Comment rédiger une bonne 4e de couverture

Comment rédiger une 4e de couverture
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La 4e de couverture, c’est le “monstre dans le placard” de beaucoup d’auteurs. La partie de la publication que certains repoussent jusqu’à la dernière minute, car ces auteurs savent qu’il ne suffit pas de savoir écrire pour rédiger une bonne 4e de couverture ; il faut également savoir se vendre.

Il y a beaucoup de pression sur les épaules de l’auto-édité à ce moment-là. Faute d’avoir un éditeur qui s’en occupe à sa place, il doit condenser son roman en quelques mots et surtout susciter l’envie chez le lecteur d’en savoir plus et le pousser à l’acheter. C’est l’échantillon gratuit que l’on donne au client pour qu’il veuille en avoir plus.

C’est un exercice difficile qui se situe à mi-chemin entre la prouesse littéraire et l’argument marketing. Le texte de présentation ne doit pas être un simple résumé de l’œuvre, mais ne doit pas non plus tomber dans le cliché du vendeur de voitures d’occasion.

Sa rédaction demande donc de prendre du recul sur son propre livre (ce qui n’est pas chose facile quand on a le nez dedans depuis des mois) et de répondre avec honnêteté aux questions que se posent les lecteurs avant d’acheter. Il ne faut pas oublier que plus de 60 % des clients en librairie lisent la 4e de couverture pour décider s’ils sortent ou non leur porte-monnaie. Pression je vous dis, pression.

La visibilité d'un roman dépend entre autre de sa 4e de couverture
Image par Free-Photos de Pixabay

I – Que cherche le lecteur dans la 4e de couverture ?

Quelle est la meilleure façon de savoir ce que recherche un lecteur potentiel quand il lit un texte de présentation ? C’est de lui demander pardi !

Je suis donc parti à la pêche aux infos sur mes réseaux sociaux préférés et j’ai posé la question : « Quand vous lisez la 4e de couverture d’un roman que vous ne connaissez pas, quelle information cherchez-vous ? Qu’est-ce qui attire votre attention ? »

Comme d’habitude, j’ai eu un paquet de « Moi, je ne lis pas la 4e de couverture »… Ben alors, pourquoi réponds-tu à la question ?

Heureusement, une majorité a donné un éventail d’éléments: le thème, l’ambiance, l’histoire, le genre, l’époque… beaucoup de réponses différentes.

Cependant, deux tendances ressortent de façon régulière et significative :

1 — Ils ne regardent pas QUE la 4e de couverture, mais complètent toujours par autre chose : la couverture, l’auteur, les critiques, les premières pages du livre, etc.

2 — Ils sont nombreux à avoir répondu « C’est du feeling »

Débrouille-toi avec ça !

On peut donc en déduire assez facilement qu’en ce qui concerne la 4e de couverture, la règle c’est qu’il n’y a pas de règle.

La 2e phase de ma démarche a été de me demander quelles informations je cherche quand, en tant qu’acheteur potentiel, je lis un texte de présentation :

De quoi ça parle ?

Évidemment, je veux avant tout me faire une idée de l’histoire dans laquelle je vais m’embarquer et autour de quel thème elle va tourner. Pour cela, il faut avoir un aperçu d’où part le héros, quelle tuile du toit lui tombe sur la tête et vers quoi cela va l’emmener.

Cela veut donc dire que le lecteur doit avoir un aperçu de la structure de votre roman en exposant, très synthétiquement, la phase d’exposition, l’élément déclencheur et l’enjeu de votre histoire.

(Lisez l’article: “Comment construire un arc narratif“)

Quel est le genre ?

Je suis peu porté sur la romance et je vais donc avoir tendance à laisser le livre si je sens que les sentiments amoureux sont trop présents dans l’intrigue. Un thriller peut reposer sur l’action ou sur la psychologie des personnages ; les deux me conviennent, mais je préfère savoir à quoi m’attendre.

La difficulté avec le genre, c’est qu’il est rarement affiché dans la 4e de couverture. On ne commence jamais son texte de présentation par “C’est un thriller”, sauf si on s’adresse à une classe de primaire.

