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michelangelo résumé

Pour coller à l’époque d’Halloween, abordons cette semaine le sujet qui terrifie bon nombre d’auteurs indépendants à l’approche de la publication de leur livre : la rédaction de la 4e de couverture (Tin tin tiiiiiiin).

Il y a beaucoup de pression sur les épaules de l’auto-édité à ce moment-là. Faute d’avoir un éditeur qui s’en occupe à sa place, il doit condenser son roman en quelques mots et surtout susciter l’envie chez le lecteur d’en savoir plus et le pousser à l’acheter. C’est l’échantillon gratuit que l’on donne au client pour qu’il veuille en avoir plus.

C’est un exercice difficile qui se situe à mi-chemin entre la prouesse littéraire et l’argument marketing. Le texte de présentation ne doit pas être un simple résumé de l’œuvre, mais ne doit pas non plus tomber dans le cliché du vendeur de voitures d’occasion.

Sa rédaction demande donc de prendre du recul sur son propre livre (ce qui n’est pas chose facile quand on a le nez dedans depuis des mois) et de répondre avec honnêteté aux questions que se posent les lecteurs avant d’acheter. Il ne faut pas oublier que plus de 60 % des clients en librairie lisent la 4e de couverture pour décider s’ils sortent ou non leur porte-monnaie. Pression je vous dis, pression.

Que cherche le lecteur dans la 4e de couverture ?

Quelle est la meilleure façon de savoir ce que recherche un lecteur potentiel quand il lit un texte de présentation ? C’est de lui demander pardi !

Je suis donc parti à la pêche aux infos sur mes réseaux sociaux préférés et j’ai posé la question : « Quand vous lisez la 4e de couverture d’un roman que vous ne connaissez pas, quelle information cherchez-vous ? Qu’est-ce qui attire votre attention ? »

Comme d’habitude, j’ai eu un paquet de « Moi, je ne lis pas la 4e de couverture »… Ben alors, pourquoi réponds-tu à la question ?

Heureusement, une majorité a donné un éventail d’éléments: le thème, l’ambiance, l’histoire, le genre, l’époque… beaucoup de réponses différentes.

Cependant, deux tendances ressortent de façon régulière et significative :

1 — Ils ne regardent pas QUE la 4e de couverture, mais complètent toujours par autre chose : la couverture, l’auteur, les critiques, les premières pages du livre, etc.

2 — Ils sont nombreux à avoir répondu « C’est du feeling »

Débrouille-toi avec ça !

On peut donc en déduire assez facilement qu’en ce qui concerne la 4e de couverture, la règle c’est qu’il n’y a pas de règle.

La 2e phase de ma démarche a été de me demander quelles informations je cherche quand, en tant qu’acheteur potentiel, je lis un texte de présentation :

De quoi ça parle ?

Évidemment, je veux avant tout me faire une idée de l’histoire dans laquelle je vais m’embarquer et autour de quel thème elle va tourner. Pour cela, il faut avoir un aperçu d’où part le héros, quelle tuile du toit lui tombe sur la tête et vers quoi cela va l’emmener.

Quel est le genre ?

Je suis peu porté sur la romance et je vais donc avoir tendance à laisser le livre si je sens que les sentiments amoureux sont trop présents dans l’intrigue. Un thriller peut reposer sur l’action ou sur la psychologie des personnages ; les deux me conviennent, mais je préfère savoir à quoi m’attendre.

Qui sont les protagonistes ?

Je n’ai pas besoin de connaître leur curriculum ou ce qu’ils ont mangé le midi, mais savoir si le « héros » est un flic ronchon à la retraite ou une écolière à couettes fait une nette différence.

Dans quel monde ? À quelle époque ?

Idem, pas besoin de connaître la date, l’heure et l’adresse, mais j’aime savoir si je me plonge dans un monde imaginaire (heroic fantasy), un space opera futuriste, une aventure dans la jungle birmane ou un huis clos dans une épicerie de Barbès. D’après moi, le lieu est un élément indispensable qu’il ne faut pas omettre. L’absence de mention de l’époque sous-entendra qu’elle est contemporaine. Si tel n’est pas le cas, il est préférable de la préciser.
Pour l’anecdote : Dans mes jeunes années, j’avais une amie qui détestait les films dans l’espace. Ne le sachant pas, je l’ai emmené voir « Alien » au cinéma… Oups ! désolé. Certaines personnes sont rebutées pas les histoires qui se déroulent dans un certain environnement, d’autres sont ennuyés par des époques particulières. Cela ne s’explique pas, mieux vaut ne pas les prendre par surprise et afficher la couleur.

Quel est le ton du livre ?

