Comment vivre avec un auteur (plus ou moins) sereinement

Comment vivre avec un auteur
Partagez l'article
  •  
  •  
  •  
  • 1
  •  

Vivre avec un auteur, ce n’est pas toujours une sinécure. En tant qu’épouse de l’un d’eux, je suis bien placée pour le savoir.

Vous me connaissez peut-être très vaguement à travers les articles de mon mari. Je suis parfois évoquée pour illustrer un exemple. Parfois aussi, pour mon soutien ou ma patience dans ses projets, point sur lequel je reviendrais plus tard…

Il arrive aussi que je serve d’inspiration pour ses articles. Et cette semaine, il m’a carrément demandé de l’écrire à sa place. Plutôt que de parler de ce que c’est que d’être un auteur qui vit en couple, ou en famille, il a décidé que ce serait intéressant d’aller directement à la source.

(Lisez l’article: “7 sources d’inspiration pour trouver l’idée de son livre“)

Ce n’est pas toujours simple de vivre avec un auteur. Peut-être que vous avez l’habitude. Peut-être que la personne dans votre vie est sur le point de se lancer dans l’écriture, ou de reprendre après un break… Que vous soyez sa femme, son mari, son enfant, son parent, son chien ou même son hamster, vous savez déjà sûrement que vous devez accepter certaines particularités de caractère, de disponibilité, ou d’attention.

Mon mari écrit depuis que nous nous connaissons, je parle donc en connaissance de cause. Avec cet article, je m’adresse aux compagnons des écrivains, cette armée silencieuse, ces piliers d’endurance et de longanimité, avec ces quelques conseils qui vous aideront peut-être vous, et par conséquent, l’auteur aussi.

Vivre sereinement avec un auteur
Image par StockSnap de Pixabay


Vivre avec un auteur en un mot

Comme je le disais plus tôt, quand mon merveilleux époux a pour la première fois parlé de cet article et des conseils que je pourrais donner, le tout premier mot qui ait apparu en gros dans ma tête, en lumière néon clignotante, c’est le mot « PATIENCE ».

Vous avez déjà dû l’entendre maintes fois, l’écriture, ce n’est ni facile ni rapide. L’auteur avec qui vous partagez votre vie travaille très sûrement sur un ouvrage qui va lui prendre du temps, le sien et le vôtre. Du temps en longueur, mais aussi sur votre quotidien et votre temps ensemble.

Je me réveille très souvent avec un espace vide à côté de moi parce que mon mari s’est réveillé très tôt avec le cerveau en ébullition et s’est levé pour s’engouffrer dans le bureau. Le bureau c’est une sorte de trou noir dans notre vie, qui avale le temps et la disponibilité de mon mari avec une persévérance qui en devient presque admirable.

Il y a déjà bien longtemps que j’ai accepté de partager mon mariage avec cette entité. Ça fait partie de notre vie, ça fait partie des obligations de l’écriture. C’est aussi cela vivre avec un auteur.

M’arrive-t-il d’être jalouse ou possessive, voire carrément boudeuse ? Évidemment que oui ! Mais si je veux un époux épanoui, et de surcroît une vie de famille plus heureuse, je dois laisser de la place à cette entité, et je fais preuve de toute la patience que je peux trouver au fond de moi.

Si vous vivez avec un auteur, vous devez accepter ces absences, voir même l’aider à créer du temps pour en avoir. Être écrivain, ça fait partie de la personne qu’il est, et aussi très probablement de la personne avec qui vous vivez, et il ne serait pas réaliste de lui demander de ne pas être cette personne à part entière.

Le mot-clé pour vivre avec un auteur: patience
Image par Samuel F. Johanns de Pixabay

 

Soyez ferme

Si vous avez lu le paragraphe précédent et si vous l’avez appliqué, félicitations, vous êtes très compréhensifs, et youpi, vous voilà avec un auteur heureux (du moins côté disponibilité). Mais attention, ça va dans les deux sens.

Je ne pense pas que ce serait raisonnable de ne jamais voir la personne dans votre vie. Je pense que ce genre de chose doit être donnant, donnant.

