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Quel budget pour l’auto-édition (et comment le réduire)

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Je sais que nous sommes entre artistes et que les artistes ne parlent pas argent, et encore moins budget. Ça fait vulgaire.

Pour la plupart (il y a toujours des brebis galeuses), nous écrivons pour le plaisir. Parce que nous aimons raconter des histoires, faire de jolies phrases et connaître l’inénarrable bonheur de tenir le fruit de notre sueur en encre et en papier entre nos mains fébriles. Si nous faisons quelques euros grâce à cela, tant mieux. Sinon, ce n’est pas grave.

En revanche, les métiers comme ceux de graphiste, imprimeur, correcteur, illustrateur, etc. sont des activités pratiquées à plein temps par des professionnels qui ne travaillent pas pour la gloire, mais pour des euros sonnants et trébuchants… les nôtres.

Alors, soyons vulgaires un instant et posons tout haut la question bassement matérielle qui brûle les lèvres : « Si j’ai 99 % de chance de ne jamais revoir l’argent que je vais investir, quel budget dois-je consacrer à l’auto-édition de mon roman ? »

Voilà quelques éléments de réponse.

Avant de rentrer dans le vif du sujet, il y a deux concepts que tout bon consommateur devrait connaître (car oui, dans le cadre de cet article, l’auteur est avant tout un consommateur).

L’ENVIE ET LE BESOIN

Ils sont les frères jumeaux que l’on croise dans les soap-opéras que regardait ma grand-mère. Tout le monde les confond, ils se ressemblent comme deux gouttes d’eau et pourtant l’un d’entre eux est méchant. Mais lequel ? Tintintiiinnnnnn

Il est très facile de prendre l’un pour l’autre. Il est cependant fondamental de savoir les reconnaître pour contrôler son budget. On doit répondre à un besoin et on peut satisfaire une envie dans la mesure où on en a les moyens.

Imaginez la scène : c’est le mois d’août. Vous vous promenez sur une plage, main dans la main avec votre moitié. Le soleil brille de tous ses feux à travers les verres teintés de vos Ray-Ban. Sur votre gauche, des adolescents font une partie de beach-volley en riant. À droite, des enfants jouent autour d’une fontaine municipale en bordure de route. Vous baignez dans l’atmosphère chaude et légère des vacances d’été. Soudain, vous apercevez un bar accueillant de l’autre côté de la rue. Un groupe de salsa se donne à fond en terrasse et vous commencez à taper du pied au rythme des percussions. Vous raclez votre gorge desséchée. « Viens, on va se prendre un Coca en terrasse. »

D’après vous, où est le besoin ? Où est l’envie ? 2 minutes de vraie réflexion avant de continuer.

Vous avez soif : c’est le besoin. Il est physiologique et inévitable. Vous devez le satisfaire.

Vous voulez un coca en terrasse : c’est l’envie. Vous avez la liberté d’y céder, mais vous n’y êtes pas obligé. Vous pourriez très bien étancher votre soif à la fontaine municipale qui est à quelques mètres (après avoir viré les gosses, bien entendu). Votre besoin serait satisfait et gratuitement en plus.

Il n’y a rien de mal à se faire plaisir, et certains achats non nécessaires peuvent s’avérer très rentables. N’oubliez cependant pas de vérifier que vos moyens vous le permettent. Confondre besoin et envie peut vite faire exploser votre budget.

Vigilance, donc.

LE TRIANGLE QUALITÉ-COÛT-DÉLAI

« On ne peut pas avoir le beurre, l’argent du beurre et le sourire de la crémière. »

Ma grand-mère avait l’habitude de dire cela quand elle ne regardait pas son feuilleton débile, et c’était vrai. Ceux qui ignorent cette règle de base sont toujours déçus par leurs achats qu’ils trouvent trop chers ou trop longs à être livrés ou encore de mauvaise qualité.

C’est normal puisque ces trois éléments : qualité, coût et délai sont les extrémités d’une balance à trois plateaux. Si vous baissez l’un des critères, les deux autres montent automatiquement et vice et versa.

cout qualité délai

Vous devez donc déterminer ce qui compte le plus à vos yeux au moment de votre commande. Si vous demandez une livraison rapide, vous devrez accepter (peut-être malgré vous) une augmentation du prix ou une baisse de la qualité. En exigeant un tarif cassé, vous serez probablement livré après les autres clients ou alors votre prestation sera bâclée.

Personne ne travaille vite, bien et pour pas cher.

