4 erreurs à éviter pour protéger sa créativité artistique

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Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, la créativité artistique n’est pas un don, c’est une compétence. Un don nous tombe du ciel. Nous naissons avec et nous le gardons jusqu’à la fin de nos jours quoi qu’on fasse. Une compétence s’acquiert. Elle s’apprend… et peut disparaître comme elle est venue si nous ne l’entretenons pas.

Aucun enfant n’arrive en salle d’accouchement en sachant écrire un roman. Il peut peut-être avoir plus de facilité qu’un autre dans cette discipline, mais cette facilité représentera 1 % de son talent. Pour les 99 % qui restent, il devra apprendre à construire une histoire et passer des années à écrire encore et encore. S’il décide d’abandonner sa passion alors sa compétence d’auteur, son habileté, sa rapidité d’exécution déclineront lentement mais sûrement.

Une compétence qu’il faut choyer

La créativité artistique, sous certains aspects, est encore plus fragile qu’une compétence technique, car elle peut être gelée, bloquée purement et simplement par des comportements qui peuvent nous paraître logiques d’un premier abord, mais qui auront un impact malsain sur notre capacité à créer.

Ces mauvais comportements peuvent générer une pression trop forte sur notre créativité artistique et effacer en quelques secondes les progrès que nous avons peinés à réaliser pendant des jours, des semaines et des mois. C’est très comparable à un régime basse calorie. Vous passez des semaines à manger de la salade pour perdre 2 malheureux kilos… et vous voyez tous vos efforts s’envoler à la première mousse au chocolat qui passe à la cafétéria du boulot.

La créativité artistique, aussi fragile qu'une poterie

Image par Ana Krach de PixabayImage par Ana Krach de Pixabay

Un homme averti en valant facilement deux, voici quatre comportements qu’il vous faut éviter pour protéger et conserver votre créativité artistique.

1# Prendre votre art trop au sérieux

Tout comme John Lennon parlait des Beatles en disant « On est juste un groupe », n’oubliez pas que ce n’est que de l’écriture. Ce n’est que de l’art.

Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. J’adore l’art en général et l’écriture en particulier. Toutes ces idées géniales qui sortent de nos cerveaux quand nos neurones font tout à coup un lien entre A et Z. C’est un petit miracle chaque fois que cela se produit.

Mais nous devons rester honnêtes. Ce que nous faisons est inutile et prendre son art trop au sérieux peut avoir de drôle de conséquences. L’actualité du confinement face au COVID 19 l’a prouvé.

La belle actrice Gal Gadot a massacré « Imagine » de John Lennon avec ses amis acteurs surpayés et s’est fait lyncher par les internautes. Arnold Schwarzeneger a donné à manger à ses poneys dans son salon. Madonna a chanté son amour du poisson frit dans sa salle de bain avec une brosse pour micro… bref, les stars ont pété les plombs !

Le confinement face au virus n’a épargné personne, et il a mis ces artistes face à leur propre inutilité. Quand le monde va mal, il a besoin de docteurs, d’infirmières, de scientifiques, d’agriculteurs et de camionneurs. Pas d’artiste !

J’imagine que tout le monde ne sera pas d’accord avec cette opinion, mais je pense que la créativité est magnifique justement parce qu’elle est si éloignée de nos besoins vitaux primaires.

Nous avons la chance, pour la plupart des Occidentaux, de vivre dans une société qui nous procure confort et sécurité et nous donne la latitude et le temps pour créer. Cette créativité artistique est un bonus. C’est le glaçage sur le gâteau. Il ne nous remplit pas l’estomac, mais il est délicieux.

En résumé, votre créativité et votre œuvre ne sont pas obligées d’avoir un sens, un message ou un engagement particulier. Si vous en avez trouvé un et qu’il vous inspire, tant mieux. Génial ! J’espère que vous changerez le monde.

Mais si ce n’est pas le cas, vous pouvez juste vous amuser à le faire et distribuer du plaisir inutile en le donnant, car en voulant absolument être un auteur engagé, vous essaierez de mettre votre créativité dans des chaussures qui ne seront pas à sa taille.

