Être original : est-ce que cela vend plus de livres ?

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Dans le monde de l’autoédition, “être original” est souvent présenté comme la qualité suprême. On nous répète à l’envi : soyez différent, sortez du lot, osez votre singularité. Très bien. Mais une question mérite d’être posée : est-ce que l’originalité fait vendre des livres ? Ou, dit autrement : est-ce qu’un roman qui sort des sentiers battus a vraiment plus de chances de trouver son public… ou risque-t-il de passer pour un ovni qui ne convient à personne ?

Quand on est un auteur partagé entre l’envie d’exprimer sa liberté artistique et celle d’entendre sonner la rétribution sonnante et trébuchante d’un succès public, il peut être difficile de faire son choix. Alors voilà une analyse honnête — sans faux semblants — sur les avantages et les limites de l’originalité littéraire.

Parce qu’entre performance artistique et succès commercial, il y a un gouffre. Et contrairement à ce qu’on aimerait, Amazon ne fournit pas le pont.

Alors, comment concilier créativité et lisibilité ? Où placer le curseur entre style unique et respect des codes du genre ? Et surtout : comment écrire un livre original sans devenir incompréhensible ?

Être original : c’est quoi exactement ?

Avant de juger si l’originalité aide à vendre, encore faut-il savoir de quoi on parle. Être original, ce n’est pas juste écrire un truc “chelou” pour se faire remarquer. C’est proposer quelque chose de neuf, oui, mais qui reste accessible, lisible, désirable. Et ça, ça peut se faire de deux manières principales.

L’originalité de fond

C’est celle qui touche à l’histoire elle-même : les personnages, l’univers, les thèmes. Par exemple, un polar où l’on connaît l’identité du meurtrier dès la première page (Columbo a été considéré comme une bombe d’originalité à sa première diffusion), ou une romance improbable entre une intelligence artificielle et un grille-pain (ne riez pas, on a vu pire).

Un très bon exemple d’originalité douce et efficace ? La Mécanique du cœur de Mathias Malzieu. Un conte poétique, où le cœur du héros est remplacé par une horloge. Un univers singulier, une ambiance atypique, mais une narration claire. Bref, original mais lis »ible.

Couverture du livre La mécanique du coeur
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L’originalité de forme

Ici, on parle de la manière de raconter l’histoire. Par exemple, écrire un roman sans ponctuation comme Saramago, ou construire l’intrigue à l’envers, comme dans Time’s Arrow de Martin Amis. Certains vont plus loin encore avec des récits non linéaires, des typographies expérimentales ou des chapitres sous forme de haïkus inversés (à croire que tous ces auteurs ont perdu un pari avec leur prof de français).

Là, le risque est plus grand. Car si la forme prend le dessus sur le fond, le lecteur se sent vite perdu. Et un lecteur perdu… est un lecteur qui ne laisse pas d’avis 5 étoiles.

Outil ou but ?

L’erreur courante, c’est de faire de l’originalité un objectif en soi, au lieu de s’en servir comme un levier au service de l’histoire. Oui, écrire un roman où chaque chapitre est un palindrome peut sembler audacieux. Mais est-ce lisible ? Est-ce engageant ? Est-ce même encore un roman… ou un test de QI sadique ?

Par exemple « Le Parfum » de Patrick Süskind : une intrigue unique (un tueur obsédé par l’odeur parfaite), un style ciselé, une ambiance envoûtante… mais une lecture fluide, immersive, captivante. C’est ça, le bon dosage.

Auteur face à un choix _ être original ou vendre son livre

Quand l’originalité devient un obstacle

On ne va pas se mentir : l’originalité peut devenir un véritable piège. À force de vouloir être singulier à tout prix, on finit parfois par perdre de vue l’essentiel… c’est-à-dire le lecteur.

Trop d’originalité déroute

Un roman trop excentrique peut briller par son audace… mais il risque aussi de rebuter.

Le lecteur moyen (pas celui qui lit Ulysse de James Joyce avec un whisky tourbé et un chat siamois sur les genoux) cherche avant tout une histoire qu’il comprend. Il veut des personnages attachants, une intrigue qu’il peut suivre, un rythme qui le tient en haleine. Pas une prise d’otage intellectuelle.

Prenons La Maison des feuilles de Mark Z. Danielewski. Une mise en page chaotique, des notes de bas de page labyrinthiques, des textes à lire à l’envers ou en spirale. Brillant ? pour certains. Lisible ? Non.

Et c’est là le problème : un livre trop étrange devient impossible à recommander. Il échappe aux catégories. Il déroute. Et ce qui déroute ne se partage pas.

"La Maison des feuilles" de Mark Z Danielewski - exemples de mise en page pour être original
« La Maison des feuilles » de Mark Z Danielewski… on a retrouvé l’imprimeur pendu dans son atelier

L’algorithme n’aime pas les OVNI

Sur Amazon, les livres ne sont pas triés par goût littéraire, mais par catégories, mots-clés et comportements d’achat. Un roman qui ne rentre dans aucune case est un roman qu’Amazon ne sait pas où ranger. Et s’il ne sait pas le ranger, il ne l’affiche pas.

