Comment construire un arc narratif

Comment construire un arc narratif
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L’arc narratif (appelé aussi arc dramatique) est commun à toutes les histoires, quel que soit leur support. Que l’on parle série, film, roman ou pièce de théâtre, il est la colonne vertébrale de toute narration construite et cohérente.

Il n’a rien à voir avec le plan d’un roman, et ce n’est pas non plus son intrigue. Même le plus grand jardinier de l’histoire du 5e art est, consciemment ou non, obligé de suivre une structure. Un bon arc narratif est vital pour que le lecteur accroche à votre roman du début jusqu’à la fin et soit satisfait par la conclusion que vous donnez à votre histoire.

Mais alors, si ce n’est pas l’intrigue et si ce n’est pas le plan, qu’est-ce que c’est ? À quoi ça sert ? Et comment le construire ?

L'arc narratif commence par poser les choses
Image par Elias Sch. de Pixabay

Qu’est-ce qu’un arc narratif ?

L’arc narratif est le terme qui décrit la progression complète d’une histoire. C’est la vision globale de votre récit. Il prend généralement un aspect visuel sous la forme d’un graphique (généralement une pyramide, une colline ou un arc) qui nous rappelle les cours de math du collège, mais en plus intéressants (enfin, c’est mon avis;) ).

Dans un arc narratif, il est souvent (mais pas toujours !) convenu que le début de l’histoire sera calme, suivi d’un milieu chargé en tension, en conflits entre les personnages et en élan dramatique jusqu’à atteindre un pic, après quoi la fin voit la résolution du conflit.

Vous connaissez très probablement des dizaines de formes d’arc narratif sans le savoir : un gars rencontre une fille, le gars perd la fille, le gars retrouve la fille. Il n’y a pas plus basique, mais c’est un bon exemple.

Ajouter de la complexité à une histoire est ce qui différencie un roman d’un autre, même si les deux livres parlent plus ou moins de la même chose.

L’arc dramatique sous sa forme la plus simple est très similaire à une pièce de théâtre en trois actes :

  • Acte I : Vous présentez le contexte, les personnages principaux et les premiers germes du conflit.

  • Acte II : Vos personnages changent et évoluent en réponse aux conflits et aux circonstances. Ils font tout pour résoudre leur problème et atteindre leurs objectifs. Les conflits continuent de prendre de l’ampleur jusqu’à un apogée : le climax.

  • Acte III : Les personnages résolvent leur problème et c’est la fin de l’histoire.

Quelle différence entre un arc narratif et une intrigue ?

Alors que l’intrigue est composée des événements individuels qui composent votre histoire, votre arc dramatique est l’enchaînement de tous ces événements.

L’instant métaphore : Imaginez que chaque scène de votre roman soit une carte à jouer. Vous les empilez les une sur les autres pour créer votre histoire. Votre pile de cartes représente l’intrigue de votre roman, mais l’ordre dans lequel vous les avez empilés est votre arc narratif.

Réfléchir à votre arc narratif est essentiel, car c’est en le faisant que vous verrez si une des scènes placées au début appartient plutôt à l’acte III, ou si vous avez trop de scènes consacrées à un conflit interne au détriment du conflit externe.

Ordonner votre intrigue en un arc narratif cohérent aide votre lecteur à naviguer dans votre histoire et vous permet de le mener là où vous voulez et quand vous le voulez.

Si vous maîtrisez votre arc narratif, vous contrôlez la situation.

Et l’arc de personnage ?

L’arc narratif est à l’histoire ce que l’arc du personnage est au… heu, personnage.

Le premier déroule l’intrigue sur une plus grande échelle, alors que le second est le voyage intérieur qu’un personnage va faire tout au long du déroulement de l’histoire (car n’oubliez pas que votre histoire va changer les personnages).

Les deux se font simultanément et en complète symbiose. L’avancement de votre histoire sur l’arc narratif va déterminer si votre personnage se rapproche ou s’éloigne de ses objectifs et de ses désirs. Les circonstances et les conflits auxquels vos personnages sont confrontés font partie de l’arc dramatique, mais la façon dont les personnages relèvent les défis et changent en conséquence est le territoire de « l’arc des personnages ».

Un exemple (Alerte au spoil) : Dans l’excellentissime série Breaking Bad, Walter White est un prof de chimie de lycée inoffensif qui se voit diagnostiquer un cancer. Pour assurer l’avenir de sa famille, il se lance dans la production et la vente de drogue méta-amphétamine. Son business va successivement l’amener au mensonge, à la menace, au vol et au meurtre. À la fin des 5 saisons, il est devenu l’homme le plus recherché du Nouveau-Mexique et a perdu tout ce pour quoi il avait commencé, c’est-à-dire sa femme et ses deux enfants.

