Comment créer un bon méchant

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Dark Vador, Sauron, Thanos, le Joker, Dolores Ombrage, Hannibal Lecter… les « bons » méchants sont bien souvent plus célèbres que les héros contre lesquels ils se battent et pour cause, les histoires reposent sur leurs épaules fortes et rectilignes.

Si vous voulez que votre histoire soit prenante, si vous voulez que les lecteurs s’y intéressent et croient aux rebondissements que vous leur proposez, vous n’avez pas le choix : vous devez fignoler votre méchant jusqu’à l’aimer et même à vouloir, parfois, souhaiter sa victoire.

D’abord, qu’est-ce qu’on entend par « méchant » ?

Par « méchant » (et ce sera le cas tout au long de cet article), j’entends évidemment « antagoniste ».

L’antagoniste n’est pas forcément un être maléfique, un magicien diabolique ou un savant fou qui tortille sa moustache dans son laboratoire de Transylvanie en se demandant quelles souffrances gratuites il va bien pouvoir infliger à de pauvres créatures sans défense. Muahahahahaha !

Nope. L’antagoniste c’est avant tout la chose ou le personnage qui va se dresser sur la route du héros (ou protagoniste) pour l’empêcher d’atteindre son objectif.

L’antagoniste peut être un personnage représenté par une personne « physique », mais il peut également être plus immatériel comme une société, un gouvernement ou une religion. Même les histoires d’amour ont un antagoniste, car si le bel amant n’a pas de compétition pour conquérir sa dulcinée, alors l’antagoniste sera la dulcinée elle-même.

Cependant, si l’antagoniste est immatériel, il devra systématiquement être incarné par un personnage physique avec un visage et une caractérisation (passé, apparence, psychologie, etc.) de façon à ce que le lecteur se représente clairement contre qui le héros se bat.

(Lisez l’article : « Les 10 composants d’un personnage de roman »)

Donc, en définitive, que votre antagoniste soit immatériel ou non, vous ne pouvez pas vous affranchir de la création d’un bon méchant.

Image par ErikaWittlieb de Pixabay

Protagoniste ou Antagoniste, quel est le plus important ?

Un grand nombre d’auteurs débutants sont persuadés que le personnage le plus important de leur histoire est le héros, et ils ont…

À votre avis ?

Tort ou raison ?

Vous devinez ?

Quel suspens !

Ni l’un ni l’autre pour être honnête, dans la mesure ou l’un est totalement indispensable à l’autre.

L’erreur qui est souvent faite est de se concentrer sur le héros et de considérer le méchant comme un personnage secondaire, de croire que c’est le héros seul qui porte l’histoire. Cela génère presque à chaque fois des histoires avec peu d’enjeux et qui tombent vite dans l’ennui.

Dans son anatomie du scénario, Truby nous le dit de façon on ne peut plus claire :

« Pour avoir un bon personnage principal, il lui faut un bon adversaire »

Le méchant est plus que l’opposant du héros, ils sont les deux faces d’une même médaille. Le méchant représente les failles du héros, ses faiblesses psychologiques et morales (doute, confiance en soi, etc.), mais il est également le représentant des valeurs opposées à celles du héros (justice/injustice, paix/guerre, etc.) et, surtout, ils ont le même objectif.

Tout est une question de point de vue

Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Obiwan Kenobi dans « L’Empire contre-attaque » et il a entièrement raison.

« Tu apprendras que beaucoup de vérités auxquelles nous tenons dépendent avant tout de notre propre point de vue. »

Lorsqu’un auteur écrit un roman, il donne son point de vue sur un sujet (le thème) à travers le positionnement de son héros. Par voie de conséquence, le point de vue du méchant est le point de vue opposé à celui de l’auteur.

C’est, entre autres, une des raisons pour laquelle héros et méchant doivent avoir le même objectif, mais avec un point de vue différent sur la façon de l’atteindre.

