute son enfance et doit à une mère « non complaisante » de ne pas s’être enterrée dedans.

La peur nous accompagne partout, tout le temps. C’est elle qui nous convainc de ne jamais rien tenter. De ne rien essayer et de rester blotti, dans le noir, sous la couette, en attendant que notre vie passe. Cela ne sera pas très enrichissant peut-être, mais ce sera sûr.

Nous avons peur de nous lancer, peur d’être moqués, peur d’être ignorés, peur de n’avoir qu’un seul succès, peur d’avoir un seul succès, peur d’être trop vieux, peur d’être trop jeunes, peur de ne pas y arriver, peur d’être trop gros, peur d’être trop grands…

« Peur, peur, peur… »

La peur est ennuyeuse

Lorsque j’évoquais la mère « non complaisante » d’E. Gilbert, c’est parce qu’elle ne cédait pas à ses peurs. Elle l’obligeait à les affronter. Elle donnait des commandements du style « Tu as peur de l’océan ? Vas te baigner ! », « Tu as peur du téléphone ? C’est toi qui répondras à tous les appels ! »

Pas très subtil, certes, mais efficace dans son cas. Car si la jeune Elizabeth a contesté ces commandements, si elle les a négociés et même suppliés pour ne pas les suivre, il est arrivé le moment où elle s’est posé la question : « Pourquoi est-ce que je consacre autant d’énergie et de volonté à me battre pour défendre mes propres faiblesses ? ».

Pourquoi mener cette guerre pour le compte de cette voix qui l’empêchait de faire tant de choses, de vivre tant d’expérience et qui ne connaît qu’un seul mot qu’elle répète inlassablement en boucle : Stop.

Et cela, c’est juste d’un ennui mortel.

Une compagne de voyage obligatoire

Quand elle nous dit qu’une vie créative demande du courage, cela ne signifie pas que nous devons être sans peur. Il faut ressentir la peur pour être courageux. L’absence totale de peur n’est pas du courage, c’est de l’inconscience. Sans la peur, nous n’aurions que des vies courtes s’achevant sur des fins aussi tragiques que stupides.

« Dévorée par un ours ou écrasée par un train pour voir ce que cela fait »

La peur est aussi nécessaire pour avoir une vie créative, car la créativité et elles voyagent toujours ensemble. Elles partagent les mêmes idées, les mêmes talents et les mêmes organes vitaux. Une vie sans peur serait aussi une vie sans créativité. Il est donc nécessaire de lui laisser une place tout en la gardant à l’œil.

C’est comme si, avant un voyage en voiture avec votre meilleur ami, vous vous expliquiez avec son cousin lourdingue qui va taper l’incruste :

« Je sais que tu vas venir, et je ne peux pas t’en empêcher. Je sais que ton rôle est de me faire paniquer, tout comme celui de la créativité est de me rendre curieux et inspiré. Pour cette raison, je te laisse la place sur la banquette arrière. Installe-toi bien car, je te préviens, tu vas y rester. Tu n’as pas le droit d’imposer ton avis, tu n’as pas le droit de suggérer des détours, de toucher au GPS ou de baisser ta vitre. Tu n’as même pas le droit de toucher à la radio. Et surtout, surtout, tu n’as pas le droit de conduire la voiture. »

2 — L’Enchantement

Après avoir parlé de la peur, E. Gilbert ouvre les voies de la magie. Attention, elle nous parle de la vraie magie, celle de Poudlard et des contes de fées.

Magie, car Gilbert pense que notre monde est peuplé d’autres choses que d’animaux, plantes, bactéries et chauffeurs de taxi. Notre monde est peuplé d’idées. Pas seulement des idées de livres, bien sûr, mais des idées au sujet de toute sorte de sujets. Elles sont invisibles, volent autour de nous, et n’aspirent qu’à une seule chose : être réalisée. Être concrétisée. Pour cela, elles ont besoin d’un être humain. C’est seulement via la coopération avec une personne qu’une idée peut arriver à se réaliser. Alors, quand une idée trouve une personne potentiellement réceptive, elle lui rend une petite visite.

Disons que c’est vous qu’elle choisit. Vous n’êtes peut-être pas réceptif, car vous avez des soucis d’argent à ce moment, ou peut-être que vous faites les courses ou que vous regardez la télévision. L’idée va tenter d’attirer votre attention pendant quelques jours, quelques mois ou années. Cela dépend des idées, certaines sont plus patientes que d’autres. Une chose est sûre, c’est que si vous ne l’écoutez pas, elle finit par passer à quelqu’un d’autre.

