3 livres à lire pendant l’été

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« Pour être un bon auteur, il faut lire ». C’est un débat qui fait souvent rage sur Twitter et Facebook, partageant ceux qui pensent qu’un auteur a besoin d’être plongé dans les mots pour savoir les utiliser et ceux persuadés que l’on peut apprendre à raconter une bonne histoire en regardant un film ou une bonne série.

Personnellement, je pense que les deux affirmations sont fausses… ou plutôt incomplètes, car regarder un film, une série ou lire un roman ne suffit pas. Pour être un bon auteur, il faut lire (ou regarder) de façon critique.

Comment le romancier ou le scénariste a-t-il construit son histoire ? Comment le personnage évolue-t-il ? Par quelles étapes passe-t-il pour grandir ? Quelle technique utilise l’auteur pour nous scotcher à notre fauteuil ? Pour nous pousser à tourner la page ?

Consommer du contenu passivement comme un « simple » spectateur ne vous apprendra rien des subtilités sur la façon de raconter une bonne histoire. C’est avant tout par l’œil du professionnel, ou tout du moins de l’amateur éclairé, que vous devez l’analyser. Repérer ce qui fonctionne, et également ce qui ne fonctionne pas.

Parce que c’est l’été et qu’il faut bien s’occuper sur la plage, je partage avec vous 3 romans que j’ai personnellement lus durant ces derniers mois. Et si je vous en parle, ce n’est pas seulement parce que je les ai aimés (ou adorés 😉), mais aussi parce qu’ils illustrent particulièrement bien un aspect technique de l’écriture de roman.

1 — DÉVOLUTION de Max Brooks pour travailler ses points de vue

Vous connaissez sans doute Max Brooks par son roman post-apocalyptique « World War Z » qui a inspiré l’adaptation cinématographique du même nom (celui où Brad Pitt sauve le monde des zombies — lisez le livre qui est 10 000 fois meilleur).

L’histoire

Dans Dévolution, Max Brooks nous raconte l’histoire d’une petite communauté d’écolo privilégié, Greenloop, permettant de vivre au plus près de la nature, mais avec une technologie de pointe. Quand un proche volcan entre en éruption, Greenloop est soudain coupée du monde, et ses habitants jetés dans une épreuve de survie au jour le jour. Kate Holland relate dans son journal intime comment son petit coin de paradis devient un enfer, surtout quand s’abat sur les survivants un prédateur inattendu : le Bigfoot.

La prouesse technique

Comme pour « World War Z », Brooks nous raconte son histoire au travers d’extraits du journal intime d’une des résidentes de la communauté et d’entretiens entre des témoins des événements et un journaliste.

Raconter une histoire à la première personne comporte ses difficultés, notamment l’impossibilité de narrer tous les événements d’une histoire, le narrateur ne pouvant être partout à la fois.

(Lisez l’article « Écrire un roman à la première personne »)

Mais en utilisant des extraits de journaux intimes et des interviews, Brooks se retrouve face à une difficulté supplémentaire : la quasi-absence de description. Les personnes interviewées et journaux intimes ne décrivent que très rarement la couleur du ciel, le chant des oiseaux ou la température extérieure. S’il l’avait fait, ses points de vue auraient sonné faux et seraient apparus aux yeux du lecteur comme le style de l’auteur et non une narration immersive.

Pourtant Brooks arrivent habilement à nous croquer l’arène de l’action au travers des dialogues retranscrits et des états d’âme de la narratrice.

Pas de description sans fin avec de longues phrases sur la nature luxuriante qui les entoure, les habitations où ils s’abritent ou les créatures qui les attaquent.

Que des indices fragmentaires, et pourtant nous visualisons toujours les lieux et nous savons toujours exactement où nous sommes.

À noter également un thème particulièrement puissant sur notre lien à la nature et notre nature bestiale toujours moins profondément enfouie que nous le pensons.