On aime ou pas le style d’un auteur. Comme pour le lieu et l’époque, il faut jouer cartes sur table et écrire son texte de présentation dans le même style que celui du livre. N’essayez pas de faire des phrases à la Proust si votre roman est un thriller fantastique avec de l’hémoglobine à chaque page. Au final, vous décevrez celui qui a cru acheter le prochain Goncourt et vous n’intéresserez pas ceux qui auraient pu aimer le gore.

L’accroche

Je ne la cherche pas en tant que lecteur, mais c’est ici que le vendeur qui sommeille en vous doit faire son apparition. Il s’agit de la phrase qui donnera envie d’en savoir plus. Située à la fin, elle doit ouvrir le texte vers la suite et laisser le lecteur en haleine. Plus facile à dire qu’à faire. Alors, comment faire ?

  • Poser une question est une bonne méthode même si elle peut sembler un peu scolaire. Elle reste cependant efficace, d’après moi.
  • Finir avec une phrase en point de suspension du style : « Le héros va se heurter à une résistance imprévue… ». Élégant.
  • À bannir : les mentions du genre « Livre addictif » ou « Page turner ». C’est la technique « vendeur de voitures d’occasion » qui fait fuir beaucoup de monde.

Résumé ou extrait ?

Il y a deux écoles en ce qui concerne cette 4e de couverture : ceux qui se prennent la tête à écrire un résumé et ceux qui copient/collent l’extrait qui leur semble le plus attractif.

Comme dit plus haut, il n’y a pas de règle. Mon avis personnel est que cela dépend du livre.

Pour un roman

En tant que lecteur, je préfère un résumé. Un extrait sorti de tout contexte ne m’apportera pas les informations que je recherche.

L’exception est si votre livre vaut plus par sa prose que par son histoire. Certains auteurs font passer la forme avant le contenu, le phrasé avant l’intrigue. Dans ce cas, un extrait pour mettre le style en avant est peut-être une bonne idée.

Poésie

Un extrait. What else ? Dans un genre où la tournure de phrase et le rythme représentent presque tout, c’est ce qu’il faut souligner.

Livre pratique

Ni l’un ni l’autre. Dans ce cas très particulier, ce qui doit être mis en avant est ce que le livre va apporter au lecteur : « Grâce à ce livre vous allez trouver l’amour/devenir riche/atteindre la paix intérieure* ».

La 4e de couverture d’un livre pratique doit être plus proche d’un argumentaire marketing que pour les autres genres.

*Barrez la mention inutile

Est-ce que la taille compte ?

J’ai tout lu et tout entendu à ce sujet : 100 mots, 500 caractères, 200 mots, etc. Encore une fois, il n’y a pas de règle.

La longueur ne doit pas être un frein en ce qui concerne le texte de présentation. Tous les éléments ci-dessus doivent apparaître.

Il ne faut cependant pas exagérer. La 4e de couverture doit être vite lue. Le lecteur n’accordera que quelques secondes à votre livre.

Une fourchette entre 300 et 500 caractères ou entre 100 et 150 mots me paraît honnête, mais ce n’est qu’une indication à ne pas prendre au pied de la lettre.

Mes essais

J’ai dû m’y reprendre à plusieurs fois pour écrire la 4e de couverture de « Charlie et le magicien invisible » et je vous conseille d’en faire autant. Le premier jet n’est jamais le bon.

Je vous fais grâce des nombreux ratés pour me concentrer sur les deux plus représentatifs en matière de ce qu’il ne faut pas faire. Ensuite, je vous ferai part d’une méthode empruntée à une autre auteure et qui m’a convaincu :

Essai n° 1

« Charlie est un garçon de huit ans, timide et rondouillard, qui s’invente des aventures imaginaires pour fuir la solitude et la grisaille parisienne jusqu’à ce qu’Harry, un magicien invisible, apparaisse soudain dans sa chambre.

Charlie apprend alors qu’il est un élu, détenteur du Grand Pouvoir de l’imagination, qui apportera la lumière à l’humanité. Grâce à sa sagesse et à un chapeau extraordinaire, Harry va le guider sur le chemin de la création et le protéger des dangers qui le guettent.

Mais si Charlie est heureux d’avoir trouvé un ami, il s’interroge aussi sur son destin et son rôle de créateur. Que doit-il faire de ce Grand Pouvoir ? Que doit-il créer ? Existe-t-il d’autres élus comme lui ? Et qui est cet homme d’affaires sans scrupule qui s’intéresse de très près aux créateurs ?

Autant de questions auxquelles Charlie devra trouver une réponse au cours de son incroyable aventure. »

Qu’est-ce qui ne va pas dans ce texte de présentation ?