Mais si vous l’écoutez, la magie s’opère. Elle vous envoie tous les messages : la chair de poule, l’insomnie, la difficulté à se concentrer. Puis, quand l’idée a votre pleine attention, elle vous demande : Est-ce que tu veux travailler avec moi ?

À ce point, vous avez deux options.

Qu’est ce qu’il se passe si je dis non ?

C’est la réponse la plus simple. Vous déclinez l’invitation. L’idée vous salue, elle vous félicite « Vous venez de vous éviter du travail » et passe son chemin.

Ce n’est pas forcément un choix déshonorant. Parfois, quand l’idée frappe à la porte, vous avez déjà un autre projet sur le feu, vous n’êtes pas d’humeur ou ce n’est simplement pas l’idée qu’il vous faut. Pas de problème.

Refusez poliment l’invitation et passez à autre chose. La plupart des gens passent leur vie à dire non.

Qu’est ce qu’il se passe si je dis oui ?

Vous signez un contrat avec l’idée et c’est à vous de décider des termes du contrat.

Vous pouvez choisir le contrat « souffrance » de l’artiste tourmenté. Celui qui stipule que vous devez vous autodétruire et détruire tous ceux qui vous entourent pour forcer votre inspiration, et faire de votre martyr votre légitimité artistique. Ce n’est pas très productif, mais c’est très glamour et cela donne de très belles épitaphes.

Ou bien il y a l’autre façon. Elle consiste à coopérer avec l’inspiration dans la joie et le respect. Vous n’êtes ni son esclave, ni son maître, mais son partenaire. Un partenaire avec lequel vous pouvez vivre une vie longue, saine et pleine de projets cool qui vous apporteront de la satisfaction. C’est vous qui voyez.

La seule chose de sûre au sujet d’une idée, c’est qu’elle veut travailler avec vous, mais elle ne vous appartient pas. C’est donc à vous de vous montrer suffisamment travailleur et obstiné pour travailler sur une idée. Si vous la laissez tomber, elle ira trouver quelqu’un d’autre. Ce quelqu’un d’autre finira par écrire votre livre, réaliser votre film ou monter votre business.

Ces œuvres n’ont jamais été les vôtres. Elles auraient pu l’être, si vous les aviez réalisées.

3 — La Permission

Vous n’avez pas besoin de la permission des autres pour exercer votre art.

Certains croient qu’un artiste est une personne bénie des muses, certains croient qu’il faut avoir grandi dans un environnement stimulant et créatif pour devenir un artiste.

Peut-être que c’est votre cas. Peut-être croyez-vous que les grands auteurs sont nés avec l’once de talent nécessaire pour commencer à écrire. Eux vous diront certainement qu’ils ont dû beaucoup travailler pour y arriver, et que les lettres de rejet recouvraient tout leur bureau tant elles étaient nombreuses.

Peut-être venez-vous d’une famille de comptables, de personnes qui préfèrent consommer plutôt que créer. Ce n’est pas grave. Peut-être que vos grands-parents étaient des créatifs ? Ou bien vos arrière-grands-parents ? Si vous remontez assez loin, vous finirez par en trouver, car l’homme a commencé à peindre il y a de cela 40 000 ans. Il ne s’est intéressé à l’agriculture qu’il y a 10 000 ans ! Comprenez-vous ce que cela signifie ?

Nous créons parce que nous sommes faits pour. Nous créons parce que c’est dans nos gènes, et nous n’avons à demander l’autorisation de personne pour cela.

Nous n’avons pas besoin de la bénédiction d’un maître ou du diplôme d’une école, car nous devrons, tôt ou tard, nous lancer seuls et sans filet dans la création.

Nous n’avons pas besoin de nous sentir investis d’une mission, de quelque chose d’utile, car notre vie créative ne vaut que si nous avons du plaisir à la vivre.

« On est juste un groupe » disait John Lennon au sujet des Beatles, et c’était vrai. L’art a finalement peu d’importance, et savoir écrire des histoires serait la dernière compétence que vous voudriez avoir dans un monde post-apocalyptique. Mais nous ne vivons pas dans un monde post-apocalyptique ; c’est ce qui rend la créativité possible ainsi que son paradoxe : elle est complètement inutile et totalement essentielle.