Le genre est sous-entendu. Il doit être mis en avant à travers les éléments de l’histoire qui l’illustre le plus. Si vous avez écrit une romance, vous mettrez l’accent sur l’enjeu sentimental. Si c’est un thriller, sur les dangers auxquels s’exposent les protagonistes. Etc.

Qui sont les protagonistes ?

Je n’ai pas besoin de connaître leur curriculum ou ce qu’ils ont mangé le midi, mais savoir si le « héros » est un flic ronchon à la retraite ou une écolière à couettes fait une nette différence.

De la même façon, j’ai besoin de savoir à qui (ou à quoi) il va être opposé. L’antagoniste est un élément central de la narration. Il doit avoir la place qu’il mérite dans la quatrième de couverture.

(Lisez l’article: “Comment créer un bon méchant“)

Dans quel monde ? À quelle époque ?

Idem, pas besoin de connaître la date, l’heure et l’adresse, mais j’aime savoir si je me plonge dans un monde imaginaire (heroic fantasy), un space opera futuriste, une aventure dans la jungle birmane ou un huis clos dans une épicerie de Barbès. D’après moi, le lieu est un élément indispensable qu’il ne faut pas omettre. L’absence de mention de l’époque sous-entendra qu’elle est contemporaine. Si tel n’est pas le cas, il est préférable de le préciser.

Pour l’anecdote : Dans mes jeunes années, j’avais une amie qui détestait les films dans l’espace. Ne le sachant pas, je l’ai emmené voir « Alien » au cinéma… Oups ! désolé. Certaines personnes sont rebutées pas les histoires qui se déroulent dans un certain environnement, d’autres sont ennuyés par des époques particulières. Cela ne s’explique pas, mieux vaut ne pas les prendre par surprise et afficher la couleur.

De la même façon, si votre contexte a un élément original ou particulier, il vaut mieux le préciser (à condition que cela ne spoil pas un rebondissement bien entendu). Vous pouvez vous épargner l’évocation du contexte si le monde et l’époque sont les nôtres ; mais si des millions de zombies ont envahi les rue, il vaut mieux le dire 😉

Quel est le ton du livre ?

On aime ou pas le style d’un auteur. Comme pour le lieu et l’époque, il faut jouer cartes sur table et écrire son texte de présentation dans le même style que celui du livre. N’essayez pas de faire des phrases à la Proust si votre roman est un thriller fantastique avec de l’hémoglobine à chaque page. Au final, vous décevrez celui qui a cru acheter le prochain Goncourt et vous n’intéresserez pas ceux qui auraient pu aimer le gore.

Une 4e de couverture nécessite les bons ingrédients
Image par Дарья Яковлева de Pixabay

II – L’accroche de la 4e de couverture

Je ne la cherche pas en tant que lecteur, mais c’est ici que le vendeur qui sommeille en vous doit faire son apparition. Il s’agit de la phrase qui donnera envie d’en savoir plus.

Située soit avant, soit après le résumé, elle doit ouvrir le texte vers la suite et laisser le lecteur en haleine. Plus facile à dire qu’à faire. Alors, comment faire ?

Voici quelques techniques:

Poser une question est une bonne méthode, car elle permet de mettre l’enjeu sous le microscope du lecteur.  Une question comme  “Retrouvera-t-il celle qu’il aime?” nous informe simplement et directement sur l’enjeu et le genre du roman. Simple, mais efficace.
Finir avec une phrase en point de suspension du style : « Le héros va se heurter à une résistance imprévue… ». Élégant.

Votre thème résumé en une seul phrase: Votre roman tourne autour d’un thème. Il s’agit généralement du point de vue de l’auteur sur un sujet particulier: la vengeance, la confiance en soi, l’avarice, la solitude, l’amour, etc. Une phrase d’accroche en début de 4e de couverture aura tendance à communiqué sur le thème de façon détourné, dans une phrase très ouverte.

Exemples: “Un divorce les avait séparé… Le danger va les réunir.” ; “Le plus difficile n’est pas de trouver l’amour, c’est de la garder” ; etc

III – Résumé ou extrait ?

Il y a deux écoles en ce qui concerne cette 4e de couverture : ceux qui se prennent la tête à écrire un résumé et ceux qui copient/collent l’extrait qui leur semble le plus attractif.

Comme dit plus haut, il n’y a pas de règle. Mon avis personnel est que cela dépend du livre.