Après tout, Luke Skywalker et Dark Vador veulent tous les deux apporter la paix à la galaxie, Batman et le Joker veulent un Gotham à leur image, Thanos et les Avengers veulent le bien des peuples de la galaxie…

La différence entre eux ? Leur point de vue sur la façon d’y arriver.

Qu’est-ce qui fait un bon méchant ?

Il est puissant

C’est la base. Votre méchant doit être puissant. Surpuissant même. L’issue d’une confrontation entre votre antagoniste et votre protagoniste ne devrait pas faire l’ombre d’un doute sur le papier.

Imaginez-vous Frodon se battre en face à face contre Sauron ? Ce serait un massacre de courte durée.

L’obstacle qui se dresse face à votre héros doit être gigantesque pour que les conflits soient nombreux et les enjeux forts. Si votre héros botte les fesses du méchant sans une égratignure, quel est l’intérêt de continuer à lire les 300 pages qui suivent ? Ou alors cela signifie que votre héros n’est pas si héroïque et votre méchant pas si mauvais… un retournement est toujours possible.

(Lisez l’article : « Les 6 types de conflits »)

Il est déterminé

Alors que votre héros est rongé par le doute, des complexes et autres conflits intérieurs, votre méchant est, quant à lui, persuadé d’avoir raison.

Il n’est pas tiraillé par des questions existentielles (du moins pas au début), mais est habité par une conviction qui le poussera à tout sacrifier pour obtenir ce qu’il désire. Annie Wilkes, de Misery, est prête à tuer Paul Sheldon et à se donner la mort pour garantir ses chances de ne jamais être séparée de lui.

Cela signifie également que, contrairement au héros, le méchant va peu évoluer tout au long du récit. Dès le début, sa conviction est faite et en béton armé. Essayer de le faire changer d’avis reviendrait à déplacer une montagne à main nue.

Il est complexe

Si vous voulez éviter le sempiternel cliché du méchant très méchant qui fait des trucs méchants parce qu’il est méchant (mon détecteur de répétitions vient d’exploser), alors vous devez lui donner de la complexité.

Il y a de nombreuses façons de donner de la profondeur à un antagoniste, mais l’une des meilleures (selon moi) consiste à lui donner une bonne raison de faire ce qu’il fait.

Le Joker de Heath Ledger est une vraie réussite grâce au talent de l’acteur, mais également, car le personnage est porteur d’un message : l’homme est corruptible et, sans la peur d’être puni par la justice, nous deviendrions tous des criminels.

Son point de vue s’oppose directement à celui du protagoniste (qui génère un débat d’idées tout au long du film), mais surtout, ce point de vue résonne en nous. Nous voyons toutes les horreurs perpétrées par notre espèce au travers du journal télévisé et une partie de nous est d’accord avec la vision du Joker.

Son point de vue est compréhensible et crédible tout en étant discutable. Le raisonnement du méchant est faux, mais il résonne en nous sous certains aspects.

Il est humain

Rappelez-vous que nous sommes tous le héros de notre propre histoire. Votre méchant pense sans aucun doute qu’il est dans le vrai, que ses actions, aussi effroyables soient-elles, sont justifiées.

Peut-être croit-il qu’il est un bienfaiteur (Thanos dans Avengers), qu’il représente la droiture morale (Dolores Ombrage dans Harry Potter) ou que sa supériorité lui donne tous les droits (Erica dans « I, robots »). Pour cette raison, vous devez présenter sa vision, sa version des faits au lecteur.

La justification doit être mesurée, car si elle est trop touchante, il est possible de faire passer un méchant du côté des victimes.

Dans la saison 2 de Stranger Things, Billy, le frère de Max, est une brute qui martyrise sa petite sœur et ses amis. À ce stade, le spectateur ne peut que le détester. Au début de la saison 3, nous découvrons l’enfant délicat qu’il était et la souffrance qu’il a ressentie en étant séparé de sa mère, la maltraitance qu’il a subie de la part de son père… et nous commençons à le plaindre.