Nous n’avons même pas besoin de l’approbation du public, car nous créons pour notre propre satisfaction.

L’art donne une chance de s’exprimer et provoque des réactions, ce qui est normal. Chacun est libre de comprendre ce qu’il veut de votre livre (même s’ils sont à côté de la plaque). Ils ont adoré ? Super. Ils ont détesté ? Qu’ils aillent écrire leur propre livre et me laissent écrire les miens.

Nous avons le droit d’être créatifs parce que c’est ce que nous sommes.

4 — La Persistance

Quand elle était enfant, Elizabeth Gilbert a fait le vœu de devenir écrivain. C’était de vrais vœux, formulés selon un texte qu’elle avait écrit à l’avance et qui pouvait ressembler à ceux d’une femme prête à rentrer dans les ordres. Elle n’a pas fait le vœu de devenir un écrivain à succès, ni un grand écrivain, mais juste un écrivain.

Alors qu’elle a rompu de nombreuses promesses et de nombreux serments (ceux du mariage notamment), cet engagement-là, elle ne l’a jamais trahi.

Apprendre

Comme pour le reste, l’art demande un apprentissage. D’abord des essais maladroits, puis on imite ses modèles, enfin on trouve sa voix et on réalise ses œuvres propres. Il faut se laisser le temps d’apprendre et pratiquer, encore et toujours pratiquer. C’est la seule méthode qui fonctionne.

Et peu importe l’âge auquel on commence. Il n’est jamais trop tard pour apprendre de nouvelles choses, de nouvelles disciplines, de nouvelles techniques. E. Gilbert nous parle de son amie qui, âgée de 80 ans, s’est découverte une passion pour l’archéologie et l’art mésopotamien. Elle a lu beaucoup de livres, assisté à des conférences, voyagé au Moyen-Orient, etc. Dix ans plus tard, à l’âge de 90 ans, elle est considérée comme une experte sur le sujet et donne des conférences.

Vous croyez que votre éducation est finie parce qu’une université vous a donné un diplôme ? Votre éducation est terminée quand vous avez décidé qu’elle est terminée.

Le sandwich à la merde

Miam ! Êtes-vous prêt à manger le vôtre ? Non ? Alors vous avez un problème.

Ce sandwich à la merde, c’est tout ce qui ne fonctionne pas dans une vie créative : le manque de succès, l’absence de reconnaissance, les rejets, les critiques, les finances précaires, etc.

La vérité est que toute cette frustration ne bloque pas le processus créatif, elle en fait partie et vous ne pouvez pas avoir l’un sans l’autre. Chaque style de vie a ses bons et ses mauvais côtés, et le tout vient en un seul package. Vous voulez des enfants, il faudra oublier les grasses matinées. Vous voulez faire des tournées ? Il faudra vivre sur la route.

À la question : Que voulez-vous faire dans la vie ? Une façon de répondre est de trouver sa marque préférée de sandwich à la merde. Chaque activité, aussi glamour soit-elle, vient avec sa propre marque de Sandwich dégueu. Si vous aimez assez votre art pour aimer manger votre sandwich, alors vous avez trouvé votre but dans la vie.

Le travail alimentaire

Vous avez un travail alimentaire qui vous ennuie, mais qui paie votre loyer ? Gardez-le

Ne le quittez pas avant que votre art ne commence vraiment à payer. Elizabeth Gilbert a gardé le sien jusqu’à la publication par une maison d’édition de son 4e roman… et c’est parce que c’est devenu un Best-Seller, sinon elle l’aurait peut-être encore aujourd’hui.

Demander à sa créativité de payer les factures, c’est lui mettre trop la pression. L’inspiration n’est pas un job avec mutuelle et assurance chômage, et lui demander cela, c’est la mettre en situation d’échec si votre art ne vous rapporte pas assez pour en vivre.

Cet échec vous mènera à l’anxiété, la dépression, la faillite, ou pire : l’abandon de votre vie créative.

Le succès

Pour traiter ce sujet, il faut d’abord donner sa définition du succès.

Est-ce que le succès est l’admiration de votre entourage ? Du qu’en-dira-t-on ? Gilbert nous le dit (même si on s’en doutait déjà) : personne ne fait attention à nous. La très grande majorité des gens se fiche de ce que nous faisons, de nos échecs et de nos réussites, car ils sont trop absorbés par leur propre vie pour nous donner leur attention (et nous faisons de même).