(Lisez l’article: “Comment ne plus être trop débordé pour écrire“)

Si vous lisez régulièrement les articles de mon mari, vous savez peut-être que je cours beaucoup. Et c’est là que ce fait l’échange. Courir est semblable à l’écriture dans le fait que cela crée des absences, et si j’accepte de bon cœur que l’homme de ma vie soit souvent dévoré par le monstre de la créativité, il doit aussi accepter que je disparaisse plusieurs fois par semaine pour gambader comme si j’avais une meute de zombies aux fesses.

Il doit (et il est) être très compréhensif sur le fait que je souhaite pouvoir m’absenter, et aussi que je veux également profiter de sa présence et de son temps, et ça n’en vient quasiment jamais au point des reproches. Mais pour être sûre d’éviter complètement ces reproches, vous devez parler à votre auteur.

Trouvez votre équilibre. Soyez clair dans ce que vous voulez. Vous avez aussi le droit d’une place à part entière dans son temps, et vous ne devez pas être oublié.

Ainsi, vous éviterez d’en venir à ressentir de la rancune à son égard, et votre auteur n’en viendra pas à se sentir coupable de chaque seconde d’absence.

Soutenez-le

« Je suis nuuuuuuuuuuuuul ! »… Ça vous parle ?

L’écriture c’est compétitif. Votre auteur pense avoir une idée originale ? Il en existe déjà 50 versions.

Il a publié ? Les retours tombent…

Écrire, c’est mettre une partie de soi à nu, ça rend très vulnérable, et je peux vous garantir qu’aucun auteur n’est à l’abri des crises de confiance ou du redoutable « writer’s block », ou syndrome de la page blanche.

C’est à ces moments-là que vous devenez indispensable. Et peu importe comment. Que ça prenne la forme de:

« Mais non mon amour, c’est toi le meilleur et ils sont tous méchants »,

« On va en parler pour mettre tout ça au clair »,

« Viens, on sort pour se changer les idées »,

« Tu veux une bière ou deux ? », ou même juste du silence et de l’espace. Vous lui balancez du chocolat en respectant une distance de sécurité et vous attendez qu’il se calme.

Vous devez comprendre à quel point c’est important pour votre auteur et à quel point il est terrifié. Il est possible que tout ce que vous dites n’ait pas autant d’impact que vous auriez voulu, mais ce dont il a besoin c’est de savoir que vous êtes là ; qu’il peut compter sur vous durant les crises de confiance les plus difficiles, surtout s’il se lance dans un nouveau projet.

Je ne saurais plus compter le nombre de fois ou j’ai vu quelqu’un vouloir tenter quelque chose de nouveau dans sa vie, et se buter à un « Houla, t’es sûr que c’est pour toi ça ? »

(Lisez l’article: “La traversée du désert“)

Si vous faites ça avec votre auteur, vous lui donnez un grand coup de frein à main avant même qu’il ait écrit le premier mot.

Évidemment, il est possible que tout ne finisse pas en conte de fées plein d’arcs-en-ciel et de licornes rose bonbon qui butinent dans les prés… mais chaque chose en son temps. Vivre avec un auteur, c’est avant tout croire en lui dès le début.

Prendre soin de son auteur
Image par Digital Photo and Design DigiPD.com de Pixabay

 

Vivre avec un auteur, c’est savoir s’adapter

Vous écrivez peut-être vous aussi, ou vous dessinez, ou vous faites quelque chose de créatif en lien avec l’imaginaire. Si c’est le cas, vous savez déjà que cela demande de la concentration.

Quand mon ours de mari disparaît dans sa grotte pour écrire, ce n’est pas juste sa personne qui disparaît, c’est aussi son esprit. Il part dans un monde où je ne peux pas, et ne dois pas, le suivre.

Il écrit dans un état presque second, s’il est dérangé toutes les cinq minutes avec des « Où as-tu rangé le… ? », « Quand t’as fait les courses, t’as pris du… ? », « T’as des nouvelles de… ? »… il ne va pas apprécier.

Tant que ça ne relève pas de « Les rideaux sont en feu », ou « Il manque un bras à notre enfant », ces interpellations peuvent attendre. C’est mieux pour tout le monde. Sinon c’est un ours très grognon que vous aurez sur les bras.

Un auteur a besoin de pouvoir se détacher du monde réel pour pouvoir avancer, et c’est rarement possible de le faire en 5 minutes. C’est donc à vous de vous adapter autour de ces moments.