En simplifiant : le mensonge, la menace, le vol et le meurtre sont des éléments de l’arc narratif. La transformation de Walter White de prof de chimie inoffensif en baron de la drogue cruel et sans pitié est l’arc du personnage. L’un ne va pas sans l’autre.

Image par Pexels de Pixabay

Construire un arc narratif

Vous vous souvenez des trois actes ? C’est la forme très simplifiée d’un arc narratif évidemment, mais elle est très connue et souvent développée en 5 actes et représentée graphiquement sous la forme d’une pyramide.

La pyramide de Freytag

Nous devons la découverte de l’arc narratif à Gustav Freytag, un romancier allemand du XIXe siècle. En 1863, il a dégagé le schéma caractéristique des intrigues de son époque et il en a déduit que chaque histoire passe par 5 étapes : l’exposition, l’action croissante, le climax, l’action décroissante et le dénouement.

La pyramide de Freytag n’est pas le seul arc narratif qui existe. Il y en a d’autres : In Media Res, le voyage du héros… Mais c’est un outil très pratique pour expliquer les arcs narratifs, alors je vais me concentrer sur celui-ci pour la suite.

L’exposition

C’est l’introduction de votre livre, celle qui correspond à l’Acte I de votre arc narratif. C’est dans cette partie que vous allez poser les choses en donnant des informations sur le contexte. Votre lecteur va faire la connaissance de votre personnage principal, de votre univers, du lieu et de la période de votre histoire. C’est également le moment de planter la graine qui générera le conflit sur lequel sera basée votre histoire.

En d’autres termes, vous mettez la table, mais le dîner n’a pas encore été servi même si, à l’odeur, vous avez une petite idée du menu.

Pour savoir quels éléments aborder dans votre phase d’exposition, répondez aux 5 questions de base : Qui ? Quoi ? Quand ? Où ? Et Comment ?

Voici les trois incontournables :

– Les personnages : Qui sont-ils et comment les différencier les uns des autres ?

– Le monde : Où votre histoire se déroule-t-elle et quand ? Sur quelle planète ? À quelle époque ?

(Lisez l’article : Créer un monde imaginaire avec le worldbuilding)

– Le ton : dans quoi allez-vous embarquer votre lecteur ? Une romance fleur bleue qui se transforme soudainement en invasion zombie apocalyptique pourrait décontenancer votre lecteur.

La longueur de votre exposition va, bien sûr, dépendre de la longueur de votre livre. Mais j’ai tendance à croire que, aujourd’hui, les lecteurs ont tendance à vouloir rentrer rapidement dans le feu de l’action. Je serais donc d’avis de ne pas trop s’étendre sur cette partie, mais ce n’est là qu’un avis personnel.

Attention !

Il faut ce qu’il faut quand même. N’allez pas me bâcler l’exposition en deux pages pour enchaîner tout de suite avec des scènes de sexe ou des combats au sabre laser (les deux raisons valables de lire un livre;) ).

N’oubliez pas la sacro-sainte règle du « Show, don’t tell » (Montrez, n’expliquez pas) qui veut que votre présentation soit intégrée dans votre histoire et non platement déroulée dans une introduction qui tient plus de la liste de course que de la littérature.

C’est une erreur très courante chez les auteurs débutants et c’est souvent ce qui me fait refermer définitivement un livre avant la 2ᵉ page.

(Lisez l’article : “Montrez, ne dites pas: comment respecter la règle d’or“)

L’

L'élément déclencheur, ce par quoi tout commence
Image par kiwikong de Pixabay

L’action croissante

Une histoire tient plus de l’océan déchaîné que du lac de montagne. S’il n’y a pas de ride à la surface de l’eau, on s’ennuie.

Le début de l’action commence généralement avec ce qu’on appelle « l’incident déclencheur » (ou « élément déclencheur »). C’est l’événement ou l’action d’où vont découler toutes les complications qui vont suivre : le cancer de Walter White, l’arrivée des Droïdes sur la planète de Luke, le moment où Juliette rencontre Roméo, etc.

L’incident déclencheur est ce qui va sortir le protagoniste de son monde « normal » pour le propulser dans le monde « anormal » et débuter une série d’événements qui vont le mettre en difficulté.

Maintenant que votre exposition a posé vos personnages et les sources de conflit, il est temps pour vous de :

– développer vos personnages et les relations qu’ils entretiennent en leur donnant de la profondeur,

– augmenter la tension en opposant des obstacles et des épreuves toujours plus difficiles entre le protagoniste et l’antagoniste.