2# Attendre que votre créativité artistique vous apporte le succès

Dans le bombardement médiatique que nous subissons chaque jour, nous sommes exposés à des exemples de réussites commerciales (et parfois artistiques). Leurs auteurs sont souvent qualifiés de « génies » ou de « surdoués » et peuvent être (malgré eux) autant source d’inspiration que de découragement.

Qu’est-ce que le succès en terme artistique ? Les éloges de la critique ? Le nombre de personnes dans la salle de spectacle ? La cote de vos œuvres sur le marché ? Quel est ce « sommet » que nous devrions tous atteindre et que sommes-nous censés faire quand nous y serons ?

Après le succès de son livre : « Mange, prie, aime…. », une personne s’adressa à Elizabeth Gilbert et lui demanda : « Comment vas-tu réussir à faire mieux que cela maintenant ? ». L’auteur ne se retrouvait donc plus seulement en compétition avec les autres écrivains de la planète, mais également avec une version passée d’elle-même.

(Lisez l’article : Les 6 qualités pour avoir de l’inspiration selon Elizabeth Gilbert)

Un tel raisonnement suppose qu’il y ait un sommet à atteindre, que le but de l’inspiration se limite aux ambitions de renommées et de richesses matérielles et que, pire que tout, si on ne peut pas « gagner » en restant sur ce sommet alors on devrait arrêter de « jouer ».

Que devient notre envie de créer dans cela ? De la gloire et de la fierté que nous tirons d’une œuvre que nous avons réalisée de nos propres mains ? De la satisfaction que nous pouvons éprouver pour nous-mêmes ?

Je pense qu’il faut continuer à jouer. Si vous vendez plein de livres, j’en serais ravi pour vous (et presque pas du tout jaloux 😉 ) et pareillement si vous passez un jour à la télé à une heure de grande écoute. Si cela vous arrive, prenez ce succès comme un bonus et non comme une finalité.

Jouer à créer... les artistes sont-ils de grands enfants?

Image par Steve Buissinne de Pixabay

3# Attendre que votre créativité artistique paie les factures

Savez-vous que 98 % des écrivains ont un second métier ? D’après une enquête de 2008 du site économique de Rue89, seulement 150 auteurs français seraient en capacité de vivre de leurs publications. Je n’ai malheureusement pas trouvé de chiffres plus récents.

« Si vous écrivez pour gagner de l’argent ou devenir célèbre, renoncez ! ». Bernard Werber

Même si mon métier actuel n’est pas une passion, je sais que je ne le quitterais pas si un de mes livres devenait soudainement une source de revenus suffisante pour vivre. Il faudrait que cet apport financier soit confirmé deux, trois ou même quatre fois avant que je n’envisage la démission, car je ne veux pas que ma créativité artistique ait à supporter la responsabilité de devoir payer ma vie.

De nombreux artistes ont tué leur créativité en croyant qu’ils n’obtiendraient leur légitimité qu’en vivant exclusivement de leur art. Il en résulte un profond stress, de l’anxiété voire même une détresse qui peut conduire à la faillite personnelle et à l’abandon de toute activité créative. Demander à sa créativité de payer le loyer est un poids trop lourd pour elle. Elle risque de s’écrouler… et peut-être vous avec.

Après le succès de son premier roman, « Carrie », Stephen King lui-même a décidé de conserver son job d’enseignant sous-payé. Il aurait pu tout lâcher en voyant les zéros qui s’alignaient sur le chèque de son éditeur, mais il a joué la sécurité pour sa femme et ses enfants. Il s’est « contenté » de quitter la caravane où ils vivaient pour quelque chose de plus spacieux.

(Lisez l’article: 10 conseils d’écriture de Stephen King)

En conclusion : si vous avez un job qui paie les factures, gardez-le !

4# Traiter votre roman comme votre enfant

On entend souvent les artistes de tout horizon parler de leurs toiles, leurs sculptures, leurs livres, leurs albums comme de leurs « bébés ».

C’est très compréhensible. Nous mettons de nous-mêmes dans ce que nous créons. Comme une mère porte son enfant pendant 9 longs mois, notre œuvre est en gestation pendant longtemps dans notre tête et dans nos mains. Comme une mère, nous entrons en phase de « travail » et, comme une mère, nous lui donnons naissance.