Imaginez un polar psychologique avec une couverture rose fluo et un titre de comédie absurde. Même si l’histoire est brillante, l’algorithme — et le lecteur — seront perdus. Et quand on est confus, on ne clique pas.

Moralité : trop d’originalité tue la visibilité.

Pourquoi Amazon préfère les livres normés (et pourquoi c’est une chance)

À ce stade, vous vous dites peut-être : « Mais alors, faut-il renoncer à toute créativité ? » Rassurez-vous. Il ne s’agit pas de brider votre imagination, mais de comprendre comment fonctionne l’écosystème dans lequel vous publiez.

Et Amazon (comme n’importe quelle plateforme d’achat) n’est pas un cercle d’écrivains bohèmes. C’est une plateforme algorithmique.

L’algorithme pense en cases

Amazon classe les livres selon des critères simples : genre, sous-genre, mots-clés, comportement des acheteurs. Il ne lit pas votre style. Il ne ressent pas l’émotion. Il détecte des signaux visuels et textuels. Plus ces signaux sont clairs, plus votre livre est recommandé.

Prenons l’exemple des thrillers de Franck Thilliez : couverture sombre, titres percutants, promesse claire. L’algorithme comprend immédiatement. Résultat ? Visibilité maximale.

À l’inverse, un roman qui mélange thriller, poésie, science-fiction et introspection existentielle risque de n’apparaître nulle part.

Ou pire : dans la mauvaise section, face à des lecteurs qui n’en veulent pas.

Respecter les codes, c’est parler la langue du lecteur

Plus vous collez aux codes d’un genre, plus vous êtes facilement repérable. Une couverture de romance doit ressembler à une romance. Un thriller à un thriller. Ce n’est pas du formatage, c’est de la signalétique. Vous ne vendez pas une œuvre d’art contemporaine en galerie, vous proposez une expérience à un lecteur qui veut savoir dans quoi il s’embarque.

Un bon exemple ? Derrière les portes de B.A. Paris. Une intrigue glaçante, une mise en scène classique mais efficace, et une couverture codée “suspense domestique”.

Résultat : explosion des ventes. Pas besoin de réinventer le genre. Il suffit de le servir… et d’y glisser sa touche personnelle.

Un robot bibliothécaire range des livres selon leur taille
Amazon est un robot qui ne comprend que les 1 et les 0. Il n’a pas de place pour « l’inclassable »

Comment doser son originalité intelligemment ?

On l’a vu, être original est une arme à double tranchant. Trop peu, et votre livre se noie dans la masse. Trop, et il devient illisible ou invendable.

Alors comment trouver le bon dosage ? Comment marier créativité et clarté sans perdre votre identité d’auteur ?

Commencez par les codes, puis tordez-les

Chaque genre littéraire a ses conventions : la romance a besoin d’une tension amoureuse, le polar d’un mystère, la fantasy d’un monde riche. En respectant ces fondations, vous rassurez le lecteur. Une fois cette base posée, libre à vous de glisser un élément inattendu : un style, une voix narrative, une fin qui sort des sentiers battus.

Prenons Eleanor Oliphant va très bien de Gail Honeyman. Sur le papier, une histoire de transformation personnelle avec un soupçon de romance. Mais l’originalité vient du ton, du personnage principal et de son regard singulier sur le monde. C’est accessible, mais profondément original.

Autre exemple malin : Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows. Format épistolaire, époque peu utilisée, mais une lecture fluide et réjouissante. Là encore, originalité maîtrisée = succès.

Couverture du livre "Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates"
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Offrez une promesse lisible

Un lecteur décide en quelques secondes s’il va acheter votre livre. Titre, couverture, résumé : tout doit envoyer un signal clair. Il ne s’agit pas de tromper, mais d’annoncer la couleur. Ensuite, vous avez tout loisir de surprendre.

Un excellent modèle : Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire de Jonas Jonasson. Titre loufoque, promesse d’humour assumée, et une histoire aussi absurde que bien ficelée. Le lecteur sait où il met les pieds, et il est ravi de suivre la danse.

Testez avant de publier

Avant de lâcher votre OVNI littéraire sur Amazon, confrontez-le à de vrais lecteurs. Des bêta-lecteurs, fans du genre ciblé, mais aussi des lecteurs occasionnels. S’ils vous suivent, si les retours sont enthousiastes, vous tenez quelque chose. Sinon, revoyez la copie.

Et n’oubliez pas : l’originalité qui plaît à votre cerveau d’auteur ne plaît pas forcément à l’œil du lecteur lambda. Il faut savoir sortir de sa bulle.