Il n’est pas rare que le méchant ait également plusieurs casquettes qui révéleront ses vertus et ses qualités. Cela crée un contraste qui lui donnera une profondeur plus intéressante que celle du méchant de type « cliché ».

Dans « Casino », le truand Nicky Santoro (Joe Pesci) frappe, mutile et tue sans états d’âme, mais il est chez lui chaque matin pour servir le petit-déjeuner à ses deux adorables fillettes.

Il est nécessaire

L’antagoniste est nécessaire non seulement à l’intrigue (sinon pas de conflit, pas d’enjeu, pas d’intérêt), mais il est également nécessaire pour le protagoniste.

C’est grâce au méchant que le héros va apprendre. C’est au travers de ses attaques soutenues et répétées sur le point faible du héros que celui-ci va apprendre à se relever et à se transformer.

« L’adversaire nécessaire permet au héros de grandir »

(Lisez l’article : « Jusque ou aller dans la construction de ses personnages »)

Humain ou non, les bons méchants ont tous les mêmes points communs
Image par Dante D’Oria de Pixabay

Les méchants qu’on aime détester

Notre méchant est indispensable à l’histoire et au protagoniste, nous l’avons compris, mais il doit également être indispensable pour le lecteur. Le méchant doit générer chez lui les émotions que nous attendons, et ce que nous attendons d’un bon méchant, c’est souvent qu’il soit détesté.

Vous trouverez ci-dessous la liste des caractérisations qui, selon Orson Scott Card, déclenche chez tout lecteur ou spectateur une haine viscérale.

Le sadique ou la brute

C’est le roi dans son domaine. Nous détestons instantanément toute personne qui inflige de la souffrance à autrui. Le fait qu’il aime infliger cette souffrance, qu’il y prenne du plaisir le rendra encore plus détestable.

Dans la ligne verte (livre ou film), nous sommes face à face à deux brutes : Percy Withmore, gardien vicieux du couloir de la mort, et Wild Bill, condamné à la chaise électrique pour le meurtre de policiers.

Si Wild Bill est un vrai psychopathe, nous détestons encore plus Percy pour son côté sadique alors que, contrairement à Bill, il n’a jamais tué personne.

Ce qu’il faut comprendre avec le sadisme, c’est que la clé n’est pas dans l’amour de la douleur qu’on inflige à l’autre, mais dans l’amour du pouvoir que l’on a sur l’autre. C’est ce pouvoir qui permet à Ramsay Snow (Game of thrones) de briser le personnage de Theon Greyjoy.

Assassin ou vengeur

Un meurtrier peut être détestable, mais le simple fait de tuer ne suffit pas.

Si je vous parle d’un homme qui planifie d’assassiner Hitler, vous ne le détesterez pas. Il est même très probable que vous allez le soutenir et l’encourager.

Le choix de la victime a son importance, mais il n’est pas le plus important. Ce qui l’est, c’est la raison pour laquelle votre méchant tue et les conditions dans lesquelles le meurtre est commis. Les deux peuvent faire pencher la balance soit du côté des circonstances atténuantes, soit du côté des circonstances aggravantes.

Attention Spoil ! Attention Spoil ! Attention Spoil !

Dans la série Fargo, Lester Nygaard tue sa première femme sur un coup de colère (circonstance atténuante) avec un marteau. On ne lui en veut pas, car sa femme était une harpie qui lui rendait la vie impossible (circonstance atténuante). À ce stade, Lester est un meurtrier que le spectateur plaint et soutient.

Un an plus tard, Lester manipule sa deuxième femme pour qu’elle aille se faire tuer à sa place par un tueur à gages. Cette deuxième femme est gentille et aimante (circonstance aggravante) et la manipulation témoigne d’un acte froid et prémédité (circonstance aggravante). À ce stade, il est passé du côté obscur et le spectateur espère qu’il va se faire attraper alors qu’il n’est pas celui qui a appuyé sur la détente.

