Créer un monde imaginaire avec le Worldbuilding

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Auteurs de science-fiction et de romans fantasy ou fantastique, j’ai un article et un cadeau pour vous. Avant le cadeau, je vais vous parler de ce sujet a-bso-lu-ment passionnant et fascinant qu’est le worldbuilding (ou comment créer un monde imaginaire). Un art riche (à tendance mégalomaniaque) ayant pour seule limite celles de votre imagination et de votre curiosité.

Pour les allergiques à la langue de Shakespeare, worldbuilding signifie littéralement « construction de monde », et c’est exactement ce que c’est. Le plus souvent utilisé dans le cadre de la création d’un monde totalement imaginaire ou d’une réalité alternative, le travail de worldbuilding est la garantie que votre histoire se déroulera dans un univers riche, fonctionnel et surtout cohérent tout au long de votre récit.

Le monde magique d’Harry Potter, la terre du milieu, Panem, Westeros, Eurasia, l’Entre-deux-mondes, etc. tous ces mondes sont riches en possibilités et en détail. Mais si chacun d’eux est fondamentalement différent dans son contenu, ils ont tous un invariable point commun : ils obéissent à des règles. Pas de cyborg à Poudlard, pas de sorcier à Panem et pas d’Hobbit à Eurasia.

Ils auraient pu en avoir ! Mais leur fonctionnement en aurait été profondément changé, et les livres qui leur donnent vie auraient été très différents.

Tout comme la création des personnages, les lieux de votre roman ont mieux à offrir qu’une description bidimensionnelle qui prend fin au bout de la ligne. Il est souvent recommandé d’inventer un passé riche aux personnages, même si ce passé n’est pas utilisé dans le récit. Il en va de même pour les lieux et leur environnement, à ceci près que les domaines sont bien plus larges et plus variés : lois de la physique, histoire, géographie, faune, flore, climat, économie, société, politique, technologie, culture, religion, armement, magie… En véritable entité omnipotente, c’est un monde entier que vous avez la capacité de créer (mais cela vous prendra sûrement plus de 7 jours  😉  ).

En règle générale, vous trouverez que les éléments de votre monde trouvent leur place bien plus facilement dans l’histoire si vous avez de solides fondations sur lesquelles les poser. Mais il est également possible de tout inventer au fur et à mesure. Alors, comment faire ?

I — Créer un monde au fur et à mesure ou à l’avance ?

Est-ce l’éternelle question sur le jardinier et l’architecte ? Non.

Ce n’est que mon analyse modeste et personnelle, mais ce choix aura un impact direct sur l’orientation de votre livre.

Comprenons-nous bien, je ne dis pas qu’il y a une méthode meilleure que l’autre. Je dis simplement qu’une méthode fonctionnera mieux que l’autre en fonction du livre que vous voulez écrire.

En créant un monde au fur et à mesure, vous le découvrirez en même temps que vos personnages. Vous serez donc plus à même de vous en émerveiller et d’en découvrir la beauté et les trésors cachés. Idéal lorsqu’il s’agit de propulser un candide dans un environnement inconnu.

En revanche, si vous cherchez à développer un concept ou un contexte particulier, il vaut mieux en anticiper tous les tenants et les aboutissants avant d’écrire afin d’éviter les incohérences qui vous obligeront peut-être à tout revoir plusieurs fois. Dans ce cas, un travail en amont vous évitera bien des déboires.

Comme d’habitude, chacun est libre de ses choix.

II — Par quoi commencer ?

Créer un monde peut sembler être une tâche titanesque, irréalisable, si grande qu’on ne saura jamais par où commencer. La réponse à cette question est simple : par le début.

Non ! Ne me jetez pas des tomates tout de suite. Promis, je ne me fous pas de vous !

Votre cheminement peut aller du macro au micro ou du micro au macro.

Point de départ macro

Vous partez du plus large, c’est-à-dire du concept qui fait de votre monde imaginaire un univers si particulier. Ensuite, vous posez un cadre plus petit qui tient compte des conséquences de votre postulat de départ, puis un autre cadre plus petit qui tient compte du précédent, etc., etc., jusqu’à arriver au point de détail.

Ce concept de départ peut être n’importe quoi : une loi de la physique particulière, la faune, un modèle de société, une religion, etc. L’important est d’en tirer les conséquences sur le monde et ses habitants. En quoi cela va-t-il les impacter et comment cela va jouer dans votre histoire ?