Un auteur verse de l'originalité dans son livre avec des pots de peinture de couleurs vives

Être original ne suffit pas… mais c’est indispensable

Alors, faut-il être original pour vendre son livre ? Pas forcément.
Mais faut-il être fade, prévisible et sans relief ? Sûrement pas.

Voici ce qu’il faut retenir :

  • L’originalité, c’est un outil, pas un but. Elle peut être dans le fond ou dans la forme, mais elle doit toujours rester lisible.
  • Trop d’originalité nuit à la visibilité, à la recommandation et au bouche-à-oreille.
  • Amazon adore les livres identifiables, clairs, classables. Ce n’est pas de la censure, c’est de la logique algorithmique.
  • Le bon auteur autoédité est un stratège : il respecte les codes pour mieux les subvertir, il attire l’œil pour mieux captiver.

En clair : soyez lisible pour être lu, original pour être mémorable.

Et vous, où placez-vous le curseur entre originalité et lisibilité ?

Avez-vous déjà écrit un texte dont vous étiez fier, mais que personne n’a compris ? Ou, au contraire, avez-vous fait le choix d’un style plus classique pour toucher davantage de lecteurs ?

Je serais ravi de lire vos expériences, vos doutes et vos réussites dans les commentaires. C’est toujours un plaisir d’échanger entre auteurs passionnés qui cherchent, comme vous, à conjuguer créativité et stratégie.

Partagez votre avis ci-dessous — je vous lis (et je réponds) avec attention.


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6 réponses

  1. En tant que lectrice, ce sont justement les livres auxquels je ne m’attends pas, les livres qui cassent les codes qui me font le plus vibrer ! Ceux que j’ai croisés dans ma vie sont effectivement issus de l’autoédition, et probablement la raison principale qui fait que les ouvrages autoédités constituent 95% de ma PAL.
    Par contre, le les recommande bien volontiers, mais je suis effectivement tombée dessus un peu par hasard, éventuellement suite à des chroniques mitigées, voir négatives (mes préférées !), mais sûrement pas en cherchant « livre original » sur Amazon !

    1. Tu fais partie des lectrices qui donnent espoir aux « originaux ». Mais, comme tu le dis toi-même, il faut chercher ce genre de livre pour les trouver. Il ne faut pas compter sur Amazon pour cela.

  2. Bonjour Jérôme,
    J’ai beaucoup aimé ton article. C’est toujours intéressant à te lire.
    Mes livres publiés sur Amazon ne sont pas des romans ni des polars mais un récit de fait vécu et un livre informatif sur le sujet du Parachutisme. Cependant, tes conseils sont toujours bien accueillis.
    Mes livres se vendent plutôt bien malgré le sujet dont la niche est limitée. En 2024, mes meilleures ventes venaient de France et même d’Angleterre.
    Il y a toujours place à l’amélioration. Un pas à la fois.
    Au plaisir à te lire
    Normande

  3. Pour info, de nombreux romans ayant été des bestsellers mélangent SF/fantastique et thriller. Exemples : Jurassic Park, Sphère, Prisonniers du temps, le Projet K, pas mal de romans de Musso.

    Mon dernier roman est dans ce cas. Un thriller avec de la SF accessible, entre « Retour vers le futur » et « Terminator » (ça va, c’est pas trop à la marge ça ? 😉 ). Pourtant une éditrice me l’a refusé pour cause de « mélange des genres », ajoutant que si « Retour vers le futur » avait été un roman, elle l’aurait refusé pour le même prétexte (alors qu’au cinéma, ça n’a pas été qu’un demi succès populaire…).

    OK pour ne pas faire aussi fou que l’exemple que tu cites, mais bon, écrire un truc à la « Retour vers le futur », ça ne devrait quand même pas être « trop à la marge », même pour l’algo d’Amazon, non ?

    1. Il est vrai que mes exemples sont un peu extrêmes.
      Ce qu’il est important de prendre en compte, c’est avant tout l’impression qu’aura la couverture et la 4e de couverture de ton roman sur le lecteur. Est-ce qu’un lecteur lambda va instantanément savoir quel genre de livre il a entre les mains. Si la réponse est non, alors il y a un problème.
      Un exemple plus nuancé : Imaginons un roman narrant une enquête sur le meurtre d’un seigneur elfe dans un univers à la « Seigneur des anneaux ». Est-ce un roman de Fantasy ? un policier ? Si le lecteur ne le sait pas, il ne l’achètera pas.
      Dans le cas de ton roman (avec le peu d’informations dont je dispose), tu dois choisir à quel genre ton roman correspond le plus : thriller ou SF, en fonction du contenu de ton livre et des attentes de ces deux genres de lecteurs. Un lecteur de thriller recherche du frisson, des cliffhangers, des couvertures sombres et des personnages torturés.
      Un lecteur de SF cherche une vision du futur, des projections dystopique (ou utopique), des univers riches en explications scientifiques…
      Choisis de quoi tu es le plus proche et mise tout dessus.

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