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2 — AUTRE MONDE de Maxime Chattam pour écrire un page-turner

Je ne présente pas Maxime Chattam, auteur de nombreux thrillers horrifiques qui lui ont valu le titre de « Stephen King français ». Avec « Autre Monde », il s’essaie à la Fantasy avec succès.

« Autre monde » n’est pas un livre, mais une saga de 7 livres découpés en 2 cycles.

Il existe également un Tome 0, « Ambre », qui est un court prequel sur l’un des personnages principaux.

L’histoire

« Autre Monde » nous conte l’histoire de 3 adolescents avec leurs rêves et leur imagination qui sont les témoins, avec de nombreux autres, d’un changement profond qui transforme notre monde. Une mystérieuse tempête fait disparaître la plupart des adultes, l’électricité ne fonctionne plus, les armes à feu ont fondu… Seuls contre un paysage ravagé, des animaux enragés et d’étranges créatures hostiles, ils décident de fuir NewYork à la recherche d’un endroit qu’ils espèrent un peu moins apocalyptique.

La prouesse technique

Maxime Chattam a prouvé à de nombreuses reprises qu’il maitrise parfaitement le rythme de ses récits, mais cette technique est particulièrement visible et efficace dans « Autre Monde » grâce à des chapitres courts et haletants.

Exposition, élément déclencheur, conflits allant crescendo et cliffhanger… chaque scène est parfaitement calibrée selon ce schéma fractal pour nous tenir en haleine et nous pousser à tourner les pages.

Mon conseil pour vraiment comprendre et ressentir ce rythme envoutant : lisez avec quelques surligneurs ou un stylo 4 couleurs à portée de main et surlignez les différentes parties de chaque scène selon leur place dans la structure de l’histoire.

(Lisez l’article : « Comment construire un arc narratif »)

À noter également, des personnages immédiatement attachants et ce malgré le fait que l’auteur ait opté pour un point de vue omniscient (réputé pour mettre de la distance entre le personnage et le lecteur).

Cela est dû à l’innocence, parfois la naïveté des adolescents, mais également à leurs vertus (courage, persévérance, ingéniosité) et à leur vulnérabilité. Nous avons envie de leur ressembler autant que nous voulons les protéger (mais c’est peut-être le papa qui parle 😉).

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2 — LE VIEIL HOMME ET LA GUERRE de John Scalzi pour susciter les émotions

John Scalzi est un auteur de science-fiction américain bardé de récompenses en tout genre et connu pour sa capacité à vulgariser la science au travers de ses romans. Ces derniers sont souvent peu appréciés des amateurs de Hard Science-fiction qui aiment voir des théories et des formules mathématiques à toutes les pages, mais grandement appréciés par ceux qui, comme moi, veulent lire une histoire et non un incompréhensible traité scientifique.

« Le vieil homme et la guerre » est également une saga en 6 volumes entrant nettement dans le sous-genre de Science-fiction militariste, mais le premier tome se termine sur une fin fermée et peut donc être lu comme un « one shot ». D’ailleurs c’est, d’après moi, le meilleur des 6 tomes.

(Lisez l’article « Comment finir une histoire : 6 astuces pour une fin idéale »)

L’histoire

John Perry est un veuf de 75 ans qui n’attend plus rien de la vie à part la mort. Après avoir visité la tombe de sa femme, il s’engage… pour la guerre. En effet, les Forces de défense coloniales Terriennes recrutent, et elles ont un argument du genre costaud : contre l’engagement, c’est une nouvelle jeunesse qui est offerte. Un nouveau corps. Et, par la suite, le statut de colon expatrié sur une planète que l’humanité veut posséder. Seulement voilà, John va bientôt découvrir que tout n’est pas aussi simple que sur le papier, et qu’il va lui falloir mériter cette nouvelle peau, bien plus qu’il ne l’avait espéré.