Mais contrairement à une mère, nous devons partager notre création, nous devons la modifier si c’est nécessaire et, si c’est notre ambition, nous devons la vendre.

Lorsque j’écris des nouvelles pour participer à des concours, je respecte le thème imposé (quand il y en a un) et j’écris comme l’inspiration me vient.

Je ne veux pas que les contraintes de nombre de pages ou de caractères soient sur mon passage. J’écris l’histoire comme elle s’impose à moi, et je vois après. Quand j’ai terminé une nouvelle satisfaisante de 10 000 mots et que le règlement du concours demande un maximum de 7 000 mots, cela signifie que je dois couper 30 % de mon histoire.

Comment peut-on me demander de couper 30 % de mon bébé ? Comment pourrai-je altérer l’intégrité de mon enfant pour me conformer à un stupide règlement de concours ? Simplement en la considérant pour ce qu’elle est : une histoire et pas un bébé. Alors je prends un stylo rouge et je coupe tout le gras que je peux trouver.

Voudrions-nous vendre notre bébé ? Bien sûr que non

Voudrions-nous vendre une de nos œuvres ? Bien sûr que oui

Gardez vos bébés à la nursery et vos romans dans votre bureau.

Les enfants et la créativité artistique, une grande histoire d'amour

Image par Jihad Yousif de Pixabay

Souvenez-vous que l’un des ennemis mortels de la créativité artistique est la pression. Votre créativité doit avoir de la place pour bouger. Elle doit avoir la liberté de s’exprimer ou pas. C’est une petite poltronne qui peut perdre ses moyens dès qu’on la menace. Lui coller un flingue sur la tempe en criant : « Maintenant parle ! » est le meilleur moyen de la faire tourner de l’œil. Il vous faudra ensuite enchaîner toutes les techniques de réanimation connues pour la réveiller.

Avez-vous déjà expérimenté une de ces situations ? Comment vous en êtes-vous tiré ? Dites-moi tout cela dans les commentaires.


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5 commentaires sur “4 erreurs à éviter pour protéger sa créativité artistique”

  1. Je trouve intéressant votre paragraphe sur l’utilité de l’art. Moi qui me pose souvent la question de la notion d’utilité, elle devient exacerbée ces derniers temps.

    Quelles est la définition de l’utilité ? Y en a t-il une réellement objective ?

    En ce contexte de confinement nous sommes effectivement amenés à réaliser quels nous sont les métiers les plus utiles, dans le sens vital : ceux qui nous nourrissent et ceux qui nous soignent.
    Pourtant, d’autres fonctions n’ont pas été affectées par l’arrêt d’activités définies comme non essentielles, tel que le journalisme. Certainement parce que l’on considère que l’information est nécessaire, quoique non vitale.

    Cela revient à définir la notion de vital.
    Au regard de la pyramide de Maslow, les besoins vitaux sont ceux qui permettent au corps physique de survivre. Ce sont les besoins physiologiques.

    Mais, qu’est-ce qui permet à l’esprit de subsister ? Une pensée en quête de développement…?
    Nous sommes des êtres avec un cerveau évolué, qui a besoin sans cesse d’explorer, d’apprendre et de profiter. Ce qui nous différencie du reste du monde animal, c’est la propension de notre esprit à toujours rechercher l’enrichissement (“toujours” peut être pas toujours ! 😉 )

    Certes, nous pourrions vivre et survivre en ne faisant plus fonctionner que notre corps.
    Mais l’humain, basé sur la passion, s’appauvrirait, et en manque de carburant pour son esprit, qui sait ce qu’il adviendrait de lui ?

    Alors oui, pour une période d’un mois de confinement, cela lui est possible car l’humain s’adapte. Mais si cela devait durer ? Dirions-nous que la nourriture de l’esprit est toujours inutile ? Sans elle, le corps ne finirait-il pas par dépérir avec l’esprit ?
    Dire que la frustration de ne pouvoir cultiver l’art ou la culture ou tout simplement d’y avoir accès n’est pas le témoignage d’un besoin essentiel serait alors erroné. On a l’occasion de le constater en nous ou autour de nous : un esprit qui « va mal » peut répercuter son mal être sur le corps, afin de se faire entendre.