Pour être détestées, les raisons du meurtre doivent être non valables et immorales aux yeux du lecteur.

Égocentrique et faux expert

Nous détestons ceux qui jouent des coudes pour s’imposer là ou on ne veut pas d’eux autant que ceux qui n’ont aucune ambition, mais pire que tout, nous détestons ceux qui sont à une position qu’ils ne méritent pas.

Les usurpateurs ne sont jamais sympathiques, d’autant plus quand la place qu’ils occupent est convoitée ou qu’une personne plus méritante se la voit refusée.

Dans la ligne verte, une autre raison pour laquelle on déteste Percy Withmore, c’est qu’il occupe un travail convoité de gardien de prison pendant la grande dépression des années trente. Il n’a pas obtenu ce poste pour ses compétences, mais parce qu’il est le neveu de la femme du gouverneur. Un piston que, en bon fayot, il n’hésite pas à utiliser pour se plaindre de ses collègues plus méritants que lui.

Un point important concernant les usurpateurs : s’ils prouvent qu’ils méritent leur place, ils sont pardonnés.

Briser un serment

Imaginez un reporter qui dégote le scoop de sa vie. Il trouve un informateur qui risque sa carrière ou sa vie en lui révélant des informations confidentielles. L’informateur lui révèle tout à condition qu’il ne soit pas cité dans l’article. Le journaliste accepte, note les précieuses informations et balance le nom de son informateur sur la place publique.

Le journaliste est un salaud. L’informateur lui faisait confiance et il n’a pas hésité à le trahir sans se soucier des conséquences.

Lorsqu’un personnage ne respecte pas sa parole, le lecteur se sent personnellement offensé.

L’intellect

Par nature, nous craignons et tenons à distance les gens qui en savent plus que nous. Ils nous font nous sentir inférieurs, en situation de faiblesse.

Quand, en plus, ils se comportent comme s’ils étaient supérieurs au reste de la race humaine, alors nous les haïssons.

C’est la raison pour laquelle tant de méchants parlent d’une façon très châtiée, montrent leur culture ou agissent avec les manières dignes d’un majordome anglais.

Le problème de cette caractérisation, c’est qu’elle a été si souvent utilisée qu’elle relève aujourd’hui du cliché.

(Lisez l’article : “Comment éviter les clichés“)

La folie

« Nous sommes terrifiés par ceux qui ne vivent pas dans la même réalité que nous, qui n’ont pas un comportement rationnel » Orson Scott Ward

Le problème avec les fous, c’est qu’on ne peut ni les raisonner ni leur parler. Ils échappent à toute pensée, tout comportement rationnel et cela peut les rendre terrifiants.

Sauf si l’auteur se débrouille pour les rendre sympathiques avec des excentricités attachantes ne dépassant pas une certaine limite, le lecteur ne voit généralement aucun inconvénient à ce qu’un méchant fou se fasse enfermer ou tuer.

L’exemple le plus célèbre de méchant fou est bien évidemment le Joker dont la structure de la pathologie est parfois abordée comme un super-pouvoir. Totalement imprévisible, il met à mal des êtres plus forts, plus intelligents et plus riches que lui.

L’attitude

L’attitude du méchant doit être inverse à celle du héros. Comme les valeurs du protagoniste et de l’antagoniste, leurs attitudes doivent être à l’opposé l’une de l’autre : l’un est magnanime, l’autre est cruel ; l’un est empli de doute, l’autre est un fanatique ; l’un a le sens de l’humour, l’autre n’a aucun sens de l’autodérision, etc.

Certaines attitudes provoquent immanquablement chez nous l’antipathie, voire le dégoût ou la haine : la susceptibilité, blâmer les autres en cas de problème, tirer la couverture à soi en cas de réussite, ne pas se soucier des sentiments des autres, ne faire confiance à personne, etc.