Pour un roman

En tant que lecteur, je préfère un résumé. Un extrait sorti de tout contexte ne m’apportera pas les informations que je recherche.

L’exception est si votre livre vaut plus par sa prose que par son histoire. Certains auteurs font passer la forme avant le contenu, le phrasé avant l’intrigue. Dans ce cas, un extrait pour mettre le style en avant est peut-être une bonne idée.

Poésie

Un extrait. What else ? Dans un genre où la tournure de phrase et le rythme représentent presque tout, c’est ce qu’il faut souligner.

Livre pratique

Ni l’un ni l’autre. Dans ce cas très particulier, ce qui doit être mis en avant est ce que le livre va apporter au lecteur : « Grâce à ce livre vous allez trouver l’amour/devenir riche/atteindre la paix intérieure* ».

La 4e de couverture d’un livre pratique doit être plus proche d’un argumentaire marketing que pour les autres genres.

*Barrez la mention inutile

Résumé ou extrait? Tout est possible pour une 4e de couverture
Image par Pezibear de Pixabay

IV – Est-ce que la taille compte ?

J’ai tout lu et tout entendu à ce sujet : 100 mots, 500 caractères, 200 mots, etc. Encore une fois, il n’y a pas de règle.

La longueur ne doit pas être un frein en ce qui concerne le texte de présentation. Tous les éléments ci-dessus doivent apparaître.

Il ne faut cependant pas exagérer. La 4e de couverture doit être vite lue. Le lecteur n’accordera que quelques secondes à votre livre.

Une fourchette entre 300 et 500 caractères ou entre 100 et 150 mots me paraît honnête, mais ce n’est qu’une indication à ne pas prendre au pied de la lettre.

V – Mes essais

J’ai dû m’y reprendre à plusieurs fois pour écrire la 4e de couverture de « Charlie et le magicien invisible » et je vous conseille d’en faire autant. Comme pour le roman, le premier jet d’une 4e de couverture n’est jamais le bon.

Je vous fais grâce des nombreux ratés pour me concentrer sur les deux plus représentatifs en matière de ce qu’il ne faut pas faire. Ensuite, je vous donnerai la méthode qui m’a permis d’obtenir de meilleurs résultats.

Essai n° 1

« Charlie est un garçon de huit ans, timide et rondouillard, qui s’invente des aventures imaginaires pour fuir la solitude et la grisaille parisienne jusqu’à ce qu’Harry, un magicien invisible, apparaisse soudain dans sa chambre.

Charlie apprend alors qu’il est un élu, détenteur du Grand Pouvoir de l’imagination, qui apportera la lumière à l’humanité. Grâce à sa sagesse et à un chapeau extraordinaire, Harry va le guider sur le chemin de la création et le protéger des dangers qui le guettent.

Mais si Charlie est heureux d’avoir trouvé un ami, il s’interroge aussi sur son destin et son rôle de créateur. Que doit-il faire de ce Grand Pouvoir ? Que doit-il créer ? Existe-t-il d’autres élus comme lui ? Et qui est cet homme d’affaires sans scrupule qui s’intéresse de très près aux créateurs ?

Autant de questions auxquelles Charlie devra trouver une réponse au cours de son incroyable aventure. »

Qu’est-ce qui ne va pas dans ce texte de présentation ?

Il est déséquilibré. Il présente le héros (Charlie), la situation de départ (il souffre de la solitude) et l’événement déclencheur (apparition du magicien) en une seule phrase. Puis il est suivi de tout un paragraphe de questions qui ne sont pas centrales à l’intrigue du roman.

Lors de la rédaction de cet essai, il me semblait que des interrogations étaient le meilleur moyen d’ouvrir mon texte sur le potentiel du récit. C’est en partie vrai, mais j’ai trop chargé la mule. En revanche, cette présentation fait totalement l’impasse sur des personnages importants du livre.

Essai n° 2

« Dans la grisaille parisienne, un garçon de 8 ans nommé Charlie s’invente des aventures imaginaires pour échapper à la solitude et aux brimades de ses camarades. Un jour, un magicien invisible surgit au milieu de sa chambre et lui apprend qu’il est un élu, détenteur du Grand Pouvoir de l’Imagination et destiné à apporter la lumière à l’humanité.