    Par la culture nous sommes tentés d’exacerber notre imagination, de changer d’angle de vue sur nous-même et sur le monde, de nous ouvrir à l’infini des possibles. Elle développe alors la compréhension des liens qui nous rapprochent, de notre unicité en même temps que notre interdépendance. Elle aspire donc à la paix et à l’épanouissement, pour toujours plus de recherche et de développement de soi et de notre environnement.
    C’est une utilité certes non physiologique (quoique ?) mais une utilité dans notre évolution. Cela fait (au moins) 40 000 ans que l’humain cultive la culture cérébrale (mais je suis d’accord sur le fait qu’on est encore loin d’avoir atteint un niveau idéal d’épanouissement !).

    Cependant, si l’on souhaite aller plus loin dans la notion d’utilité, l’on pourrait finalement se demander, au regard de l’univers, s’il est bien utile de se maintenir en vie ? A quoi cela sert-il à l’immensité galactique ? L’on en revient à l’éternelle question du sens de la vie…

    Je comprends ce qui que signifie « ne pas prendre son art au sérieux » dans le sens rester humble, personne n’est indispensable. Mais j’aurais tendance à l’appliquer dans n’importe quel domaine. Même à la vie. Comme une citation qui le rappelle : « Ne prenez pas la vie trop au sérieux, de toute façon, vous n’en sortirez pas vivant ».

    Nous pouvons faire les choses avec sérieux sans toutefois se prendre au sérieux.

    Merci pour la réflexion que votre article a suscité.

    1. “Faire les choses sérieusement sans se prendre au sérieux”, c’est une philosophie que j’essaie d’appliquer régulièrement. Cela me fait plaisir de la lire sous la plume d’un(e) autre. Merci.
      Vous avez bien compris mon propos, et vous avez raison quant à la nécessité psychologique de s’exprimer d’une façon artistique. Après tout, les peintures de la grotte de Lascaux ont été peintes 30 000 ans avant l’invention de l’agriculture. Cela relativise la notion d’utilité, pas vrai?
      Mais si c’est nécessaire à l’épanouissement, cela n’est pas vital dans le sens propre “nécessaire à la survie” et certains artistes (de tout horizon) ont malheureusement parfois tendance à l’oublier. Ils se sentent investis d’une mission, considèrent qu’un “vrai” artiste se doit d’être engagé et partent en croisade pour une cause ou pour une autre en imposant à leur créativité un engagement qui n’était pas nécessaire.
      Cela n’a rien de répréhensible, bien sûr. J’admire les personnes engagées et j’essaie moi-même de toujours transmettre un message dans les histoires que j’écris. Mais ce n’est pas une obligation. L’art possède ce luxe de pouvoir être inutile. Personne ne le lui reprochera. C’est un privilège immense qu’il ne faut pas se refuser 😉

      1. Merci pour ce nouveau sujet de réflexion qu’est l’engagement dans la création !…
        Finalement, dans l’idéal, l’adage “faire les choses sérieusement sans se prendre au sérieux” s’appliquerait aussi à “l’engagé”. Cela serait une sorte d’engagement lucide…pas facile !

  2. Le meilleur article que j’ai lu depuis longtemps ! Un grand merci à vous ! Ça fait du bien de voir que l’on parle de ces sujets. Mais je me demandais, est-ce que l’inverse peut arriver : être pris.e dans une frénésie créatrice où les idées se succèdent (s’assemblant ou non) liée à une forme profonde d’anxiété ?

    1. Je ne vais pas dire que c’est impossible car il y a toujours une exception à la règle, mais c’est peu probable. L’anxiété a tendance à nous paralyser. Notre cerveau ne fonctionne plus comme il devrait, et un cerveau qui ne fonctionne pas n’est pas un cerveau créatif. Dans le cas de quelqu’un qui fuirait son anxiété dans l’expression créative, peut-être…

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