Le Joker, sa folie fait de lui un méchant que l'on adore
Image par ErikaWittlieb de Pixabay (2)

Méchant et héros sont donc les deux faces d’une même médaille. Leur objectif est le même et ils ont souvent de nombreux points communs, mais ils s’opposent sur leurs valeurs et leurs attitudes. Le meilleur moyen de ne pas privilégier l’un au détriment de l’autre, c’est de construire les deux en même temps.

Maintenant, parlez-moi de vos méchants. Comment les avez-vous construits ? Sur quelle caractérisation ? Quel a été votre point de départ ? Qu’est-ce que vous aimez chez lui (ou elle) ? Qu’est-ce que vous aimeriez changer si c’était à refaire ?

Dites le moi dans les commentaires.


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4 commentaires sur “Comment créer un bon méchant”

  1. Bonjour Jérôme,

    Je m’interroge au sujet de “la puissance” du méchant. N’est-ce pas un peu caricatural ? Faut-il toujours lutter contre les montagnes ? Voici comment je vois les choses : le personnage principal (appelons-le “héros” si tu veux) poursuit un but principal et pour y parvenir quelques buts secondaires au fur et à mesure que l’intrigue avance. L’antagoniste poursuit son propre but (et pour y parvenir…). Les deux personnages vont être amenés à s’opposer, sans l’avoir forcément recherché. Le lecteur suit le cheminement des personnages, lancés chacun dans sa quête. C’est ainsi que se déroule la vie… et pas mal de fictions de ma connaissance. Pas besoin d’un antagoniste surpuissant pour une bonne histoire. Je précise qu’il ne s’agit pas de Fantasy. La “puissance” consiste juste à pouvoir intervenir à un moment crucial dans la vie du héros pour en changer le cours. Qu’en penses-tu ?

    1. Je pense qu’on est d’accord sur la base, mais j’ajouterai que, pour que le récit soit prenant, il faut que le lecteur ait de sérieux doutes quant aux chances du héros d’arriver à son but. Si on est sûr, dès le début, que le héros va atteindre son objectif alors l’intéret de continuer la lecture disparait. C’est comme ces films (ou séries) dont on devine la fin au bout des 5 premières minutes. Rien de tel pour m’encourager à faire autre chose.
      La balance entre les forces de l’antagoniste et du protagoniste doit être, pour moi, déséquilibrée en faveur de l’antagoniste. Peut-être que le mot “surpuissant” est trop fort, alors disons qu’il a de plus grandes chances d’arriver à son but que le héros, même si ce déséquilibre est léger.

  2. Inconsciemment, quand j’ai décidé de créer mon histoire de super-héros, le héros et son antagoniste principal ont été créés en même temps, juste par contraste finalement. Il est aussi riche qu’elle est pauvre, aussi égocentrique qu’elle est humble, aussi connu qu’elle est oubliée, aussi ambitieux pour le futur qu’elle a laissé son passé derrière elle, aussi puissant qu’elle paraît faible. Ensuite j’ai vu ce qu’ils avaient en commun, ils recherchent en fait tous les deux une forme d’idéalisme, elle a cru y arriver un moment et a échoué, et lui utilise des moyens peu recommandables pour y parvenir. Et enfin, j’ai recherché ce qui dans mon héroïne la rendait inhumaine, et ce qui pouvait rendre humain son antagoniste, et j’ai tenté de faire en sorte que la découverte des deux points de vue soient progressifs autant que possible. Tous les liens que l’on peut trouver entre héros et antagoniste sont bons à exploiter, opposition bien sûr mais surtout rapprochement potentiel. Je sais que le vilain de mon livre finit par faire “cliché”, on a déjà vu plein de milliardaires impitoyables maintenant dans la littérature et le cinéma. J’espère que la suite lui donnera un peu plus de corps.

    Le “méchant” de mon second roman est sans doute encore plus cliché, car finalement pas développé du tout. Il est cupide et prêt à tout pour arriver à ses fins, point. Le but de l’histoire était de savoir comment il allait être coincé, et il me restait à espérer que tout le reste soit suffisant à maintenir l’intérêt !