Un sas de décompression

Il faut aussi savoir qu’un auteur ne décroche pas complètement de cet état second instantanément. Vous allez sûrement vous rendre compte que le fil de sa pensée n’est pas toujours synchro avec le vôtre. Vous allez lui parler de quelque chose de banal, de logistique, de votre journée, d’une blague… et vous allez voir qu’il n’est pas complètement avec vous.C’est aussi ça de vivre avec un auteur.

Ce n’est pas que vous ne l’intéressez pas, ce n’est pas personnel, et ce n’est pas qu’il s’en fiche de ce que vous lui racontez, c’est juste que ça fourmille toujours là-dedans, et le ramener trop brutalement sera mal vécu. La meilleure solution c’est d’attendre que votre auteur revienne de lui-même. Cela évitera bien des dérapages.

Soyez critique (mais honnête !)

Je suis la première lectrice de mon talentueux mari, et, ça va sans dire, sa plus grande fan. J’adore lire ce qu’il écrit, j’adore partir avec lui où ses pensées sont parties creuser. Et quand j’aime, je lui dis !

Et quand je n’aime pas, je lui dis aussi…

Oui, ça arrive. Votre auteur a sûrement du talent, peut-être beaucoup, mais ça ne veut pas dire qu’il est infaillible. Si vous voulez l’aider, vous devez faire plus que juste dire « C’est super, c’est top, c’est parfait, rien à revoir ! » de peur de le vexer.

Bien sûr qu’il ne va pas aimer entendre que ce paragraphe ne sert à rien, que ce chapitre devrait être au début, que ce personnage est devenu antipathique, que ça n’a plus de sens, que c’est trop long, qu’il ne soit pas le premier à penser à ça, que le ton ne soit pas adapté, que ce ne soit pas assez drôle, ou assez effrayant, ou assez dramatique, ou que la science-fiction ce n’est pas son truc, ou que moi j’aurais fais comme ça, ou que…

Qu’est-ce que je disais déjà ?

Ah oui ! Vous devez être honnêtes. Blague à part, sans pour autant le descendre et détruire sa confiance, il est préférable que les critiques honnêtes viennent de vous maintenant plutôt que des lecteurs plus tard.

Quand vous lisez quelque chose qu’il a écrit, prenez le temps de le digérer, de bien mettre de l’ordre dans vos observations, et choisissez bien vos mots pour le lui dire. On peut tout dire, si on le dit de la bonne façon.

Vous verrez que même si ce n’est pas toujours agréable à entendre, ce sera plus utile pour votre auteur à la longue qu’une avalanche de compliments insincères.

Soyez son inspiration

Pour finir sur l’un des aspects les plus positifs, j’ai laissé ma partie préférée pour la fin.

Non, ce n’est pas toujours évident de vivre avec un auteur, mais il y a du bon.

Ce que j’aime le plus dans le fait de vivre avec un auteur, c’est partir à l’aventure imaginaire avec mon mari. Quand il cherche une idée, on cherche souvent ensemble. Quand il trouve quelque chose, il va venir tester l’idée sur moi. S’il est bloqué, il me pose souvent la question (parfois en gueulant depuis le bureau) :

« Donne-moi un super pouvoir à la con s’il te plait ?? Un pied qui tourne à 360° ? Merciii »

Je l’ai souvent entendu dire que je suis sa muse. Je pense qu’il a droit a bien plus de mérite, mais j’adore pouvoir l’aider avec l’inspiration, cette créature parfois bien frivole.

(Lisez l’article: “Les 6 qualités pour avoir de l’inspiration“)

Je fais ce que je peux pour l’aider, je lui raconte mes rêves, on s’installe à une terrasse et on invente des histoires de vie aux passants, je lui envoie en ligne tout ce que je pense peut l’inspirer…

Si vous vous impliquez autant que possible dans sa passion, vous verrez rapidement que non seulement c’est contagieux, mais que cela rend les moments de solitude beaucoup plus supportables, et en supplément, vous verrez que vous déborderez de fierté quand vous verrez le fruit de vos efforts, soit dans ses publications, ou simplement dans sa gratitude.

Soyez sa muse

Après tout cela, est-ce que vivre avec un auteur, ça en vaut la peine ? Si c’est quelque chose que vous arrivez à partager, oui, sans hésiter.

Avec de la compréhension, de l’entente et BEAUCOUP de patience, vous verrez que votre relation en sera, je l’espère, enrichie.