Pour garder le lecteur en haleine, un moyen très efficace consiste à considérer chaque conflit de l’action croissante comme un mini arc narratif avec ses propres expositions, climax et dénouement avant de recommencer le même schéma avec le prochain conflit. Le lecteur est ainsi embarqué dans un ascenseur émotionnel en mouvement permanent et n’a jamais le temps de s’ennuyer.

Si vous suivez ce conseil, votre pyramide de Freytag ressemblera à cela :

Arc narratif: Pyramide de Freytag

Le climax

Un bon climax (ou point culminant) repose sur tout ce qui l’a précédé. Les intrigues, les objectifs, les désirs et les arcs des personnages se retrouvent et sont soigneusement emballés ensemble. C’est le point de convergence où la tension arrive à son paroxysme et dans lequel tout se rejoint en un « clic » satisfaisant.

D’un autre côté, un mauvais point culminant est le moyen le plus simple pour qu’un lecteur se sente trompé et jette votre livre au mur. Il utilisera votre roman pour caler une armoire, ou pire ! Et il n’achètera plus jamais un de vos livres.

Le point culminant est donc l’une des parties les plus importantes de votre histoire. Bien que ce soit le début qui vende « ce roman », c’est le point culminant qui va vendre « le prochain ».

L’action décroissante

Vous avez fait monter la pression et tout a fini par exploser en un magnifique bouquet final qui a fait faire des « Oooooh ! » et des « Aaaaah ! » à votre lecteur.

Mais vous n’allez pas vous arrêter là, non ? Stopper l’histoire juste après le climax reviendrait à faire ce que j’appelle une fin « en queue de poisson ». On pourrait croire que ce genre de fin est une bonne façon de terminer sur une ouverture, mais ce n’est pas le cas. Elle laisse juste un goût amer en bouche et un sentiment de frustration.

(Lisez l’article : Comment finir une histoire: 6 astuces pour une fin idéale“)

La règle à suivre est simple : tout ce qui est monté doit redescendre.

Maintenant que Frodon a jeté l’anneau unique dans le feu de la montagne du destin, nous voulons savoir s’il va pouvoir rentrer en sécurité dans la Comté. Nous voulons savoir si Aragorn sera sacré roi du Gondor et si Sam avouera son amour à Rosie.

Tout cela vient après le climax et sert de pont vers la conclusion, le dénouement de votre histoire.

Deux conseils pour cette étape :

  • Dans « Action décroissante », il y a « action ». Ce n’est pas parce que le climax est terminé que rien ne doit se passer et votre protagoniste doit toujours être en mouvement.

  • C’est généralement à ce moment que l’auteur résout tous les intrigues secondaires et petits conflits. Si vous ne voulez pas laisser votre lecteur sur sa faim, c’est le moment ou jamais.

Le dénouement

Appelé aussi « résolution », c’est le moment où Frodon embarque sur le bateau des elfes, où Walter White rend son dernier soupir et où Ishmael est secouru en mer.

C’est le gros nœud rouge qui termine l’emballage. Votre lecteur peut à nouveau respirer et conclure votre roman avec satisfaction.

Image par SplitShire de Pixabay

Est-ce que la pyramide de Freytag fonctionne avec toutes les histoires ?

L’histoire est parsemée de romans qui ont inversé la tendance. « Sur la route » de Kerouac, ne possède pratiquement aucun arc narratif tandis que « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur » possède sans doute deux arcs (les arcs de Tom Robinson et Boo Radley).

Tout ça pour dire que l’arc narratif n’est pas quelque chose de figé. Il y a énormément de place pour l’explorer et le modifier. Perturber les attentes du lecteur n’est pas toujours une mauvaise chose, mais s’en éloigner nécessite une excellente compréhension des arcs narratifs. Après tout, on ne commence à improviser sur un piano qu’une fois les gammes maîtrisées.

Au final, voilà ce que fait un arc narratif : il donne une forme à votre histoire. Il existe bien d’autres formes d’arcs dont je parlerai ici prochainement. Pour ajouter plus de dimensions à votre histoire, vous pouvez aussi expérimenter l’utilisation de sous-intrigues. Elles fonctionnent comme des mini-arcs, bien qu’elles doivent toujours viser à contribuer à l’arc principal d’une manière ou d’une autre.

Vous avez des questions sur l’arc narratif ? Laissez-les ci-dessous — et si vous souhaitez partager vos propres expériences, faites-le dans les commentaires en dessous.


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