    J’ai de toute façon bien du mal à considérer qu’un vilain puisse être plus intéressant qu’un héros. Un biais personnel sans doute. Pour moi Vader n’est pas intéressant en lui-même, c’est le combat de Luke pour la rédemption de son père qui lui apporte de l’intérêt finalement, par ricochet. Pour moi ce ne sont certainement pas les préquelles qui lui apportent de l’intérêt supplémentaire. Le Joker est fascinant de par son imprévisibilité, mais est-il intéressant en tant que tel ? On ne le comprendra jamais, son inhumanité est le cœur même du personnage. J’ai détesté “Batman Returns” d’ailleurs. Batman y était totalement laissé de côté pour moi, pour se concentrer quasiment uniquement sur les vilains.

    Il est amusant de noter que tu cites le contre-exemple absolu du “méchant” avec Le Seigneur des Anneaux. Sauron est typiquement le genre de méchant qui ne devrait pas fonctionner. Il ne bouge pas, il n’est pas incarné, tout au long de la série on rencontre ses lieutenants, mais lui n’aura finalement jamais aucun rôle actif même si son influence est ressentie partout. L’anneau lui-même est un antagoniste, mais également du genre passif. Finalement le plus grand antagoniste des livres s’avèrera finalement être Gollum, qui se liera aux Hobbits pour mieux les trahir ensuite. Sa puissance réside dans sa capacité de tromperie. Mais on a également pitié de lui, ce qui empêche finalement peut-être de le considérer pleinement comme un ennemi. L’ironie suprême est que, sans lui, l’anneau n’aurait pas été détruit en définitive…

    Enfin, je ne résiste pas au plaisir de citer ces quelques règles pour traiter de la “mort” du super-vilain dans le jeu de rôle Marvel Super Heroes Adventure Game :
    Règle 1 : le corps n’est jamais retrouvé
    Règle 2 : si le corps est retrouvé ce n’est jamais le corps du vilain
    Règle 3 : si le corps est retrouvé et que c’est le corps du vilain, ce n’est jamais l’esprit du vilain
    Règle 4 : si le corps est retrouvé et que c’est le corps et l’esprit du vilain, quelqu’un d’autre deviendra le vilain
    Règle 5 : si le corps et retrouvé, que c’était bien le corps et l’esprit du vilain, et que personne d’autre ne devient le vilain, ce vilain n’était pas terrible finalement, plus qu’à en créer un autre !

    1. Un commentaire riche comme je les aime 🙂
      100% d’accord en ce qui concerne Sauron. Le seigneur des ténèbres n’a pas d’intérêt en lui-même car il est désincarné comme le serait un gouvernement ou une société secrète. Ce sont, comme tu le dis, ses lieutenants et son armée qui lui donne corps. Sans eux Sauron n’est qu’un concept.
      En ce qui concerne Vador. Effectivement, le combat de Luke pour la rédemption de son père est l’étincelle qui met le feu au poudre, mais pour moi c’est le combat intérieur de Vador qui rend son personnage intéressant. La grande faiblesse du personnage de Vador est également pour moi sa plus grande force: son masque impénétrable. Ce casque est ce qui le rend mystérieux et terrifiant, mais il est également ce qui nous empêche de lire ce combat intérieur sur son visage. Il est, du coup, difficile pour nous de souffrir avec lui.
      Ce qui, pour moi encore, rend le Joker si intéressant, c’est qu’il est une formidable matière première pour créer des motivations et des intentions différentes d’une BD à l’autre ou d’un film à l’autre. Si je me limite aux films, le Joker a eu tour à tour un costume de gangster (Jack Nicholson), d’anarchiste (Heath Ledger), de sadique (Jared Leto) et d’irresponsable (Joaquin Phoenix). Sa folie le rend imprévisible et indiscernable, et c’est également ce qui permet à ses auteurs de lui donner tellement de facettes différentes. C’est un masque (de clown) blanc sur lequel on peut peindre de très nombreux visages.

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