Est-ce que le succès, c’est faire carrière dans son art ? Peut-être, sauf qu’une vie créative n’est pas une carrière, c’est une vocation. Ce n’est pas quelque chose que l’on fait par intérêt, mais par amour. Ceux qui le font pour l’argent ou la gloire ne tiennent jamais très longtemps.

La vérité sur le succès dans le cadre d’une vie créative, c’est qu’il dépend d’une vieille dame aigrie et capricieuse qui fait ce qu’elle veut. Elle peut récompenser le meilleur des meilleurs, puis le jeter dans l’oubli et encenser le pire des arrivistes. Le travail ne garantit pas le succès, le talent non plus, ni le meilleur des réseaux.

Il apparaît que la recette d’un succès durable soit la combinaison de ces trois ingrédients : le Talent, la Chance et beaucoup de Travail. Dans la mesure où nous n’avons aucune prise sur les deux premiers, E. Gilbert nous conseille de tout miser sur le travail.

Savoir abandonner

Lors d’une conférence, l’écrivain Richard Ford répondait aux questions du public venu le voir. Un homme a pris la parole et lui a dit :

« Monsieur Ford, nous avons beaucoup de choses en commun. Nous avons le même âge, les mêmes sources d’inspiration et comme vous j’écris depuis des années. Mais contrairement à vous, mes écrits sont rejetés de partout et je ne sais plus quoi faire. J’en souffre beaucoup, et je voulais avoir votre conseil. Que dois-je faire ? Dites-le-moi, mais s’il vous plaît, ne me dites pas de persévérer. Je ne supporte plus que l’on me dise cela. »

La réponse de Ford a été la suivante :

« Si écrire ne vous apporte rien d’autre que de la souffrance, alors vous devez abandonner. Faites autre chose de votre vie. Trouvez-vous une autre occupation… mais si après plusieurs années, vous vous rendez-compte que rien ne vous satisfait autant qu’écrire, alors vous n’aurez pas d’autre choix que de persévérer. »

5 — La Confiance

Lorsqu’Elizabeth Gilbert commence un cours avec de nouveaux étudiants, elle leur pose deux questions.

La première est « Aimez-vous l’écriture ? » et tout le monde lève la main.

La deuxième est « Est-ce que l’écriture vous aime ? » et tout le monde baisse la main.

Un jour, un de ces étudiants a répondu :

– Bien sûr que non ! L’écriture, c’est cette magnifique fille du collège, la cheffe des pom-pom girl dont on est amoureux sachant que ce ne sera jamais réciproque. Elle s’amuse avec nous, nous allume jusqu’à ce qu’on y croit, et ensuite elle débarque au bras du capitaine de l’équipe de foot.

– Alors que veux-tu faire ? demanda Gilbert.

– Je veux être écrivain.

Accro à la souffrance

Il n’y a pas que les jeunes auteurs qui pensent ainsi. Les auteurs établis également, mais aussi des acteurs, des peintres, des musiciens, etc. Ils semblent croire que la souffrance étire leur sensibilité jusqu’à les rendre plus réceptifs à la créativité.

« Vous voulez créer quelque chose ? Alors, ouvrez-vous les veines et saignez. »

Encore aujourd’hui, la croyance que l’on a plus besoin de ses démons que de ses anges gardiens reste forte. C’est la raison pour laquelle des artistes se sentent obligés de torpiller leurs relations avec leurs proches ou de se jeter dans l’alcool ou dans la drogue pour incarner le personnage de l’artiste tourmenté. Car cela n’est rien d’autre qu’un personnage. Un rôle qu’il faut endosser pour se croire légitime de créer.

Choisir en quoi on fait confiance

SI vous choisissez de faire confiance à la souffrance, sachez que vous construisez votre maison sur un champ de bataille. Un endroit ou les dommages collatéraux sont fréquents et toujours dramatiques. Combien d’artistes connus ou inconnus ont sombré dans la dépression, l’alcool, la drogue, voire même le suicide pour des raisons aussi obscures ?

Ces gens aimaient leur art, leur créativité, mais il est probable que, si on leur avait posé la question, ils auraient répondu que leur art ne les aimait pas en retour.