Il est déséquilibré. Il présente le héros (Charlie), la situation de départ (il souffre de la solitude) et l’événement marquant (apparition du magicien) en une seule phrase. Puis il est suivi de tout un paragraphe de questions qui ne sont pas centrales à l’intrigue du roman.

Lors de la rédaction de cet essai, il me semblait que des interrogations étaient le meilleur moyen d’ouvrir mon texte sur le potentiel du récit. C’est en partie vrai, mais j’ai trop chargé la mule. En revanche, cette présentation fait totalement l’impasse sur des personnages importants du livre.

Essai n° 2

« Dans la grisaille parisienne, un garçon de 8 ans nommé Charlie s’invente des aventures imaginaires pour échapper à la solitude et aux brimades de ses camarades. Un jour, un magicien invisible surgit au milieu de sa chambre et lui apprend qu’il est un élu, détenteur du Grand Pouvoir de l’Imagination et destiné à apporter la lumière à l’humanité.

Grâce à sa sagesse et à son extraordinaire chapeau, le magicien va guider Charlie sur le chemin de la créativité et le protéger des dangers qui le guettent.

Ils auront fort à faire, car un homme d’affaire sans scrupule les observe et se prépare à sortir de l’ombre.

Qui est-il ? Que cherche-t-il ? Charlie saura-t-il se défendre contre cet adversaire redoutable ?

Autant de questions auxquelles il devra répondre lors de sa formidable aventure. »

Qu’est-ce qui ne va pas dans ce texte ?

On aborde le sujet des brimades subit par Charlie qui est accessoire et je ne suis pas fan de la transition « Un jour… » qui relève de la rédaction de niveau CM1.

Toujours trop de questions, mais surtout cette présentation met trop l’accent sur le personnage de l’homme d’affaires. Il en devient presque le protagoniste principal, ce qui n’est ni vrai ni souhaitable.

La méthode suivie

À ce stade, j’ai discuté du sujet avec Aurore Drey, écrivaine plusieurs fois récompensée, qui m’a proposé la méthode suivante :

Écrire, au présent de l’indicatif, quatre à six phrases sous le format d’un synopsis de film. Ces phrases constitueront la base à partir de laquelle on peut écrire une 4e de couverture dans le style du livre. Les phrases doivent être simples (sujet + verbe + complément) :

  • Phrase 1 : le héros.
  • Phrase 2 : la situation de départ.
  • Phrase 3 : L’évènement qui bouleverse la vie du héros.
  • Phrase 4 (facultative) : les péripéties.
  • Phrase 5 : L’enjeu. La phrase d’ouverture. L’accroche.
  • Phrase 6 (facultative) : ajouter tout ce qui donne une valeur comme les « basée sur une histoire vraie »

Très méthodique, cette approche m’a paru efficace. Je l’ai donc mise en pratique.
Dans le cas de « Charlie », le résultat fut le suivant :

  • Phrase 1 : Charlie est un garçon de 8 ans discret et rondouillard
  • Phrase 2 : Il aime jouer en inventant des histoires pour fuir la solitude.
  • Phrase 3 : Un magicien invisible apparaît dans sa chambre.
  • Phrase 4 (facultative) : Le magicien le guide sur le chemin de la création.
  • Phrase 5 : Un homme d’affaires douteux est un danger pour Charlie.
  • Phrase 6 (facultative) : Sans

Les seuls éléments manquants sont le lieu et l’époque. Je suis donc parti de cette base de travail et j’ai rédigé la 4e de couverture suivante :

« Charlie est un petit garçon discret et rondouillard qui aime inventer des histoires pour fuir la solitude et la grisaille parisienne.

Quand un magicien invisible apparaît dans sa chambre, Charlie découvre qu’il est un élu, détenteur du Grand Pouvoir de l’Imagination.

Grâce à sa sagesse et à son extraordinaire chapeau, le magicien va le guider sur le chemin de la création.

Mais un défi encore plus grand attend Charlie. Une incroyable aventure sous la forme d’une rousse impertinente et d’un homme d’affaires aux motivations douteuses.

L’imagination de Charlie sera-t-elle à la hauteur ? »

Chaque élément est présent et j’ai même pu introduire un personnage important (la rousse impertinente) qui était jusqu’ici complètement absent du résumé. Certes, ce n’est pas de la grande littérature, mais le travail est fait. L’époque n’est pas mentionnée, car elle est contemporaine et donc sous-entendue par défaut.

Je remercie Aurore pour ses conseils.

J’espère que cet article vous aura aidé à rédiger votre 4e de couverture. Faites part de votre propre expérience dans les commentaires. Vous avez sans aucun doute quelque chose à nous apprendre sur ce sujet.


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