Pour prendre un exemple plus près de nos préoccupations, imaginez que vous ayez un manuscrit de 150 pages tout frais qui mérite une correction en bonne et due forme. Vous avez trois options :

1 — Vous faites votre correction vous-même. Ce sera de qualité, car vous voulez le meilleur pour votre ouvrage. Ce sera également gratuit, mais cela vous demandera des semaines de travail, car ce n’est pas votre métier et que vous avez d’autres obligations.

2 — Vous chargez un correcteur en ligne sur un site généraliste de prestations de service (www.5euros.com par exemple) de vous rendre votre manuscrit corrigé pour après-demain. Il vous en coûtera quelques euros et le prestataire vous retournera, dans le meilleur des cas, un document sans faute, mais sans retouche des maladresses et sans avoir relevé les incohérences de votre roman. Imparfait donc.

3 — Vous missionnez un professionnel pour une prestation complète (orthographe, répétitions, incohérences) et avec une échéance contractuelle qui vous convient… mais le devis sera de plusieurs centaines d’euros.

Qualité, coût et délai. L’un des trois doit être sacrifié. À vous de choisir lequel.

LA MÉTHODE DE CALCUL

Les montants indiqués dans le tableau ci-dessous sont, bien sûr, à titre indicatif. Ils vous permettront cependant de vous faire une idée de la stratégie à adopter en fonction de vos propres contraintes budgétaires.

L’hypothèse de départ est la suivante : nous voulons publier un roman de 150 pages (35 000 mots), soit 170 000 caractères espace non comprise (205 000 cec) sur Amazon KDP.

Trois possibilités sont présentées ici :

  • un budget faible (€) avec une publication en eBook exclusivement,

  • un budget moyen (€€) avec publication d’un eBook et d’un broché sans illustration,

  • un budget élevé (€€€) avec publication d’un eBook et d’un broché avec illustrations en noir et blanc.

Ces trois cas de figure ne sont pas limitatifs et vous pouvez tout à fait les mélanger comme bon vous semble.

Les montants indiqués sont des moyennes entre les tarifs d’au moins trois professionnels qui offrent leurs services en ligne ou encore des tarifs relevés sur différents sites. Des liens vers mes sources sont indiqués à chaque poste de dépense.

Afin de ne pas pondre un article de 50 pages, j’ai limité le nombre des postes de dépense aux inévitables : la création d’une couverture, la correction du manuscrit, la mise en page, l’impression des exemplaires papier et les illustrations.

Il peut également y avoir des frais annexes si vous décidez de payer un service de presse, d’organiser un concours, de promouvoir votre livre avec un trailer, etc. Si c’est le cas, n’oubliez pas de les prévoir dans votre budget et d’appliquer les conseils d’achat mentionnés plus bas.

LES POSTES DE DÉPENSES

Budget autoédition

La couverture

Un élément important qui a un impact direct sur l’attrait du livre.

Budget €

Il est possible de faire une couverture sans débourser un seul centime. Il suffit pour cela de trouver une image libre de droits sur des sites comme Pixabay et d’utiliser l’assistant de création de couvertures disponible sur KDP au moment de la mise en ligne de votre roman. Votre couverture finale sera la photo choisie surmontée du titre du roman et du nom de l’auteur. Simple et très formatée, mais cela peut faire l’affaire si votre budget est hyper serré.

Budget €€

Il existe des graphistes sur des sites de prestations généralistes qui vous feront une couverture pour un prix très raisonnable (www.5euros.com est le plus connu). Certains proposent de fournir les images qui serviront de matière, mais ce n’est pas systématique. Il vous faudra peut-être chercher des images libres de droits.

La création d’une 4e de couverture et de la tranche sont toujours des options qui feront un peu grimper le montant de la facture.

Comme mentionné dans les conseils d’achat ci-dessous, votre commande doit être la plus précise possible. Pensez donc à:

  • préciser les dimensions exact du gabarit de votre livre, faute de quoi ce sera à vous de faire l’assemblage en ligne sur KDP. Arrachage de cheveux par grosses poignées garanti.
  • demander que votre couverture soit d’une résolution minimum de 300 dpi (ou 300 ppp). En dessous, la qualité de l’image sera trop basse pour être imprimée.

Sources :

  1. Graphsan

  2. Stratation 

  3. Karima Salmi

Budget €€€

La voie royale du gros budget. Un graphiste professionnel fera les recherches pour vous et vous livrera une couverture au bon gabarit pour toutes les plateformes de distribution (KDP, KOBO, Lulu, etc.) et prête à l’emploi. Un nombre de révisions illimité pour une couverture finale au plus près de l’ambiance et du style de votre roman.