Rosy Vialleton


Partagez l'article
  •  
  •  
  •  
  • 1
  •  

8 commentaires sur “Comment vivre avec un auteur (plus ou moins) sereinement”

  1. Super !
    Un grand merci à Rosy !! Parce que là, tout à coup, mon p’tit mari a enfin réalisé qu’il n’était pas seul sur notre petite planète à vivre ce quotidien-là. Et mieux : chez les autres c’est tout pareil, avec les mêmes mots, les mêmes moments etc… Et résultat : ça lui a fait un bien fou…
    Et merci pour moi aussi Rosy : je me rends compte que je fais tout pareil que vous. Alors, je me dis “Ah ! J’ai bon alors ?”. Mon mari est golfeur. Un vrai de vrai, un allumé du golf ! Tout comme vous courez partout, lui il tape des balles sur le premier carré de verdure qu’il croise. Et là, forcément, on se dit qu’on se ressemble. Nous vivons ensemble depuis 18 mois et jusqu’à présent, il était frustré du golf dans ses histoires amoureuses précédentes. Pourquoi me suis-je demandé ? Eh bien, comme vous le dites, parce qu’en face, la partenaire n’avait pas de passion nécessaire. Alors comment comprendre la sienne ? Depuis que nous sommes ensemble il a replongé dans son univers nécessaire. Parce que : eh oui ! C’est “donnant donnant” !!
    Donc : me dire qu’il s’éclate sur dix-huit trous pendant que je ponds dix-huit pages, c’est hyper … gratifiant, rassurant, beau, nourrissant, dynamique, addictif, plus qu’utile, vivifiant, purifiant, “bol d’air”-fiant, etc…
    Merci à vous deux et beau dimanche à votre petite famille !

  2. Magnifique article !!!
    Je ne sais pas pourquoi mais vous m’avez fait monter les larmes aux yeux (et vous m’avez fait rire aussi ;))

    Ma fille de 23 ans est une auteure auto-éditée et vit à la maison. Je l’assiste dans son activité : correction, mise en forme, mise en page, relecture, publication sur Amazon, promotion…
    J’adore faire ça, j’adore aussi ses écrits et je lui souhaite de réussir.

    Ce que vous dites me rappelle bien des choses 😀 Je fais preuve de beaucoup de patience aussi car ce n’est pas toujours évident pour elle (et pour moi) : les doutes, les remises en question, les idées qui ne viennent pas. Mais bon… on tient bon !

    Par contre, mon mari est prof de piano et compose… et j’avoue qu’avec les années… je fais preuve de moins de patience ou de soutien envers lui. Aussi, ce que vous avez écrit m’a fait réfléchir !

    Votre mari a de la chance de vous avoir 😉

    N’hésitez pas à écrire d’autres articles car vous êtes effectivement une muse (et pas juste celle de votre mari) !

    Amicalement, Caroline

  3. Excellent article. Et excellente idée de faire parler ton épouse.
    Je pense qu’une partie de cet article pourrait se situer aussi dans la rubrique : Bêta-lecture, mais peut-être pourrait-elle nous faire un podcast sur le sujet ?
    Parce que c’est pas toujours facile de trouver de bons bêta-lecteurs (trices)
    A bientôt

    1. C’est une bonne idée.
      Rosy est une excellente bêta-lectrice. Elle applique à la lettre les préconisations de son article.
      Je garde l’idée derrière l’oreille

  4. Article geniallissime ! Même si certaines remarques ont plus à voir avec le fait de vivre avec un homme que de vivre avec un auteur. On a tous besoin de notre caverne isolée, quoi que celle-ci puisse contenir, et plus d’une fois ma femme m’a fait remarquer que je ne l’écoutais pas spécialement quand elle me parlait de la fin du Monde Libre et que je répondais “ok, ok…” alors que je me demandais en fait pourquoi ce foutu Ben Kenobi prétend cacher un gosse sur une planète éloignée sans changer le nom de famille du gamin…

    Bizarrement j’ai vécu 36 ans en célibataire sans vraiment écrire, et c’est au moment où j’ai eu le doublé gagnant femme/enfant que j’ai réussi à finir un projet, comme si j’avais besoin d’une structure familiale un peu stable pour pouvoir m’y consacrer, tout en ayant très concrètement moins de temps pour le faire ! Les mystères de l’esprit humain.

Laisser un commentaire