Mais pourquoi cela ne serait pas le cas ? Leur inspiration est pourtant venue à eux de son plein gré, n’est-ce pas ? Leur idées sont allées à leur rencontre pour proposer une collaboration. Pourquoi voudrait-elle tuer leur partenaire ou lui causer de la souffrance en retour ? Puisque les idées viennent dans le but d’être matérialisées, quelle raison auraient-elles de vouloir tuer leur bienfaiteur.

Cela n’a aucun sens.

Un bonheur têtu

E. Gilbert préfère vivre dans la croyance que son travail l’aime autant qu’elle l’aime, de mettre sa confiance dans le fait que sa créativité veut travailler avec elle autant qu’elle veut travailler avec sa créativité, que son inspiration veut rester avec elle jusqu’à ce qu’elle la mette dehors… ou que l’alcool l’empoisonne.

Son choix est donc d’approcher son travail avec un bonheur têtu. Elle travaillait avec ce bonheur têtu quand elle était une étudiante rejetée par toutes les Maisons d’édition. Elle travaillait avec un bonheur têtu après avoir publié un best-seller. Elle travaille avec un bonheur têtu quand les critiques l’encensent et quand elles la descendent.

Elle choisit de faire confiance en cette créativité qui est en elle et qui essaie de lui envoyer des messages et des idées de toutes les façons possibles pour travailler.

Alors elle s’assied et elle travaille.

« Elle me fait confiance, je lui fais confiance. »

Dévotion à la curiosité

La curiosité ne vous pose jamais qu’une seule question : qu’est-ce qui t’intéresse ? Elle vous pousse à suivre toutes les pistes, tous les indices qui finissent par vous mener vers l’inspiration qui vous manque.

Après avoir perdu une idée de roman pour ne pas s’en être assez occupé (l’idée était partie chercher quelqu’un d’autre), Elizabeth Gilbert n’avait pas d’indice concernant son prochain projet. Pas d’inspiration sur le sujet de son prochain roman. Alors elle a suivi sa curiosité et s’est posé la question : qu’est-ce qui m’intéresse ? La réponse à cela était « cultiver un jardin ».

Elle ignore elle-même pourquoi cette idée. Sa mère avait essayé, en son temps, de l’initier au jardinage en vain. Cela ne l’intéressait pas. Mais cette fois, elle voulait en faire un. Pas un potager comme sa mère, mais un jardin composé de fleurs à son goût. Puis elle a commencé à s’intéresser à la provenance des fleurs qu’elle faisait pousser, et elle a fait des recherches. Puis sa curiosité l’a poussé à interroger des experts sur ses fleurs, puis à voyager pour visiter des serres et des musées botaniques, puis….

Trois ans plus tard elle publiait son roman « L’empreinte de toute chose », l’histoire d’une famille de botaniste du 19e siècle qui part en expédition à travers le monde.

Avant de travailler sur son jardin, elle ignorait tout de la botanique et des voyages au 19e siècle. Elle n’a fait que suivre sa curiosité et faire confiance à son inspiration.

6 — Le Divin

« La créativité est sacrée et elle est blasphématoire. Ce que nous créons a une importance énorme et n’a aucune utilité. Nous créons seuls et nous sommes accompagnés par l’esprit des idées. Nous sommes terrifiés et nous sommes courageux. L’art est une lourde croix et un grand privilège. C’est seulement quand nous nous amusons le plus que le divin nous touche dans notre art.

Faites de la place pour que tous ces paradoxes soient équitablement vrais dans votre âme, et je vous promets que vous pourrez faire tout ce que vous voulez. Alors, maintenant calmez-vous, et remettez-vous au travail. OK ?

Les trésors cachés au fond de vous espèrent que vous direz oui. »

Conclusion

C’est la fin de ce long article sur le livre « Comme par magie » d’Elizabeth Gilbert. Si cet article est long, c’est parce que le livre est riche, et je n’ai réussi à vous en donner qu’un petit échantillon.

Je vous recommande donc de lire ce livre dans son intégralité. Il se lit comme un roman, et il vous fera vous sentir meilleur, serein, et débordant d’une envie de créer.

J’espère que cet article vous a donné envie de le lire. Sachez qu’il existe en livre audio, en version anglaise, et lue par l’auteur.

Pour ceux qui auront franchi le pas, merci de revenir plus tard sur cet article pour me dire ce que vous en avez pensé dans les commentaires.

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