Sources : Site de Julien Dugué, graphiste et illustrateur freelance qui partage son expérience des tarifs en vigueur.

La correction du manuscrit

Voilà LE poste de dépense qui, d’après moi, ne doit souffrir aucune économie. En effet, même si vous êtes un cador de l’orthographe et de la concordance des temps, vous laisserez forcément passer quelques coquilles et incohérences dans votre récit.

Budget €

Vous pouvez faire votre correction vous-même, mais je ne le recommande vraiment pas. L’auteur est sans doute la personne la moins bien placée pour corriger son propre roman. Il est trop impliqué dans l’histoire pour pouvoir se concentrer sur la grammaire et l’orthographe. Quant aux incohérences, il est toujours le plus surpris quand quelqu’un en trouve une 🙂

Budget €€

Encore une fois, les sites de prestations généralistes ( www.5euros.com) peuvent être un bon compromis. Tout dépend sur qui vous tombez. Attention toutefois, la prestation de base est rarement suffisante en termes de quantité et de qualité. Vous devrez prendre de nombreuses options pour obtenir la prestation souhaitée. Pas sûr que ce soit toujours aussi intéressant une fois tout cumulé.

Sources (prestataires sur 5euros.com) :

  1. Hakuna 

  2. Olivier_pro 

  3. Okananas 

Budget €€€

Faire appel à un correcteur professionnel est, sans aucun doute, le choix le plus judicieux pour ce service. Ils offrent toujours un nombre quasi illimité de révisions jusqu’à satisfaction et prennent parfois en charge la mise en page dans le même forfait.

De plus, vous aurez le plaisir de parler de votre roman avec un professionnel souvent sympathique et toujours objectif. Et ça, ça n’a pas de prix. 🙂

Sources :

  1. La plume amie 

  2. La plume de Camelia 

  3. Audrey Martinez 

La mise en page

Budget €

Vous pouvez la réaliser vous-même à l’aide de logiciel gratuit comme Calibre. Sachez que cela vous demandera tout de même quelques compétences et des bases en langage HTML.

Dans ce cas de figure, nous ne parlons que d’une mise en page eBook. Si vous décidez de réaliser la mise en page d’un broché vous-même, le travail sera double, car les formats eBook et broché ne répondent pas aux mêmes exigences de mise en page.

Budget €€

Toujours entre la gratuité et la prestation complète : le fameux site 5euros.com où vous trouverez des personnes en capacité de réaliser votre mise en page pour un tarif très abordable. Cela peut être une très bonne option si votre correcteur ne l’a pas comprise dans son forfait.

Sources :

  1. Housekelly 

  2. Artistika 

  3. Vampirelecture 

Budget €€€

Certains correcteurs ont tout de même ajouté cette flèche dans leur carquois et l’ont intégré dans leurs forfaits correction sans coût supplémentaire (ou modique). Pas de raison de se priver, donc.

Sources : Très aléatoire selon les correcteurs, ce champ est calqué sur celui du budget moyen.

Impression de 100 exemplaires broché

Budgets €€ – €€€

 Le tarif est le même sur les deux budgets (moyen et élevé), car le prix est le même pour une impression en noir et blanc.

Je ne retiens pas l’option de l’impression en couleur, car son coût élevé pose un autre problème : celui du prix de vente du roman.

Pour prendre un exemple simple et concret : l’impression noir et blanc du broché de “Charlie et le magicien invisible” m’a permis de fixer un prix de vente public à 6,99 €. Si j’avais choisi une impression couleur, le prix public aurait dû être de 18 € minimum pour éviter une vente à perte. Qui est prêt à acheter le 1er roman jeunesse d’un illustre inconnu à ce prix ? Personne.

Illustrations

Budget €€€

Très demandées (voire même attendues) dans un roman jeunesse, les illustrations représentent souvent un gouffre financier pour l’auteur auto-édité.

Le travail d’illustrateur est lourd et lent, car il implique des recherches et de nombreux essais et tests. La rémunération demandée est totalement justifiée, mais reste malheureusement réservée aux gros budgets.

Des illustrateurs offrent leur service sur 5euros.com. Cela peut suffire si votre besoin est simple (un seul personnage en noir et blanc sans décor par exemple), mais la facture grimpera vite pour chaque option retenue.