Exemple :

  1. Une société où l’homme a découvert le secret de l’immortalité,
  2. Si tout le monde est immortel, il y a risque de surpopulation
  3. Pour éviter la surpopulation, le gouvernement doit prendre des mesures pour « réduire » le nombre d’habitants,
  4. Le gouvernement met en place une loterie qui tire au sort les personnes qui doivent mourir pour faire de la place aux autres,
  5. Problème : les tirés au sort ne sont souvent pas d’accord, et tentent d’échapper à leur injuste condamnation,
  6. Une profession de bourreau de type « chasseur de prime » est créée pour chercher, localiser et abattre les malchanceux tirés au sort.

Ce ne sont là que les très grandes lignes d’un monde dont beaucoup de détails restent à inventer, mais nous avons la base de travail.

Point de départ Micro

À l’inverse du précédent, vous partez d’un point de détail, du plus petit, et vous élargissez jusqu’au cadre le plus large et le plus global possible.

Là encore, ce détail peut-être n’importe quoi. Cela peut être un personnage qui vous plaît, une capacité magique ou physique des habitants, un événement particulier précis (catastrophe naturelle, rite religieux, élection, etc.).

Ici, la question à se poser est double. Ce détail est-il un effet des lois naturelles de ce monde imaginaire ou bien est-il en décalage avec elles ?

Exemple : Un jeune garçon possède la capacité de contrôler le feu

Dans le cas où il s’agit d’un effet d’un contexte plus large, ce garçon vient d’un monde où le contrôle du feu est monnaie courante. Peut-être une société dans laquelle la hiérarchie est basée sur le degré de contrôle de cette capacité. Où seuls des « sangs purs » ont ce pouvoir et s’en servent pour imposer leur loi au petit peuple.

Dans le cas où cette caractéristique est en décalage avec le contexte, le garçon naît dans un monde où le contrôle du feu n’est qu’un mythe. Un univers où ce type de magie n’existe pas ou n’existe plus. Il fera donc figure d’anomalie.

Comme vous le sentez

Quoi qu’il en soit, vous devez partir de votre idée de départ qu’elle soit micro ou macro et quelle que soit sa nature. Le linguiste qu’était Tolkien est parti de son invention du langage des elfes pour créer la Terre du Milieu. Pas d’un concept, pas d’un personnage, mais d’une liste de règles grammaticales fictives et de syntaxe imaginaire.

Si les esprits scientifiques se régaleront d’imaginer des théories pointues de voyage supraluminique et d’effets gravitationnels entre les planètes, les politiciens s’éclateront en inventant des utopies ou dystopies sociétales, les historiens se lanceront dans l’uchronie et les geeks s’inventeront des capacités magiques ou surhumaines… Bref, mon conseil en la matière est de suivre votre domaine de prédilection ou centre d’intérêt du moment. Il n’y a pas d’ordre préétabli par lequel commencer. L’important est d’arriver au bout, alors faites-vous plaisir.

III — Comment faire pour créer un monde ?

Se poser des questions

Quand vous aurez déterminé votre point de départ, vous voudrez travailler pour créer les détails qui feront de votre monde imaginaire un endroit cohérent et convaincant. La meilleure façon de faire cela est de se poser une série de questions sur les différents aspects de votre monde.

Imaginez que vous deviez décrire votre pays à un étranger qui n’y a jamais mis les pieds, ou encore décrire la planète terre à un touriste alien de passage. Comment expliqueriez-vous à quoi cela ressemble ? Comment sont les paysages ? Comment est le climat ? À quoi ressemblent les diverses races d’êtres vivants qui la peuplent ? Leur valeur ? Leur coutume ? Quelles sont les forces qui dirigent votre planète ? Ses dirigeants ? Son économie ? Son découpage frontalier ? Les relations entre les peuples ? Les technologies utilisées ?

Si l’infinité de questions à traiter vous donne le tournis, ne vous inquiétez pas, c’est normal. C’est pourquoi il vaut mieux se créer d’abord une liste de questions de base avant de se lancer dans la rédaction de leurs réponses. Il existe de nombreux modèles de création de worldbuilding partout sur le net.

Heureusement pour vous, le modèle téléchargeable le plus proche est juste en bas de cet article 😉

Le plus important à garder à l’esprit, c’est que même si votre monde est magique ou utilise une technologie totalement imaginaire, il doit être régi par un ensemble de règles et par une logique que vous aurez définie et que vous devrez respecter continuellement au moment de l’écriture du roman. La nature fictive ou fantastique de votre univers ne peut pas être utilisée comme une excuse pour rompre cette continuité. Si vous enfreigniez cette règle, vous briserez non seulement la cohérence de l’univers de votre roman, mais également la confiance que le lecteur a placée en vous. Et ça, c’est une erreur qui ne pardonne pas.