La prouesse technique

Le vieil homme et la guerre est un formidable catalyseur à émotions, et John Scalzi démontre qu’il peut tout autant manier la tension, avec des passages militaires purement absorbants, que l’ironie voire le second degré avec un certain panache. Pas que le destin de John Perry soit des plus drôles, loin de là, seulement on apprécie certains dialogues bien croustillants.

Une fois sur le terrain, ça défouraille à la façon « Starship Troopers », mais si on s’investit autant dans John Perry, c’est parce que ce qui intéresse l’auteur, c’est avant tout l’humain et sa propension à se croire au sommet de toute chaîne, alimentaire ou non.

Le Worldbuilding est assez peu développé, ce qui est surprenant en science-fiction, et pourtant cela ne manque pas au lecteur, car il est embarqué avant tout dans une aventure humaine et non un space opera grandiloquent.

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Ce choix de lectures est, vous vous en doutez, très inspiré de mes goûts personnels. Pour autant, au-delà de passer simplement un bon moment, vous aurez avec ces livres l’opportunité de découvrir et d’étudier les techniques de leurs auteurs et de les reproduire (ou de vous en inspirer) pour vos propres romans.

Et vous ? Qu’allez-vous lire cet été sur la plage ? Dites-le-moi dans les commentaires.

Bonne lecture, et bonnes vacances 😉


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8 commentaires sur “3 livres à lire pendant l’été”

  1. Je n’arrive plus à lire en dehors des temps de transport en train, c’est dramatique. Et j’ai arrêté de lire pendant que j’écrivais, hormis 2-3 exceptions, soit de 2011 à 2021 ! Je n’arrive pas à faire deux choses en même temps…

    Mais clairement ce sont toutes les lectures et les visionnages que j’ai fait, de mon enfance jusqu’à 2011 qui ont alimenté mes écrits, consciemment ou inconsciemment, et surtout des structures de scénarios. Ce que j’ai écrit, je savais que je ne l’avais ni lu ni vu ailleurs. Bon, tout ça s’est fait inconsciemment par contre, je n’ai pas analysé objectivement ce qui me plaisait dans ces oeuvres et ce que j’allais réutiliser, ça s’est fait juste comme ça dans ma tête.

    Je recommence à travailler sur Paris, donc je vais me remettre à lire. Là j’ai fini un roman en anglais qui est aussi composé de de journaux intimes et de « retranscriptions » de fichiers audios, Together We Will Go. Effectivement, le risque de ce genre de bouquin, c’est que tous les personnages ont un peu la voix de l’auteur, mais bon, quand on aime sa voix, on ne compte pas ! 🙂

    (5/5)
  2. Merci beaucoup pour cet article… comme d’habitude !
    « A la fin de l’envoi, il touche ! »
    Je ne saurai que choisir d’après les sujets exposés. Un choix implique un renoncement donc la conclusion s’impose d’elle-même.
    Bon, pour ma part, je viens de finir « Changer l’eau des fleurs » entre sourire et larmes (pleins) (roman acheté durant une de mes séances de dédicaces !!! Oui oui, j’en profite pour écumer les rayons pendant midi et deux) et j’enchaine avec « Rendez-vous avec le crime » de Julia Chapman.

    (5/5)
  3. Bonjour Jerôme,

    Pour cet été je vais lire court et utile :
    – La fabrique du suspense, de Michel Bussi,
    – Le plaisir de la peur, de Franck Thilliez.

    Deux petits ouvrages où leurs auteurs livres quelques-uns de leurs secrets.

    Je vais surtout corriger et réécrire mon 4e roman pour qu’il sorte debut 2023 (je vais encore manquer la période de Noël mais je ne maîtrise jamais le temps qu’il me faut pour sortir un livre). Cela prend du temps de réécrire et corriger et n’en laisse pas trop pour autre chose…

    Je lis plutôt dans les périodes entre deux écritures de roman, pour me ressourcer.

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