Attention à la résolution des illustrations vendues. En dessous de 300 dpi, la qualité est souvent médiocre dès qu’il s’agit de l’imprimer sur du papier. Il vaut mieux pas d’illustration du tout plutôt qu’un gros tas de pixels informe.

Sources : Site de Julien Dugué, graphiste et illustrateur freelance qui partage son expérience des tarifs en vigueur

CONSEILS POUR BIEN ACHETER

Le meilleur moyen de réduire vos dépenses est de bien acheter. Les coûts cachés sont les ennemis mortels d’un budget sous contrôle, il faut donc leur faire la chasse.

Voici les trois étapes à réaliser avant de choisir un prestataire :

  1. – Définissez vos besoins et vos envies de la façon la plus précise possible et incorporez cette liste dans un message email,

  2. – Envoyez le même message à au moins trois prestataires différents et demandez leurs tarifs et la date prévisionnelle de livraison,

  3. – Comparez les réponses,

Si vous souhaitez aller très vite et ne comparer qu’un seul critère, il faut que ce soit celui du prix. Cependant, je vous déconseille fortement de procéder ainsi. Comme nous l’avons vu plus haut, on n’a rien sans rien. Un prix bas est toujours synonyme de qualité moindre ou de délai plus long. Il faut choisir le mieux-disant : celui qui vous donnera la meilleure qualité au meilleur prix.

Les trois critères de base à comparer sont toujours les mêmes :

Le prix

Cela peut paraître simple, mais vérifiez quand même qu’il soit en euros et TTC.

Rien de plus énervant que de s’apercevoir qu’on doit payer 20 % de plus parce qu’on a oublié la TVA.

La qualité et la quantité

Comparez ce qui est comparable. Ma maîtresse d’école avait l’habitude de dire qu’on ne multiplie pas les choux avec les carottes. Dans le même esprit, on ne compare pas un forfait correction avec espaces et un forfait correction sans espace. Les prix doivent être étudiés toutes choses égales par ailleurs, faute de quoi l’analyse est faussée.

Quelques exemples de questions à se poser :

  • Combien de caractères corrige-t-il pour ce forfait ? Cela comprend-il les espaces ou non ?

  • Le correcteur signale-t-il les incohérences ? Fait-il la mise en page ?

  • Le graphiste fait-il la 4e de couverture ? La tranche ? Me livre-t-il sous le bon gabarit ?

  • Les illustrations seront-elles en couleur ? Sous quelle résolution ?

  • Le trailer m’appartient-il à la livraison ? Ou est-ce que le prestataire conserve les droits de la vidéo ?

  • Le prix inclut-il les frais de transport ?

  • Le nombre de révisions est-il limité ?

  • Est-ce à moi de fournir les images de ma couverture ? Le graphiste fait-il des recherches à ma place ?

  • Comment procède-t-il pour travailler ? Est-ce que sa méthode me convient ? Est-ce que je veux être très impliqué dans la réalisation de la prestation ? Est-ce que je veux qu’il se débrouille tout seul ?

  • Etc.

Le délai

Sous quel délai s’engage-t-il à vous livrer dès qu’il disposera de tous les éléments nécessaires pour réaliser son travail ?

Comme souvent, la règle d’or pour réussir un achat en direct avec un prestataire est l’honnêteté et la transparence. Plus vous êtes clair et exhaustif dans votre expression du besoin et plus le prestataire sera en mesure de vous faire une offre complète et de s’engager en toute connaissance de cause. Cela ne garantit pas que tout se passera toujours bien, mais vous éviterez les malentendus et les mauvaises surprises en évitant les non-dits.

 

Ce long article vulgaire est maintenant terminé. J’espère que vous aurez trouvé des réponses à vos questions vulgaires pleines de sous 😉

N’oubliez pas de me faire part de vos remarques et observations en commentaire et de partager cet article si vous l’avez trouvé utile. D’autres auteurs pourraient y trouver les réponses à leurs questions.

La semaine prochaine, je vous invite à découvrir l’interview de Fanny Broussard, une jeune auteure qui cartonne avec son livre dédié à la défense de la cause animal : « Dans la peau de Kiwi ». Elle nous parlera de son livre et de ses méthodes.

Ciao 🙂


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  1. J’aime beaucoup la manière et la matière dont sont faits les articles ^^ Ce qui m’incite à réfléchir à la manière de répertorier et mettre en valeur les articles et sites les plus intéressants sur mon propre site Internet, afin de les garder sous le coude pour les exploiter ou partager ! A réfléchir, donc !

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