S’inspirer du réel

Même si vous avez une imagination débordante, vous ne serez pas en mesure de créer tout un monde en ne partant de rien. Même inconsciemment, votre imagination tirera son inspiration de choses et de concepts que vous connaissez pour les transformer, les réduire ou les amplifier. Votre connaissance du monde réel sera, peu ou prou, la base de votre travail créatif (comme toujours d’ailleurs).

Après tout, le célèbre mur de glace des livres de Gorges R Martin est directement inspiré du mur d’Hadrien du sud de l’Écosse. Il a juste été (un peu) adapté.

Une autre solution est de créer votre monde imaginaire de façon parallèle au monde réel ou à un endroit bien connu. C’est un excellent moyen de créer du contraste avec votre univers et c’est une source généreuse d’enjeux et de conflits. L’exemple le plus connu est sans doute l’univers magique d’Harry Potter. Ce monde magique est caché, mais côtoie en permanence notre Angleterre contemporaine.

Et si ?

Voilà sans doute les deux mots les plus puissants qui existent pour l’exercice du worldbuilding. C’est la question de base sur laquelle reposera toute votre histoire et qui générera les conséquences et tous les éléments de votre univers.

– Et si l’Allemagne nazie avait gagné la 2e guerre mondiale ? (Fatherland – Robert Harris)

– Et si notre planète et ses habitants avaient évolué différemment ? (La planète des Singes – P. Boulle)

– Et si un aspect fondamental de nos vies changeait soudainement ? (World War Z – Max Brooks)

– Et si nous inventions une technologie qui pouvait accomplir de merveilleuses ou terribles choses (Jurassic Parc – Michael Crichton)

– Etc.

C’est LA question à se poser pour développer les particularités entre votre monde et le monde réel. La réponse à cette question sera la source du changement, de l’enjeu et des conséquences que vous traiterez dans votre histoire.

Faire des recherches

Ceux qui pensent que créer un monde imaginaire est un bon moyen d’éviter le travail de recherche se trompent. Non seulement cela ne vous en exonère pas, mais vous devrez connaître vos sujets sur le bout des doigts si vous voulez pouvoir vous en inspirer de façon convaincante.

Que vous ayez imaginé une réalité alternative du monde réel ou revisité un événement historique à votre sauce, vous devez en apprendre autant que vous le pouvez sur la vraie version pour pouvoir l’arranger à votre sauce. Comme pour la pratique d’un instrument de musique, il vous faut connaître la gamme avant de pouvoir composer.

Même si vous souhaitez créer un monde totalement imaginaire, vous aurez toujours besoin de réaliser un minimum de recherches sur les effets d’une loi de la physique, un comportement animal ou autre. Ces recherches vous donneront souvent le détail qui rendra votre univers réaliste à vos yeux et à celui du lecteur.

À vos crayons !

Il m’arrive de taquiner le fusain ou le crayon HB de temps en temps. Je ne suis pas très bon (voire même médiocre), mais je suis de ceux qui pensent qu’une image vaut parfois mille mots.

Créer un monde est une excellente opportunité pour cela. Vous pouvez tracer les esquisses d’un type d’architecture, de tenue vestimentaire ou, et c’est le plus courant, la carte de votre monde avec ses montagnes, ses vallées et ses rivières. Très pratique pour ne pas vous perdre vous-même dans l’immensité de votre univers, et certains lecteurs adorent avoir ce point de repère en début de roman.

Personnellement, je m’en suis également beaucoup servi pour la conception des créatures qui peuplent mon monde. La biologie et la théorie de l’évolution répondent à une logique. Un être vivant développe tel membre ou telle habileté pour répondre à un besoin naturel (dormir, manger, chasser, se protéger). Un dessin permet de valider ou non un concept : ma créature tiendra-t-elle en équilibre sur deux pattes si elle possède une gueule de six mètres de large à l’avant et une minuscule queue à l’arrière ? Comment pourra-t-elle attraper ses proies ainsi faite ? Comment va-t-elle se déplacer ?

Avec un dessin, vous verrez tout de suite si quelque chose ne fonctionne pas et vous serez en mesure de le corriger.