Grâce à sa sagesse et à son extraordinaire chapeau, le magicien va guider Charlie sur le chemin de la créativité et le protéger des dangers qui le guettent.

Ils auront fort à faire, car un homme d’affaire sans scrupule les observe et se prépare à sortir de l’ombre.

Qui est-il ? Que cherche-t-il ? Charlie saura-t-il se défendre contre cet adversaire redoutable ?

Autant de questions auxquelles il devra répondre lors de sa formidable aventure. »

Qu’est-ce qui ne va pas dans ce texte ?

On aborde le sujet des brimades subit par Charlie qui est accessoire et je ne suis pas fan de la transition « Un jour… » qui relève de la rédaction de niveau CM1.

Toujours trop de questions, mais surtout cette présentation met trop l’accent sur le personnage de l’homme d’affaires. Il en devient presque le protagoniste principal, ce qui n’est ni vrai ni souhaitable.

VI – La méthode suivie pour une bonne 4e de couverture

Cette méthode m’a été soufflé, à l’époque par l’autrice belge Aurore Drey, qui était également journaliste en charge de rédiger les synopsis des films dans les magazines de programmes télévisés. Une bonne école 😉

Voici sa méthode:

Écrire, au présent de l’indicatif, quatre à six phrases sous le format d’un synopsis de film. Ces phrases constitueront la base à partir de laquelle on peut écrire une 4e de couverture dans le style du livre. Les phrases doivent être simples (sujet + verbe + complément) :

  • Phrase 1 : le héros.
  • Phrase 2 : la situation de départ.
  • Phrase 3 : L’évènement qui bouleverse la vie du héros.
  • Phrase 4 (facultative) : les péripéties.
  • Phrase 5 : L’enjeu. La phrase d’ouverture. L’accroche.
  • Phrase 6 (facultative) : ajouter tout ce qui donne une valeur comme les « basée sur une histoire vraie »

Très méthodique, cette approche est très efficace. Je l’ai donc mise en pratique à plusieurs reprises, et elle ne m’a jamais déçue. Dans le cas de « Charlie », le résultat fut le suivant :

  • Phrase 1 : Charlie est un garçon de 8 ans discret et rondouillard
  • Phrase 2 : Il aime jouer en inventant des histoires pour fuir la solitude.
  • Phrase 3 : Un magicien invisible apparaît dans sa chambre.
  • Phrase 4 (facultative) : Le magicien le guide sur le chemin de la création.
  • Phrase 5 : Un homme d’affaires douteux est un danger pour Charlie.
  • Phrase 6 (facultative) : Sans

Les seuls éléments manquants sont le lieu et l’époque. Je suis donc parti de cette base de travail et j’ai rédigé la 4e de couverture suivante :

“Charlie est un petit garçon discret et rondouillard qui aime inventer des histoires pour fuir la solitude et la grisaille parisienne.

Un jour, un magicien invisible apparaît dans sa chambre, et lui apprend qu’il est un élu. Le détenteur du Grand Pouvoir de l’Imagination qui va faire de lui un génie créatif comme d’autres avant lui.

Grâce à sa sagesse et à son extraordinaire chapeau, le magicien va guider Charlie sur le chemin de la création et le protéger des dérives de la nature humaine.

Mais un défi encore plus grand attend Charlie. Une incroyable aventure sous la forme d’une rousse impertinente et d’un homme d’affaires aux motivations douteuses.

L’imagination de Charlie sera-t-elle à la hauteur ?”

Chaque élément est présent et j’ai même pu introduire un personnage important (la rousse impertinente) qui était jusqu’ici complètement absent du résumé.

Image par Capri23auto de Pixabay

Rédiger une 4e de couverture efficace tient plus de la recette de cuisine que d’un exercice littéraire. Les ingrédients sont toujours les mêmes que pour un roman (contexte, éléments déclencheurs, protagoniste, antagoniste et enjeux), mais il faut y ajouter une dose de “savoir vendre”, de copywriting, que n’importe qui peut apprendre.

Quelle est VOTRE méthode pour écrire une 4e de couverture? Utilisez-vous les mêmes ingrédients? Quel est votre secret de fabrication?

Dites-le moi dans les commentaires 😉


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