IV — Les dangers du worldbuilding

Lui consacrer trop de temps

Lorsque je me suis mis sérieusement au worldbuilding, j’avais évidemment une histoire en tête. Je voulais lui construire un cadre solide et exhaustif avant de commencer à l’écrire. J’ai donc passé du temps, beaucoup de temps à peaufiner les détails, les paysages, les modes de vie des habitants de mon monde, ses lois naturelles, etc.

Il m’a ensuite fallu travailler sur les points « habituels » de l’écriture d’un roman (lisez l’article “Les 16 étapes pour écrire un roman“). La construction des personnages, la structure, etc., et avant que j’ai fini toutes ses étapes essentielles à l’écriture, je commençais à m’être lassé de mon histoire avant même de l’avoir écrite.

Vous est-il arrivé, étant enfant, de préparer un jeu qui vous semblait être le meilleur jeu de toute l’histoire et de tout laisser tomber, le jeu à peine commencé, car votre enthousiasme était retombé ? Dépensé dans l’énergie nécessaire à son installation ? C’est plus ou moins le même principe. Même si faire du worldbuilding est une activité créatrice fascinante et grisante, n’oubliez pas que le but de tout cela, c’est d’écrire votre histoire.

Alors, consacrez-y le temps qu’il faut, mais pas plus.

Écrire un manuel scolaire

Quand on a bossé pendant des heures sur un worldbuilding particulièrement bien monté, on a envie de le montrer. Rien de plus normal. Nous voulons faire profiter le lecteur de chacun des détails auxquels nous avons pensé, tout seul devant notre écran. Si nous ne le faisons pas, ces petites merveilles resteront inconnues, gâchées, jetées dans la grande poubelle des idées.

Effectivement. Mais vous savez quoi ? Tant pis.

Le monde que vous avez créé, aussi magnifique et solide soit-il, n’est pas le héros, le sujet ou le thème de votre roman. Il n’en est « que » l’environnement. Il est là pour donner un contexte à votre récit et pour vous aider à dégager des conflits et créer des enjeux. Bref, il est là pour servir l’histoire. Et si ces merveilleux petits détails n’ont pas leur place dans cette histoire, s’ils ne contribuent pas à faire avancer la narration, il faut les laisser tomber. C’est dommage, mais c’est ainsi.

Si vous ne le faites pas, vous risquez de vous retrouver très vite avec une liste de faits et d’explications qui ressemblera à un manuel scolaire traitant d’un pays où personne n’ira jamais.

Le meilleur moyen d’éviter cela est de s’attacher à montrer et non à expliquer. Les meilleurs récits d’histoire viennent d’une approche subtile et nuancée par laquelle le fonctionnement du monde imaginaire est donné via des détails narratifs, des descriptions et des développements.

Par pitié, n’expliquez pas le fonctionnement de votre monde dans un prologue ou une introduction pour vous en débarrasser et rentrer plus vite dans l’action. Distillez-le au goutte-à-goutte tout au long du livre quand il y a la place et quand c’est utile. C’est plus dur, oui, mais tellement meilleur.

Un petit cadeau, parce que c’est vous : un modèle de worldbuilding à compléter

Chose promise, chose due, j’ai un cadeau pour vous.

Quand j’ai créer un monde pour mon roman, j’ai procédé à une collecte d’informations sur le sujet sur d’autres sites web. Je les ai enrichis de mes propres idées et je les ai complétés par celles « volées » lors de conversations entre auteurs, visionnages de films ou de multiples lectures.

Bref, j’ai rassemblé toutes ces informations, toutes ces questions dans un même document et j’en ai fait un modèle de questionnaire pour worldbuilding. Vingt-deux (22) pages de questions précises et concrètes pour vous guider dans la construction de votre monde imaginaire.

En suivant ce document dans son intégralité, vous passerez immanquablement par toutes les étapes nécessaires à la construction d’un monde complet. Il est d’ailleurs possible que certaines de ces questions ne vous intéressent pas, qu’elles ne soient pas pertinentes pour votre projet. Pas de problème, mettez-les de côté et passez à la suivante.

Ce modèle est téléchargeable au format PDF et également au format traitement de texte (. odt) pour vous permettre de le compléter directement sur votre PC.

Comment faire pour le télécharger? Remplissez le formulaire ci-dessous et cliquez sur “Télécharger”.

J’espère qu’il vous aidera autant qu’il m’a servi, et bonne construction à tous !

 


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3 commentaires sur “Créer un monde imaginaire avec le Worldbuilding”

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